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OPACIDADE
DO MUNDO
É
tão bom começar a manhã com tudo o que
queremos
ser neste dia, olhar sem medo pela
janela,
ensaiar uns passos fora da pele.
Já
não somos nós, nem mesmo é nosso o dia.
Tropeçamos
nos olhos espantados à volta
do
que vemos, precipitamo-nos para dentro e é tudo
o
pouco que fizemos. Dizemos que a pele
é
a nossa casa, enumeramos as assoalhadas,
a
arquitectura sólida, as vantagens de grades
nas
janelas. Depois fica-se triste até ao fim do dia.
Há
quem faça compras ou coma chocolate,
quem
diga mal de todos, quem não acorde a espreitar
pela
pele como ser outro, mas ele está a dois passos,
a
respiração, a temperatura, o olhar, o corpo móvel
que
se afasta levando o horizonte e só nos resta
sonhar
com a manhã seguinte e todos os dias –
-
todos os dias - mentimos para dentro da pele.
In iDa Alma e dos
Espíritos Animais
OPACITÉ
DU MONDE
C'est
si bon de commencer la matinée avec tout ce que
nous voulons être ce jour-là, de regarder sans
peur par
la fenêtre, de tenter quelques pas en dehors
de notre peau.
Nous
ne sommes plus nous-mêmes, le jour n'est plus à nous.
Nous
trébuchons sur nos yeux stupéfaits autour
de ce que nous voyons, nous nous précipitons
à l'intérieur et voilà tout
ce que nous avons fait. Nous disons que
notre peau
est notre maison, nous énumérons les pièces,
la solide architecture, l'avantage d'avoir
des grilles
aux fenêtres. Et puis on est triste jusqu'à
la fin du jour.
Il
y en a qui font des courses ou mangent du chocolat,
qui disent du mal de tout le monde, qui ne se
réveillent pas en guettant
par
la fenêtre comment être un autre, mais lui il est à deux pas,
sa respiration, sa température, son regard,
son corps mobile
qui s'éloigne emportant l'horizon et il ne
nous reste plus
qu'à rêver au matin suivant et tous les jours –
tous les jours - nous mentons à l'intérieur de
notre peau.
Trad. Catherine Dumas
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