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Le programme
Ex- Voto
(2003-2004)
Entre Corse,
Sardaigne et Toscane le projet Ex-Voto a
fait naître trois spectacles produits sur le
thème de la religion populaire.
La piété qui
s’exprime dans les offrandes votives a une
haute valeur humaine, qu’il s’agisse de
réalisations d’une certaine ampleur ou, le
plus souvent, d’objets communs et banals,
exhaussés de leur condition modeste par la
foi qui les brandit vers la divinité.
Souvent naïfs, souvent attaqués par l’âge et
les intempéries, ces témoins émouvants
conservent la force de l’acte de foi en la
vie qui leur assure l’immortalité en dépit
de leur état de détérioration et de
précarité.

Il
s’agissait donc d’interroger les histoires
que renferment ces tableaux et objets votifs
anciens et souvent séculaires. Des
catastrophes ou de tragiques événements
impliquant des populations entières
(guerres, tempêtes, cataclysmes), mais aussi
des itinéraires singuliers et de modestes
chroniques familiales sont ainsi placées
sous un regard divin où la protection de la
Vierge Marie ouvre sur l’espace du « mare
nostrum ». Un regard tutélaire balaye la
plaine marine où se dressent soudain la
menace et le péril et où pourtant réside,
par la pêche, le commerce, le voyage et la
conquête, le destin des peuples de
Méditerranée.
L’association ACAB (Livourne), chef
de projet, le Circolo Musicale LABORINTUS
(Sassari) et l’Association de soutien du
Centre Culturel Universitaire (Corse) se
sont associés pour ces réalisations. Les
spectacles Ex-voto (Toscane), Su
fizzu ‘e s’orcu (Sardaigne), L’Abbracciu
(Corse) ont été créés en 2004 à
Castelsardo (21, 22, 23 août), Bunifaziu (3,
4, 5 septembre) et Livourne (10, 11, 12
septembre).
Ce projet a
bénéficié du soutien de la Collectivité
Territoriale de Corse, de la Provincia de
Livorno et de la Provincia di Sassari, ainsi
que du FEDER dans le cadre d’INTERREG-III A.
L’ouvrage
(comprenant un DVD des trois pièces et des
entretiens) est disponible au prix de 10euro

Entretiens
…avec Guy Cimino, metteur en scène de L’Abbracciu
Dans cette interview réalisée à la fin de
l’été 2004, Guy Cimino revient sur les
difficultés rencontrées lors de la mise en
scène du texte de Jacques Thiers. Il évoque
ainsi deux éléments qui ont nécessité une
réflexion menée par toute la troupe de
comédiens :
·
le nombre de personnages,
·
les éléments qui composent la scène 2.
Le premier écueil qui s’est dressé tient au
grand nombre de personnages inventés par
l’auteur. Guy Cimino souligne leur abondance
alors que seuls sept comédiens sont
disponibles pour la réalisation de la pièce.
Face à cette contrainte, la troupe pense
tout d’abord à porter une pancarte qui
mentionnerait l’état du personnage
interprété : touriste, docker dont
l’identification serait encore renforcée par
le port d’un costume adéquat. Ce sera
finalement une autre option qui sera
préférée. Certains personnages du texte
initial seront simplement évoqués par les
représentants retenus. Par exemple le prêtre
n’est pas sur scène mais Jean- Pierre
Guidicelli, qui joue le rôle de l’homme qui
pêche, reprend la teneur de ses répliques :
« nous sommes tous frères, tous ensemble».
Le metteur en scène note que cette licence
par rapport au texte n’est pas une trahison
car les personnages prennent corps par leurs
paroles plus que par leurs états. Avec les
comédiens, ils ont tenu à conserver des
rôles dont les dénominations les ont amusés
lors du premier contact avec le texte. De
cette manière, le docker, le prêtre, l’homme
qui rentre tard sont évoqués, leur nom est
prononcé ainsi que certaines de leurs
répliques. D’autres personnages, au
contraire, ne sont pas nommés et c’est pour
cette raison qu’une pancarte aurait pu
pallier ce manque. Metteur en scène et
comédiens ont finalement conclu que le
public identifierait les personnages grâce
au contenu de leurs répliques et c’est par
exemple ce que réserve la mise en scène aux
policiers.
