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Onomastique :
L'onomastique traite des noms propres d'une langue et se divise en toponymie (noms de lieux) et anthroponymie (noms de personnes). Cette discipline adopte le plus souvent la perspective historique. Beaucoup de noms corses de personne (anthroponymes) sont présents également en Italie ou dans les îles (Sardaigne Sicile) sans qu'il faille nécessairement en déduire une filiation directe. En particulier pour les noms extrêmement fréquents, ils peuvent être présents dans toute la Méditerranée sans qu'il y ait d'autre liens que la même origine latine. Un dictionnaire de noms sardes (Pittau 1992) explique par exemple qu'une forme comme Oliva peut correspondre au substantif oliva "olive, olivier" dérivé du latin oliva, mais peut aussi être un anthroponyme italien ou espagnol. Un dictionnaire des noms de famille dédié à la Corse relèverait probablement le même nom assorti des mêmes commentaires, avec peut-être l'indication que le substantif corse existe aussi sous la forme aliva. Il ne faut donc pas confondre l'histoire d'un nom avec l'histoire de la famille qui le porte: "Partout existent de nombreuses familles qui ont le même nom tout en n'ayant aucun lien de parenté, et, inversement, il existe de nombreuses familles apparentées qui ont cependant des noms différents" (Pittau 1992). L'auteur précise que "souvent il n'est même pas possible de décider avec un certain degré de certitude si tel nom de famille est sarde ou allogène, c'est-à-dire italien ou catalan ou castillan, etc." Ainsi pour Ventura, ou Luca/Lucca; l'auteur indique que ce dernier peut correspondre à un toponyme (Lucca en Toscane ou en Sicile) ou à un nom personnel dérivé du latin ecclésiastique, mais peut aussi être un patronyme proprement italien ou espagnol. Pour pouvoir trancher, il faut passer le relais aux recherches de caractère historique et généalogique concernant les familles ou les individus. De telles considérations valent aussi pour la Corse: il existe des Ventura un peu partout, en Corse et ailleurs, mais la généalogie d'un Ventura corse peut n'avoir rien de commun avec celle de ses autres homonymes Corses ou étrangers. Au demeurant la forme graphique ne peut donner lieu à des conclusions sûres dans la mesure où les noms de famille corses ont été en majorité toscanisés comme les toponymes. On notera ici que, même dans la littérature en langue corse où les prénoms figurent sous leur forme locale, les noms de famille conservent dans la presque totalité des cas une forme toscanisée (Ghjacumu/Jacques mais seulement Giacomi; ici les seules données de la linguistique ne permettent pas de dire s'il s'agit d'un nom d'origine italienne, où un nom local toscanisé). "Quelle que soit leur origine et leur mode de formation, les noms de famille sont des formes de la langue écrite, et, par conséquent, toscanisées (prénom Petru, mais nom de famille Pietri avec la diphtongaison dite "romane" inconnue du Corse (Ettori 1979). De même Erbalunga, malgré la graphie toscanisée, correspond à un nom de famille lui-même issu sans doute du nom du village près de Bastia (Erbalonga en graphie corse): l'existence virtuelle ou attestée d'un toponyme Erbalunga ou même Erbalonga en Italie ne permettrait en soi aucune conclusion quant à l'origine des familles concernées. Seules quelques rares exceptions conservent une graphie corse. A côté de Guglielmi (Corse et Italie) Vuddelmi, Vuddelmoni sont des formes caractéristiques du Sud de la Corse, de même que Guddelmoni (7 occurrences dans l'annuaire corse), enregistré par les dictionnaires sardes comme "cognome gallurese corrispondente a quello italiano Guglielmoni" (Pittau 1992). De même un nom comme Chiarasini (13 occurrences dans l'annuaire corse) a une forme qui laisse peu de doutes sur son origine linguistique corse. L'étymon est sans doute le corse chjarasgia, -u "cerisier, cerise". Le latin cerasa a donné diverses formes dans les divers parlers romans où, pour parler du domaine italien, on atteste les noms de famille Cerasa, Cirasa Ceresa qui s'expliquent de la même mainère que Chiarasini. C'est sans doute la distance trop grande entre la forme corse et la forme toscane (ciliegia, ciriegia, ciregia) qui a soustrait Chiarasini à une toscanisation qui aurait engendré une forme du type *Ciliegini (ou *Ciriegini). La coexistence de formes diverses dues aux différentes phases historiques concerne à des degrés divers tous les pays où existe ou a existé le plurilinguisme, officiel ou non. L'adaptation des formes locales à la langue officielle a produit partout les mêmes monstres ou les mêmes incohérences. On peut citer un cas emblématique de l'italianisation arbitraire en Sardaigne. Golfo degli Aranci ("Golfe des Orangers") se superpose à la dénomination gallurese Gulfu di li ranci ("Golfe des crabes") dans un lieu où les orangers n'existent pas (et ne peuvent pas exister en raison de l'exposition à des vents violents: De Felice 1987 p.169). La conformation plus ou moins réussie à la norme officielle, toscane ou française notamment, n'est d'ailleurs pas toujours imposée mais résulte parfois d'un décision des intéressés, y compris pour les noms de famille ou les prénoms. Le prénom Giabicorso (en corse Ghjapicorsu, formé de Ghjapicu, métathèse à partir du latin Iacobus, et de Orsu, probablement basé sur Ursus, fréquent dans la Rome impériale et renforcé dans le Haut Moyen-Age par des influences germaniques: cf. De Felice 1997 "Orsi") est cité par Ettori 1979: Ghjapicorsu "au lieu d'être traduit Jacques-Ours est transcrit Jabicorse et rattaché plus ou moins consciemment au mot "corse" (Ettori 1979). Le caractère ardu des études onomastiques a été souligné par tous les spécialistes: "Qui n'a pas travaillé sur les noms de lieux a rarement une idée de la difficulté extrême de telles études, de la somme de connaissances de langues et dialectes anciens et modernes que cela requiert, du travail exténuant de recherches dans les archives et les sources antiques et médiévales, de l'étude minutieuse de conditions historiques et géographiques que cela impose" (Bonfante in Rohlfs 1974:XI) Bibliographie: Pour la Corse voir les pages lumineuses de F.Ettori 1979 (175-179) qui donnent notamment des informations sur la formation du système des noms en Corse (seconde moitié du 18e siècle, et sur le système romain: praenomen, nomen gentilicium, cognomen, auquel il faudrait ajouter l'agnomen (De Felice 1997: ex. Marcus Porcus Cato Censorius). [Jean Chiorboli 2 décembre 1999]
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