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Les
Rencontres littéraires mensuelles du CCU se poursuivent.
Neria
De Giovanni est professeur de littérature à l'université de
Sassari (Sardaigne, directrice de la revue Salpare et des éditions
NEMAPRESS d’Alghero. Experte auprès de la communauté européenne
pour les nouvelles technologies de l'information et de la
communication, elle est aussi présidente de l'Association
Internationale des Critiques Littéraires. C’est une personnalité
de culture et d’action qui a été accueillie les 14 et 15 février
à Bastia et à l’Université de Corse.
Mercredi
14 février : Bastia
LE
PARCO LETTERARIO GRAZIA DELEDDA :
VALORISATION
DE L’ECONOMIE PAR LA LITTERATURE
La
conférencière a été accueillie par Dominique Mattei et l’équipe
du Centre Culturel “ Una Volta ” autour d’une table de lecture
préparée par le Centre Culturel Universitaire. Plusieurs analystes
et acteurs de la vie littéraire de notre île y ont participé
activement, qu’il s’agisse d’écriture en langue corse ou française
comme Petru Santucci ou Anne Mestersheim, ou encore de la littérature
italienne bien représentée dans ce débat par Pauline Sallembien
et Francis Beretti de l’Association Salvatore Viale.
La
discussion a roulé sur le thème central du livre de Neria De
Giovanni, “ Il Pranzo dell’ospite ”, une anthologie de l’œuvre
que l’on doit à Grazia Deledda, écrivaine sarde et prix Nobel de
littérature. Il faut dire que cette tentative -couronnée d’un
indéniable succès- de donner ses lettres de noblesse à la culture
traditionnelle de la Sardaigne profonde se fonde sur une passion et
une curiosité pour le terroir et l’identité culturelle qui
n’ont pas produit que des chefs-d’œuvre. Un certain “ mériméisme
” fait alors l’objet d’une discussion nourrie à propos de la
littérature corse, tant il est vrai que la conférencière sait
toujours rendre son propos documentaire non seulement captivant,
mais aussi utile à ses interlocuteurs immédiats.
Il
est vrai que l’universitaire spécialiste de communication et de
nouvelles technologies de l’information manifeste sans cesse le
souci de réduire la distance qui semble exister habituellement
entre la littérature et la vie.
A
ce sujet, elle fait état d’une réalisation exemplaire. Il
s’agit du “ Parco letterario Grazia Deledda ” de Nuoro
(Sardaigne) dont elle est la présidente. Cette idée qui a fait ses
preuves en Italie, prend appui sur les Fonds structurels Européens
dévolus à l’aide aux régions en retard de développement. De
manière innovante cette démarche s’est appliquée à
l'installation du Parco letterario Grazia Deledda, organisé autour
de l’écrivain et du terroir qui structure toute son œuvre.
En
assurant la diffusion de l’œuvre littéraire et de son contenu
(ou plus généralement d’une œuvre, car il peut s’agir de
films, de musique ou d’autres produits culturels), il est possible
d’organiser une floraison économique autour de la renommée d'une
expression explique Neria De Giovanni. On peut utiliser à cet effet
non seulement les habituels séminaires et colloques savants, mais
surtout les circuits de découvertes touristiques et culturelles. Il
s'agit aussi de “faire revivre dans un lieu les pages d'un auteur.
Mais l'auteur est aussi un point de départ vers d'autres
horizons”. C’est précisément la perspective que Neria De
Giovanni entend élargir précisément par le biais d'écrivains
bien ancrés dans un terroir. “La littérature est un excellent
moyen pour mettre en rapport des hommes de cultures et de langues
différentes, une découverte féconde des différences ”. La Méditerranée
et l'insularité constituent dans ce domaine des atouts : “Chaque
île est un écrin pour maintenir la richesse de chaque identité
culturelle,surtout à l'heure européenne. C'estune chance pour échapper
à la mondialisation et à l'uniformisation ”.
A
première vue paradoxale, cette idée se comprend mieux quand Neria
précise que fonctionne déjà un réseau de parcs littéraires dans
dix pays méditerranéens. Il n'existe pas encore en France, de
telles réalisations. Neria suggère une initiative à Lyon autour
de la poétesse Louise Labé.
La
personnalité littéraire d’un Salvatore Viale ou l’existence
d’œuvres et d’expression très enracinées ne manqueront pas de
faire naître le désir de créer un parc littéraire de ce type
dans notre île. En attendant la concrétisation de cette éventualité,
invitation est faite pour tisser des échanges avec la Sardaigne
voisine. Neria De Giovanni propose à ses interlocuteurs et en
particulier aux élèves et étudiants des échanges concrets avec
la Sardaigne, hors saison touristique, en partenariat avec des
professionnels du tourisme. Ce sera une excellente manière de concrétiser
la culture de l'hospitalité et de l’accueil, traditionnelle dans
les deux îles.

Jeudi
15 février : Corti
CHARME
ET TALENT DE LA LITTERATURE SARDE
Neria
de Giovanni, directrice de la revue culturelle “ Salpare ”,
membre de jurys littéraires et présidente de l’Association
internationale des Critiques Littéraires (AICL), était jeudi 15 février
l’invitée de notre Université dans le cadre du cycle des “
Rencontres littéraires mensuelles du CCU ” pour évoquer quelques
aspects de l’œuvre de Grazia Deledda, femme écrivain sarde, prix
Nobel de littérature en 1926.