Guy Cimino parle ensuite d’un autre problème
rencontré pour la mise en scène de L’Abbracciu.
Cette difficulté concerne la deuxième scène
de la pièce où de nombreuses personnes
apparaissent, accompagnées par le son des
sifflets des policiers qui se mêlent à des
paroles prononcées dans une langue
étrangère. Guy Cimino a eu l’idée de faire
sortir ces personnages du rocher. Pour ce
faire, un petit film a été réalisé, il est
projeté sur des personnes vêtues de blanc.
Les acteurs sortent avec leurs valises,
regardent autour d’eux quand ils arrivent,
comme s’ils ne savaient pas où ils se
trouvent. Ils sont inquiets et finissent par
se regrouper comme le feraient des bêtes
apeurées, formant ainsi un écran. Sur ce
dernier sont projetées des images de pierres
et de terres corses, des prises de vue qui
représentent des rochers et la mer. Le
public peut ainsi les voir comme s’ils
sortaient de terre. Une fois cette idée de
film trouvée, la difficulté initiale s’est
effacée et la réalisation de la deuxième
scène s’est avérée facile. De plus, une
musique accompagne les acteurs, il s’agit
d’une polyphonie albanaise que Guy Cimino a
trouvée pour l’occasion. Ce chant parle
d’exil et même si les spectateurs ne
comprennent pas les paroles, la tristesse de
la mélodie sied à la scène.
En guise de
conclusion, le metteur en scène explique
qu’une fois les deux principales difficultés
surmontées, la mise en scène est allée
d’elle-même
et il salue
le savoir-faire des comédiens.

…avec Ghjacumu Thiers, auteur de L’Abbracciu :
Après avoir rappelé comment le projet Ex
Voto prend place dans un ensemble de
réalisations littéraires, théâtrales et
culturelles qu’il conduit en particulier
avec le CCU et l’IITM depuis de nombreuses
années, l’auteur revient sur les
circonstances qui ont présidé à l’écriture
de L’Abbracciu.
L’idée s’est très vite imposée à lui de
réaliser la jonction entre le passé
sédimenté dans le patrimoine votif et
l’actualité la plus contemporaine de ces
histoires d’homme où la mer représente
simultanément la Menace et la mort, mais
aussi le Mouvement et le Salut. Pour ce
faire, il lui fallut d’une part se persuader
que la pauvreté relative du patrimoine votif
recensé en Corse était un atout et d’autre
part travailler sur l’Etranger, l’Ailleurs,
l’Autre. Un double paradoxe donc, à
l’origine d’un texte qui raconte précisément
comment ce qui apparaît d’abord comme Menace
pour le Même se révèle en définitive
indicateur d’identité.
Ainsi naît le récit dramatique de ces « boat
people », communauté culturelle chassée de
chez elle par la guerre et lancée à la
dérive sur la mer hostile. Victimes du sort,
ces étrangers rejetés par la Tempête sur nos
côtes prennent pour les habitants la forme
d’une menace d’autant plus terrible qu’elle
est mystérieuse. De leur côté, les naufragés
se terrent dans la nuit, convaincus, du fait
des récits homériques, qu’ils sont sous la
menace des Lestrygons. De part et d’autre la
peur, le silence, l’incompréhension. La
barrière des langues et des cultures.
L’hostilité des mots, des attitudes et des
comportements. La Méconnaissance de
l’humaine condition.
A ce nœud du drame intervient la parabole :
l’abbracciu, l’accolade, assure
l’intercompréhension des langues. C’est un
deus ex machina, incontestablement. Cette
intervention ne va pas de soi. Il faut la
vouloir et la décider. Lorsque l’accolade
est donnée, le miracle se produit. Tout
s’éclaire. La peinture informe abandonnée
par les naufragés n’était en réalité que
l’ébauche d’une peinture votive. La
communauté des attitudes humaines devant les
coups du sort se révèle dans sa simplicité
et son universalité : les naufragés, partout
et toujours, remercient la divinité en lui
dédiant l’ex voto.

