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Poésie essentielle que celle de Jaume PONT.
Dans de petits poèmes ramassés sur la notation d’une sensation, le
poète construit l’arc d’une méditation qui nous renvoie au rapport
primordial –et si souvent méconnu tant nos « vacations sont
farcesques »- que l’existence humaine entretient avec ce qui
l’entoure, mais surtout et avant tout, avec sa précarité. Aucune
plainte cependant, ni d’admonition : le poète n’est pas censeur. Il se
voudrait plutôt, comme l’autre, voleur de feu. Mais l’homme doit, une
fois encore, charger sur ses épaules le fardeau de l’humilité : le
moindre bruissement, la terre qui sonne vide, la larme du moribond et
les silences du maquis sont autant d’échappées vers la connaissance.
La vie n’est sans doute que le titre d’un recueil de poèmes profonds
et inspirés… un vol de cendres. Qui sera bientôt transformé en « Volu
di cennari » par la virtuosité de Francescu Micheli Durazzo, ami et
traducteur de Jaume Pont :
« Non ridere, non lugere, neque destestari, sed
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intellegere :
cusì la vulia Spinoza. Compii a risa, i lamenta ed a malidizzioni,
solu ferma à capiscia u misteru di a pietata nicissità di mora.
Annantu à a morti di l'Altru, aghju scrittu issi puema : a parta da
l'Altru, chì socu dinò eiu. Ùn mi ni ferma più nissun dubitu : quistu
libru hè d'amori. »
Jaume Pont est né en 1947 à Lérida où
il occupe, depuis 1990, une chaire de Littérature espagnole moderne et
contemporaine à l'Université de Lérida, l'Estudi general. Il fait des
études de filología hispánica à l'Université de Barcelone de
1966 à 1971. L'année où il obtient la licence, il devient dans cette
même université, professeur assistant et il commence à donner des
cours de littérature sur le Siècle d'Or, sous la direction de José
Manuel Blecua ; En 1972, Il entreprend une thèse qu'il soutiendra en
1977 sur la poésie de Carlos Edmundo de Ory. Son titre est El
Postismo, Un movimiento estético de vanguardia, et elle paraît en
1987 aux "Libres del Mall".
Le jeune Jaume Pont est avide de
découvrir d'autres horizons, de connaître d'autres langues. Et
paradoxalement, de l'aveu même du poète, c'est à Poitiers qu'il
découvre le catalan, grâce à un couple de professeurs catalans tous
deux enseignants à Poitiers ? C'est alors que le choix du catalan
s'impose à lui comme langue poétique. Il n'écrira plus qu'en catalan,
après quelques tentatives en castillan vite oubliées, mais qui avaient
été tout de même présentées à un concours de poésie en 1972.
Le premier poème de Limit(s),
son premier livre, qu'il qualifie de « retrobament emocionat amb la
meva llengua » est écrit à Poitiers. En 1976, c'est le retour à
Lérida, la ville natale, où il enseigne puis passe un an en Italie,
comme professeur à l'Université de Naples. Cette expérience est
déterminante pour deux raisons : d'une part le concept de méditerranée
comme espace, comme culture, d'autre part la proximité des lieux
hantés par le souvenir de Leopardi. Il habite alors à Herculanum, près
de Torre del Greco. On en trouvera une trace dans le poème de Raó
d'Atzar dédié à Leopardi. Il y fréquente Josep Piera qui écrira à
propos de Naples Un Bellisim cadàver barroc. Enfin son œuvre
prend deux directions complémentaires et qui s'influencent l'une
l'autre : d'une part la critique sur la poésie espagnole et catalane
de l'Après-guerre jusqu'à aujourd'hui, et il collabore en effet avec
de nombreuses revues et publie des essais, l'un des plus intéressants
étant celui écrit avec Joaquim Marco sur La Nova poesía catalana,
plus précisément celle des années cinquante et soixante; d'autre part
la poésie dont un premier ensemble a été publié sous le titre général
de Raó d'Atzar, titre de l'un de ses recueils : Cet ensemble
regroupe les livres suivants : Limit(s) (1974-1976), Els
Vels de l'éclipse (1977-1979), Jardí Bàrbar (1979-1980),
Divan (1980-1982), Raó d'Atzar (1983-1989), à quoi Il faut
ajouter une plaquette intitulée Vol de cendres qui reçoit le
prestigieux prix de poésie Serra d'or (précisons qu'elle était en
compétition avec un recueil de Pere Gimferrer) et Llibre de la
Frontera (2000) récemment couronné par le plus important prix de
poésie décerné à un recueil de poème en Espagne, Le Prix de la
critique, livre dans lequel l'auteur prête sa voix à d'imaginaires
poètes arabes du Moyen-Age ayant vécu en Catalogne.
Bien qu'il ait entretenu des relations
suivies avec les poètes catalans de sa génération et de plus jeunes,
notamment ses anciens élèves, et qu'il ait subi des influences
principalement de l'extérieur de la sphère catalane, comme Juan de la
Cruz, Georges Bataille, Wallace Stevens, Baudelaire, Commings, Eliot
ou Pound et ce sont précisément les auteurs que lisaient au début des
années 70 les novíssimos, Jaume Pont s'est toujours refusé à
s'enfermer dans un courant et n'a pas de maître à penser en poésie. Il
reconnaît l'influence du surréalisme sur son premier livre mais
renonce aussitôt après à la technique de l'image surréaliste. Le
courant dans lequel il puise encore aujourd'hui certains éléments de
sa poétique est le symbolisme en ce qu'il le relie au baroque.
L'esthétique baroque —goût prononcé des figures de mots, des
parallélismes et des antithèses, et en même temps refus de la
perfection classique—convient assez bien à sa conception de la
poésie : pour Jaume Pont, la baroque ne se limite pas à ses aspects
formels « c'est l'essence même de la contradiction de l'existence
humaine (…) et le langage ne fait pas autre chose que de refléter
cette contradiction. » Cela se traduit par une poésie volontiers
hermétique dans les premiers livres, conceptuelle et métaphysique qui
exprime la tension entre « l'aspiration métaphysique de l'homme et
l'éros » entre l'amour et la mort. |