L’assistance,
nombreuse, éréunissait en particulier des étudiants en études
corses, en langue et civilisation italienne, SRC et Sciences de l’éducation,
conduits par les enseignants de ces filières.
Le
Lycée Pasquale Paoli, voisin et partenaire de l’Université dans
cette opération, était lui aussi bien représenté avec des
classes de lycéens qui ont fait grande impression par la richesse
et la pertinence des commentaires et des questions. Ils
s’exprimaient à propos de “ Il Pranzo dell’ospite ”, l’œuvre
présentée par la conférencière et étudiée en cours sous la
direction des professeurs Anne-Marie Peraldi et Marie-Noëlle
Sorrentino.
Empruntant
tour à tour aux textes de Grazia Deledda ou à ses propres études
critiques, qui font référence dans nombre d’universités
italiennes et européennes, Neria De Giovanni permit à des
auditeurs immédiatement captivés, de mieux découvrir et cerner la
marque de la culture et de la langue sardes dans une œuvre qui fut
l’objet de quelques controverses. On a évoqué à propos de
Deledda diverses influences, celle de Verga, mais aussi celle de
Dostoievsky, que la romancière ne voulut jamais reconnaître. Peut-être
tout fut-il d’abord contenu dans l’expérience d’une vie, passée
dans l’austère Nuoro d’abord, puis à Rome. Neria de Giovanni
cita le mot fameux de Balzac : “ Si tu veux être universel, parle
de ton village. ” Voilà qui dissolvait sans doute le reproche de
“ régionalisme ” que l’on accola, en Italie même, à Grazia
Deledda Quelques anecdotes, contées avec humour par Neria de
Giovanni, illustrèrent l’étonnant paradoxe de la femme-écrivain
sarde, internationalement reconnue, et objet, dans son propre pays,
d’une méfiance un rien dédaigneuse.
Neria
de Giovanni sut mettre dans son propos une simplicité, une
conviction qui permirent très vite un échange nourri et fructueux
avec le public. L’œuvre littéraire, toujours un rien sacralisée,
et en cela peut-être un peu lointaine pour ceux qui en abordent
l’étude, est devenue, par la grâce de la conférencière,
quelque chose de vivant, d’actuel. Des ponts étaient jetés entre
le passé et le présent, entre la Corse et la Sardaigne, entre
l’imaginaire et le quotidien, le réel et la fiction. La littérature
n’était plus matière scolaire mais lieu de rencontres, d’échanges,
de questionnements. Signe qui ne trompe pas : la conférence était
achevée qu’autour de Neria de Giovanni, toujours souriante, se
pressaient encore ceux qui voulaient poser une dernière question,
avoir une dernière précision.
Remercions
la conférencière d’avoir su témoigner, avec talent, que le
savoir peut être aimable, séduisant, et l’analyse la plus
subtile comprise par chacun, pour peu que l’on aille vers le
public avec des brassées d’intentions généreuses et une volonté
de faire aimer ce que l’on aime.
Un
des grands mérites de Neria de Giovanni est d’avoir montré que
nulle exégèse n’épuise jamais le sens d’une œuvre, et que
celle-ci garde son irréductible part de mystère. Grazia Deledda,
dont l’écriture, dans son dépouillement, va d’un trait,
jusqu’au cœur des choses, nous laisse des textes encore ouverts
aux investigations et à la recherche. Le rôle de la critique
n’est-il pas aussi de ressusciter, de donner à connaître, ce
que, souvent par paresse, on a définitivement enfoui sous quelques
définitives formules ?
Le
prochain invité du CCU sera Draûen Katunariº, philosophe,
critique et poète croate. Qui donc disait qu’apprendre c’est
frotter sa cervelle à la cervelle d’autrui ? C’est en tout cas
l’ambitieux programme du CCU, et il est remarquable qu’il soit
si précisément élaboré et suivi.
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Cette
initiative est soutenue par la CTC, la DRAC, le Rectorat et “ La
Maison des Ecrivains ”. Elle développe un cycle régulier de
rencontres avec des écrivains du Sud de l'Europe et propose à
Corti de devenir lieu de rencontre des écritures littéraires et
d’échanges interrégionaux en Méditerranée.
Le
rendez-vous mensuel se poursuivra donc en mars avec le poète croate
Drazen Katunaric puis le dramaturge et romancier sarde Antoni Arca
; Casimiro de Brito, poète et président du Pen Club portugais et
José Maria Alvarez, de la Province espagnole de Murcia,
organisateur du festival international de poésie d’Alicante.
Les
internautes peuvent retrouver les invités de ces Rencontres littéraires
du CCU sur le site www.interromania.com.
Différentes œuvres y sont disponibles, dont Camionabile 451
d’Alberto Pozzolini. Le texte est en version française
(traducteur : Jean Chiorboli) et catalane (traduction de Jaume
Corbera, publiée aux éditions de l’Université des Iles Baléares
(UIB).
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