… avec Mariano Corda, metteur en scène de Su
fizu ’e s’orcu :
Dans cet entretien réalisé au moment de la
représentation de la pièce à Bonifacio en
septembre 2004, le metteur en scène sarde
revient sur son travail et sur sa
collaboration avec l’auteur et le musicien
Gabriele Verdinelli.
Dès le début du projet, Mariano Corda a
travaillé à ce spectacle en pensant à son
ami musicien Gabriele Verdinelli tant
l’aspect musical s’est imposé en même temps
que le travail du texte. C’est ainsi que,
selon ses propres dires, le metteur en scène
était moins préoccupé par le jeu des acteurs
ou la part scénographique de la
représentation future mais bien par l’idée
qui s’imposait peu à peu comme une
évidence : faire de la pièce une sorte
de ballet sur une musique créée pour
l’occasion.. A cette première image mentale
de la mise en scène de Su fizu ‘e s’orcu
s’ajoutait aussi l’intervention de musiciens
et le chiffre sept. Mariano Corda souhaitait
réunir sept musiciens issus de formations
différentes et vêtus de costumes singuliers
et dépareillés. Mariano Corda avoue que cet
aspect du spectacle l’a véritablement
séduit, bien qu'en définitive la formation
ne comprenne que six musiciens.
Le metteur en scène demande ensuite à
Gabrielle Verdinelli de créer la musique qui
accompagnera le texte. Mariano Corda définit
la pièce comme étant une sorte de voyage en
trois étapes de l’histoire d’un homme. Pour
lui, cet individu est l’archétype de l’homme
de 2004 : « une bête horripilante » évoluant
dans une période historique terrifiante:
notre époque. Ainsi, même si la pièce
n’évoque ni les guerres actuelles ni les
conflits politiques contemporains, le héros
de la pièce incarne ce que nous sommes au
monde ainsi que toutes les vexations
infligées aux minorités ethniques ou bien
encore l’humiliation des peuples nés sur une
terre riche de quelques biens et spoliés
pour cette même raison.
C’est aussi pour cette dimension réflexive
contenue dans le texte que Mariano Corda a
accepté de devenir metteur en scène de la
pièce d’Antoni Arca. Le « regista » sarde se
dit pleinement satisfait du travail de
l’auteur et admire ce qu’il a écrit. Comme
par magie, le spectacle s’est ensuite
agencé, dans des conditions difficiles à
reproduire : les acteurs se sont impliqués
généreusement dans le projet et Gabriele
Verdinelli, avec sa composition musicale
inédite, a pleinement répondu aux attentes
du metteur en scène. Vient encore s’ajouter
à l’originalité du spectacle l’idée finale
des étendards dessinés par les enfants puis
transformés avec des étoffes.
Tout concourt à une réalisation qui a ravi
le metteur en scène qui dit s'être
beaucoup diverti et se déclare pleinement
satisfait. Mariano Corda conclut l’interwiew
en souhaitant que ce spectacle ouvre la voie
à d’autres expériences menées dans ce cadre
de coopération transfrontalière.

… avec Gabriele Verdinelli, compositeur de
la partie musicale de Su fizu ‘e s’orcu :
Le musicien insiste tout d’abord sur le fait
que ce travail n’a été possible que grâce au
rapport de symbiose qui l’unit désormais au
metteur en scène Mariano Corda. Gabriele
Verdinelli le définit en effet bien entendu
comme le « regista » mais encore comme le
fournisseur d’idées qui a finalement rendu
possible la réalisation du spectacle à
partir du beau texte d’Antoni Arca.
