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de la Rive Sud Méditerranéenne
Conturesu da
Guidu Begnini

C’est à un
enrichissant voyage à travers la littérature
du Maghreb que nous ont convié le Centre
Culturel Universitaire et le Musée de la
Corse, pour l’Atelier de Littérature de la
Rive Sud Méditerranéenne qu’ils ont ouvert à
Corti dans les salons du Musée. Découverte
d’auteurs dont les œuvres sont autant de
témoignages d’un vécu de cet historique
espace temps qui les a propulsés de la
colonisation à l’indépendance. Période
fertile en heurs et malheurs. La pensée de
ces écrivains, expression de leur double
culture, est une leçon pour tous ceux qui
refusent de sortir du vase clos des idées
reçues ou persistent à croire que le monde
s’arrête aux frontières de leur nombril.
Le 28 janvier c’est à Abdelkebir Khatibi,
écrivain de renommée mondiale, poète,
romancier, critique d’art, chercheur,
directeur de l’Institut Universitaire de la
Recherche Scientifique de Rabat, de
développer le thème de sa conférence : "Le
romancier et l’invention du lecteur". Son
impressionante bibliographie est surtout
marquée par ses romans: "La mémoire tatouée"
(1971), "Amour bilingue" (1983) et "Un été à
Stockolm" (1990), ses études semiologiques
par : "Maghreb pluriel" (1983) et "La
blessure du nom propre" (1986), et
artistique : "L’art calligraphique de
l’Islam" (1994), "L’art contemporain arabe"
(2001), "Le corps oriental" (Hazan 2002),
toutes illustrations donnant les clés qui
ouvrent à la compréhension de l’être de la
genèse à nos jours, du religieux au profane,
de l’art à l’ordinaire. "L’aimance" (Ed.
Almanar, janvier 2004) est son dernier
recueil de poèmes.
Khatibi s’ouvre "à l’autre" car, dit-il,
"j’appelle identité aveugle, l’illusion d’un
moi absolu et la différence sauvage,
l’illusion d’une altérité absolue."
Le 18 février c’est au tour de Tahar Ben
Jelloun d’explorer les "Désillusions
sentimentales". On ne présente plus l‘auteur
de "La nuit sacrée" (Goncourt 1987), pas
plus qu’on en énumère l’œuvre imposante. À
paraître en mars prochain : "Le dernier ami"
(Seuil) lequel rejoint l’objet de sa
conférence et où l’on retrouve développé le
sentiment contraire qu’éprouvent deux hommes
face à l’événement simultanément vécu et
différemment ressenti. Danielle Maoudj l’a
qualifié d’artiste du langage décrivant les
couleurs du silence, alors que Ghjacumu
Thiers rappelait ses talents de poète en
citant "Les amandiers" morts de leurs
blessures. Rappelant que "les poètes sont
des animaux intuitifs", Tahar Ben Jelloun
ajoute que "la littérature a toujours
accompagné les déchirures humaines, qu’elle
est une manière de lutter contre toutes les
injustices et que l’écrivain travaille dans
le possible pour aller vers l’impossible."
Enfin
c’est le 19 février qu’était reçu Yasmin Rhadra. Il est accueilli par un
chant, beau, splendide !- interprété par
Anghjula Potentini. Publié dans 14 pays, un
des rares auteurs francophones de polars
traduit aux Etats Unis, Mohamed Moulessehoul
de son vrai nom, est entré en littérature
comme on entre en religion. Mieux, il est un
roman à lui tout seul. Ancien officier
supérieur de l’armée algérienne, il décide
de prendre sa retraite à 45 ans. En 1999, il
part au Mexique avec femme et enfants, en
2000 il arrive en France où il dévoile sa
véritable identité après onze ans de
clandestinité.
Entre corruption ruineuse et intégrisme
dévastateur, cet auteur décrit avec rigueur
et réalisme dans "À quoi rêvent les loups"
(Julliard 1999), son vécu de l’horreur
abyssale dans laquelle est plongée
l’Algérie. Du même fil est "Les Agneaux du
Seigneur" (Julliard 2000), poignante
relation d’un scénario événementiel
tragique. Extrait : "le poète avait raison :
il y a sûrement une part de Diable en chaque
religion que Dieu propose aux hommes. Une
petite part mais qui dévie le fanatique de
la barbarie. Cette part de Diable c’est
l’ignorance. Il est trois choses que l’on ne
doit pas donner à un ignorant : la fortune,
il en serait esclave ; le pouvoir, il
deviendrait tyran ; la religion, il nuirait
aux autres autant qu’à lui même." Avec "L’Ecrivain"
(Julliard 2001, primé à l’Académie
Française), l’auteur est bouleversant de
tendresse et de vérité. Récit d’une vie
d’adolescent placé dans une école de cadets
par un père, lui-même officier, d’où il
sortira, trente ans plus tard… écrivain !
Car telle a été sa volonté depuis toujours,
témoigner quitte à déranger, dénoncer quitte
à risquer la mort. Mais l’homme sait aussi
se dépayser. Le voici avec "Les Hirondelles
de Kaboul" (Julliard 2003), dans cette ville
de "routes crevées, de collines teigneuses,
d’horizons chauffés à blanc et de cliquetis
d’armes. La poussière a enseveli les
jardins, aveuglé les yeux et cimenté les
cerveaux. En certains endroits, le murmure
des mouches et la puanteur d’animaux crevés
collent à une désillusion sans retour. Le
monde semble se pourrir, sa gangrène a
choisi de se développer ici, dans le
Pashtoun, tandis que la désertification se
glisse comme un serpent à travers les
consciences et les mentalités des hommes."
Avec ses personnages en quête de dignité
dans une nation martyre où sévissent la
guerre, la folie, le fanatisme et la
tyrannie des talibans, Moulessehoul y
cherche la lumière qui peut éclairer
l’avenir d’un islam incertain entre
féodalisme et modernité. Le vol de ces
hirondelles voilées s’étend depuis l’horreur
jusqu’au délire mortel.
Poète, Moulessehoul l’est, même s‘il s’en
défend. Il émeut autant par l’écrit que par
le verbe. L’entendre parler des peurs de son
épouse mais aussi de son indéfectible
soutien lors de sa clandestinité faite de
périls, de menaces, de terreurs ; relater
les espoirs d’une jeunesse vouée au chômage,
aux privations, aux déviances ; rappeler les
vertus d’humanisme, de tolérance, de
courage, de charité, révèle le fondement de
son engagement, non démuni d’émotion.
Au cours des prochains mois le CCU, le Musée
de la Corse et son responsable scientifique,
Madame Poli-Mordiconi, nous invitent à
d’autres rencontres :
le 24 mars, à 14 h. 30, Zahia Rahmani,
historienne d’art, pour son premier roman :
"Moze" (Ed. Wespieser) et le thème "La
fabrique du supplétif dans l’héritage
colonial : l’exemple du harki".
Le 14 avril même lieu, même heure, Denise
Brahimi, universitaire, essayiste et
écrivain, auteur de "Un aller et retour à
Cipango", pour le thème : Taos Amrouche
romancière : exil et solitude. Elle y révèle
l’œuvre de la première romancière algérienne
de langue française, sœur de l’écrivain Jean
Amrouche, comme lui formée à la double
culture berbère et française. |