AN(Á)FORA

 

 

As coisas vêm do futuro para se perderem

na sombra.

No breve momento de que são feitas

podem ser invocadas

«estas», «as coisas», «aqui»

mas a nossa voz pertence sempre ao passado

 

Eis porque toda a coisa

espera de nós uma crença total no tempo,

uma continuidade trémula que permita dizer as horas

a quem passa

como se estivéssemos a ocultar a ignorância

que de si mesma fala no poema

acreditando que é possível regressar

antes das coisas que gastámos sem sequer as ver

 

O tempo vacila como se existisse

e em nós deixa a verdade de uns olhos doridos.

 

 

A Mão feliz (1994)

 

 

ANAPHORE

 

à Óscar Lopes

 

 

Les choses viennent du futur pour se perdre

dans l'ombre.

Dans le bref moment dont elles sont faites

on peut les évoquer par

«celles-ci», «les choses», «ici»

mais notre voix appartient toujours au passé.

 

Voilà pourquoi toute chose

attend de nous une croyance totale dans le temps,

une continuité tremblante qui permette de dire l'heure

à celui qui passe

comme si nous étions en train d'occulter l'ignorance

qui d'elle-même parle dans le poème

croyant qu'il est possible de revenir

en avant des choses que nous avons gaspillées sans même les voir.

 

Le temps vacille comme s'il existait

et il laisse en nous la vérité d'yeux endoloris.

 

 

trad. Marie-Claire Vromans