Dans cette entente créatrice, les deux
hommes ont presque simultanément eu l’idée
de confier la partie musicale de la pièce à
six musiciens et d’utiliser des instruments
particuliers pour donner l’impression d’un
orchestre désaccordé et déglingué. Ce
sentiment est renforcé car les instruments
utilisés ne le sont pas habituellement dans
la même composition musicale. Ainsi, pour ne
donner qu’un exemple, la petite flûte au son
aigu appelée « octavino » côtoie le tubas
basse à la tonalité profonde. Des sonorités
extrêmes sont réunies et donnent à la partie
musicale des couleurs stridentes car le
compositeur a sciemment recherché à créer
une hétérogénéité au sein du groupe afin de
représenter une musique faite de forts
contrastes.
Pour ce faire, un groupe de musiciens a été
réuni pour l’occasion. Cette formation est
composée d’amis et d’élèves du Conservatoire
que dirige à Sassari Gabriele Verdinelli.
Après avoir expliqué les choix opérés pour
la partie musicale, le compositeur revient
sur le genre choisi. Pour lui, la
composition est celle de la marche et se
rapproche par là même de l’inspiration
populaire des ex-voto. Comment mieux relayer
ce thème que par la forme musicale populaire
par excellence qu’est la marche, que
celle-ci soit militaire ou religieuse ? Pour
Gabriele Verdinelli, c’est ce type de
diffusion musicale qui était le seul moyen
pour le peuple d’écouter de la musique il y
a un siècle. Ce sont en effet des mélodies
simples, orchestrées dans un mode chargé de
tensions. Un climat immédiatement
perceptible par les sens et qui s’accorde à
merveille avec l’univers affectif et
dramatique de l’histoire que raconte l’ex
voto. Dans la pièce, ces tensions se
dénouent dans la valse finale, la structure
ternaire remplaçant les marches en deux et
quatre temps employées ultérieurement. Les
personnages se débarrassent enfin de leurs
conflits au son de cette valse qui opère une
sorte de catharsis finale aussi bien pour
les personnages entre eux mais aussi pour
les spectateurs sur le plan émotionnel.
C’est en réalisant cette osmose entre tous
les tenants du spectacle que la pièce se
termine et Gabriele Verdinelli choisit de
clore son entretien sur cet aspect
fondamental à ses yeux.

… avec Angelo Vargiu, clarinettiste dans Su
fizu ‘e s’orcu :
Dans cette interview, Angelo Vargiu qualifie
son expérience de clarinettiste engagé dans
la pièce sarde de facile et légère, même si
l’organisation du spectacle reste l’aspect
le plus contraignant de cette aventure.
Le musicien sarde insiste ensuite sur la
singularité de cette expérience où le genre
de la marche sert de fil directeur au
spectacle. Les choix effectués en ce sens
ont été dictés par l’emploi du temps et la
disponibilité des musiciens car cette
période coïncide en Sardaigne avec le moment
où nombre d’entre eux sont engagés, qu’ils
jouent dans des groupes, des formations ou
encore des orchestres. Il convenait non
seulement de trouver des personnes
disponibles, de bons musiciens, mais encore
des gens prêts à jouer même si le metteur en
scène demande de s’asseoir, de monter ou
encore de tourner autour d’une chaise. Cela
ne correspond évidemment pas au quotidien
d’un musicien classique, plus habitué à
évoluer, selon Angelo Vargiu, sur une
estrade et qui attend, à la fin du concert,
le traditionnel bouquet de fleurs !
En guise de conclusion, le musicien déclare
que cette expérience ne peut que l’enrichir
tant elle est originale et diverse. Pour
illustrer son propos, il rappelle la scène
où sa clarinette devient un fusil. Dans ce
spectacle, le statut des choses est mobile
et mouvant : une simple chaise peut devenir
estrade pour un musicien et son instrument
se métamorphoser en baïonnette, dans les
scènes où la guerre s’impose.. C’est là
toute la magie de l’illusion théâtrale.

… avec Pietro Cenamo, metteur en scène de
Ex-Voto :
Dans cet entretien, le « regista » italien
revient sur les trois aspects principaux qui
structurent son travail.
Ce qui a tout d’abord guidé ses choix
scénographiques, appartient à la
caractéristique naïve propre aux ex-voto.
C’est cette dimension singulière qui
l’intéressait et qui a orienté son travail.
