A IRREVERSIBILIDADE DO TEMPO

 

 

Não te importes amor

se tivermos a alma em desalinho.

Amanhã cortaremos as sombras do quintal

sem acreditar que as sombras devam ser

sombrias. Mas é reconfortante acreditar na língua

e na sabedoria popular

e em tudo o que nos torna cúmplices.

 

Não te importes se for outono. Nunca pensaremos

que as coisas declinam porque nos amamos,

conjugaremos todas as estações com este amor,

pagaremos os impostos - agora é mais fácil

com o multi-banco -, escreverás cartas

e algumas deixarás de escrever

porque as penas do edredão são leves

e não é saudável resistir ao amor.

 

Não te importes se estivermos ocupados

com pequenas coisas. És tão belo

a limpar a louça como a dizer um poema,

a arrumar os papeis ou a desabotoar-me o vestido.

Pão nosso nos dai hoje e a torradeira amanhã bem cedo,

o forno quente, a manteiga a escorrer, a tua mão a segurar

a chávena e todas as coisas que nos fazem sorrir

só porque nos amamos e o sabemos

por hoje e pelo tempo que virá,

porque resistimos à burocracia e ao cansaço,

porque aprendemos a olhar o rio

a ver como é diferente quando o dia nasce, quando

a noite cai, quando uma chuva miúda torna a terra fértil

e cheira a estrume, a merda de alcatrão lavado.

 

Não te importes amor se hoje te amo tanto.

Amanhã tem mais uma sílaba

e é com ela que te conjugo entre os lençóis.

 

In Da Alma e dos Espíritos Animais (2001)

 

 

 

IRREVERSIBILITE DU TEMPS

 

Ne t’en fais pas mon amour

si nous avons l'âme en désordre.

Demain nous couperons les ombres du jardin

sans croire que les ombres doivent être

sombres. Mais il est réconfortant de croire à la langue

et à la sagesse populaire

et à tout ce qui nous rend complices.

 

Ne t’en fais pas si c'est l'automne. Jamais nous ne penserons

que les choses déclinent parce que nous nous aimons,

nous conjuguerons toutes les saisons avec cet amour,

nous paierons les impôts – maintenant c'est plus facile

avec le selfbanking - tu écriras des lettres

et quelques-unes tu renonceras à les écrire

parce les plumes de l'édredon sont légères

et qu'il n'est pas sain de résister à l'amour.

 

Ne t’en fais pas si nous sommes pris par les petites choses.

Tu est aussi charmant en lavant la vaisselle qu'en disant un poème,

en rangeant les papiers ou en déboutonnant ma robe.

Donnez nous notre pain quotidien et le grille-pain demain très tôt,

le four chaud, le beurre fondant, ta main tenant

la tasse et toutes les choses qui nous font sourire

simplement parce que nous nous aimons et que nous le savons

aujourd'hui et pour les temps à venir,

parce que nous résistons à la bureaucratie et à la fatigue

parce que nous apprenons à regarder le fleuve

à voir comme il est différent quand le jour se lève, quand

la nuit tombe, quand la pluie fine rend la terre fertile

et que ça sent le fumier, la bouse de goudron lavé.

 

Ne t’en fais pas mon amour que ce jour je t'aime tant.

Demain a une syllabe de plus

et c'est avec elle que je te conjugue entre les draps.

 

Trad. Marie-Claire Vromans