Maram al Masri

 

Poèmes

 

 

5

j'attends,

et qu'est-ce que j'attends ?

Un homme qui vienne m'apporter des fleurs,

et des mots doux.

Un homme

qui me regarde et me voie.

Qui me parle et m'écoute.

Un homme qui pleure

pour moi,

alors j'ai pitié de lui

et je l'aime.

 

 

6

J'ai vu des traces

de pas

points noirs

qui vont et viennent.

La neige blanche

dont on dit qu'elle est

pure,

a trahi

les oiseaux, les chats

et les fantômes de mes pensées,

avant que le soleil paresseux ne se lève,

pour effacer

tout cela.

 

 

14

Les femmes comme moi

ignorent la parole,

le mot leur reste en travers de la gorge

comme une arête

qu'elles préfèrent avaler.

Les femmes comme moi

ne savent que pleurer

à larmes rétives

qui soudain

percent et s'écoulent

comme une veine coupée.

Les femmes comme moi

endurent des coups,

et n'osent pas les rendre.

Elles tremblent de colère

réprimée.

Lionnes en cage

les femmes comme moi

rêvent…

de liberté ...

 

 

17

là où les chevaux

ne peuvent courir.

là où il n'y a pas même

un trou

qui permette

au rayon de lumière de pénétrer.

là où il n'y a pas d'herbe

qui croît,

je m'accroche

aux pieds des mots.

 

 

23

J'attends

que les enfants dorment,

pour laisser

le cadavre de ma désillusion

flotter

à la surface.

 

 

26

Un jour

il s'est acheté

une poupée

qui sourit quand il lui dit de sourire,

elle chante et danse

lorsqu'il appuie sur le bouton,

et elle dort quand il la couche.

Quelle colère est la sienne,

la poupée tantôt

pleure.

tantôt garde les yeux ouverts,

lorsqu'elle est couchée .

 

 

28

Un corps de femme

tremble au bord du lit.

Une soif :

et un fleuve déborde.

Une soif :

et une source bruit.

Le corps de la femme vieillit.

Les doigts de l'ennui

ne le rafraîchissent pas,

pas plus que la jouissance

ne lui offre la lumière.

 

 

45

Il a deux femmes,

l'une dort dans son lit

l'autre dort dans celui de son rêve.

il a deux femmes qui l'aiment,

l'une vieillit à côté de lui,

l'autre lui offre sa jeunesse

et puis s'éclipse-

il a deux femmes,

une au coeur de sa maison

une autre dans la maison de son coeur.

 

 

52

Il est venu

revêtu d'un corps d'homme

je n'y ai pas prêté attention.

il m'a dit :

- ouvre-moi

je suis l'Esprit saint.

Par peur de désobéir

je l'ai laissé m'embrasser,

son regard

a mis à nu

mes seins troublés,.

faisant de moi une femme belle.

Il a insufflé son âme en mon corps

grondant

comme la foudre et les éclairs.

Amen !

 

 

75

Un autre amour agonise,

soumise, la femme va le ranger

dans l'armoire aux souvenirs

pleine

des oiseaux de ses rêves

embaumés.

 

 

92

Viens nu

que j'habille

ton corps

que mon imagination t'a emprunté

 

 

96

Par chance

je dispose d'un stylo

d'une feuille de papier

qui soulage

l'attente lourde,

sinon…

je me rongerais

les ongles

et donnerais un coup de pied rageur

aux fourmis

qui commencent à grimper à mes jambes.