OS PASSOS SEM MEMÓRIA

 

 

Olho pela janela e não vejo o mar. As gaivotas

andam por aí e a relva vai secando no varal. Manhã cedo,

o mar ainda não veio. Veio o pão, veio o lume

e o jornal. A saliva com que te hei-de dizer bom-dia.

As palavras são as primeiras a chegar. O que fica delas

amacia o papel. Pão quente com o sono de ontem

e os sonhos de hoje. Prepara-se o dia, os passos

de ir e vir. Estou cada vez mais perto. Olhas-me

como se soubesses o que hei-de saber mais logo.

Nesta cidade nunca é meio-dia. Há sempre uma doçura

de outras horas. E recordações avulsas. Deixa-as sair

de dentro do vestido, deixa soltar as ondas do mar.

A janela está vazia. O meu filho caminha na praia

e tu soletras as gaivotas. Caminha à minha frente

sem deixar pegadas. Perco-me como todas as mães,

todos os amantes. Invento passos e palavras

para adormecer. A esta hora a minha avó enrolava o rosário

nas mãos. Eu estava dentro das contas, dentro do sono

que rondava a prece. Durante muito tempo estive fora.

Agora caminhamos juntos. Sem memória.

 

(inédito)

 

 

LES PAS SANS MÉMOIRE

 

 

Je regarde par la fenêtre et ne vois pas la mer. Les mouettes
sont par là et l'herbe sèche sur le fil. Tôt le matin,
la mer n'est pas encore arrivée. Arrive le pain, arrivent le feu
et le journal. La salive avec laquelle je te dirai bonjour.
Les mots arrivent en premier. Ce qu'il en reste
adoucit le papier. Le pain chaud avec le sommeil d'hier
et les rêves d'aujourd'hui. La journée se prépare, les pas
du va-et-vient. Je me rapproche. Tu me regardes
comme si tu savais déjà ce que ce je saurai plus tard.
Dans cette ville il n'est jamais midi. Il y a toujours une douceur
d'une autre heure. Et des souvenirs en vrac. Laisse-les sortir
de dessous ma robe, laisse s'échapper les vagues de la mer.
La fenêtre est vide. Mon fils sur la plage
et toi qui épelles les mouettes. Il marche devant moi
sans laisser d'empreintes. Je me perds comme toutes les mères,
tous les amants. J'invente les pas et les mots
pour m'endormir. A cette heure ma grand-mère enroulait son  chapelet
autour de ses mains. J'étais à l'intérieur des perles, à l'intérieur du
sommeil
qui rôdait autour de sa prière. Longtemps je fus en dehors.
Maintenant nous marchons ensemble. Sans mémoire.

Trad. Catherine Dumas