Ainsi, Pietro Cenamo a décidé d’une mise en
scène simple et dépouillée, où tout est
donné à voir sur le même plan, afin de
représenter cette naïveté qui est, selon
lui, typique de l’ex-voto.
Le « regista » toscan explique ensuite qu’il
a tenu à travailler sur une particularité de
la mer tyrrhénienne qui est surplombée par
des sanctuaires élevés à l’image de Notre
Dame de la Garde. De cette manière, comme
les navires sont guidés par le rayonnement
de phares, ces monuments envoient une
lumière spirituelle à laquelle répond
l’ingénuité populaire.
Pietro Cenamo conclut en insistant enfin sur
un dernier point qui a motivé son travail.
Il a choisi d’accélérer le rythme du
spectacle en y ajoutant des parties
chantées. La pièce doit alors parfois
confiner à la chorégraphie, construite avec
des mouvements précis, réalisés en
synchronie. La naïveté mise en lumière dans
le travail de mise en scène, se retrouve
encore dans la gestuelle des acteurs.

… avec Gabriele Benucci, auteur de Ex-Voto :
En préambule, le dramaturge revient sur la
genèse de ce projet en rappelant qu’il est
né deux ans auparavant et que c’est au terme
d’une étroite collaboration que les trois
partenaires ont pu présenter leurs
spectacles respectifs à Castelsardo,
Bunifaziu et Livorno.
Après ce bref rappel, le toscan présente la
pièce Ex-Voto dont il est l’auteur et
dont Petro Cennamo a assuré la mise en
scène. Puis, le dramaturge résume l’intrigue
de la pièce. La création toscane propose au
public l’histoire d’un groupe de pèlerins
qui vient demander à un « peintre de
dévotion » (tel est le nom donné aux
peintres d’ex-voto à Livourne) de
représenter leurs aventures et l’aide reçue
de la Vierge Marie. Parmi ces pèlerins se
trouve un acteur qui va prendre en charge la
mise en scène des histoires qui vont être
jouées devant l’artiste afin qu’il juge les
actions de chacun et qu’il estime leurs
qualités avant de se mettre à l’oeuvre. A
cette trame première s’ajoute une autre
intrigue. Elle tient, selon l’auteur, à la
condition féminine. Il n’en dit pas plus et
nous invite à voir le spectacle. Il faudra
attendre le dénouement pour en apprécier
toute la dimension.
Gabriele Benucci insiste ensuite sur une
autre particularité du spectacle italien.
Elle réside dans les chansons qui sont
partie intégrante de la mise en scène. C’est
ainsi que l’auteur a décidé de donner aux
parties chantées un rôle déterminant. Elles
révèlent en effet une vérité autre que celle
qui est donnée à voir par les pèlerins qui
représentent leurs histoires de dévotion.
Les chansons qui s’insèrent dans le
spectacle sont tout de même lourdes de sens
et témoignent des incertitudes des pèlerins
face à la divinité qu’ils implorent.
Gabriele Benucci aborde ansuite une autre
question sur les créations inscrites dans le
projet Ex-Voto. Ces oeuvres font appel à la
chanson, mais également à d’autres formes et
genres artistiques. Ainsi, la production
sarde recourt à la musique mais aussi aux
arts plastiques par l’intermédiaire des
bannières qui affichent le sens du
spectacle. De la même manière, la pièce
corse fait appel à des chansons sous la
forme de polyphonies. On peut alors se
demander si ces similitudes sont le fait
d’une concertation entre les différents
partenaires ou si l’on doit penser que le
voisinage des cultures conduit à cette
communauté des expressions. Gabriele Benucci
répond qu’il n’y a pas eu de concertation et
que cette option retenue vient des choix
effectués par les metteurs en scène et les
dramaturges.
Dans l’économie générale du projet, chaque
pièce de théâtre ne vient pas simplement se
juxtaposer à une autre, mais témoigne du
résultat d’un travail de préparation et
d’élaboration réalisé en commun . La
thématique retenue pour toile de fond,
l’ex-voto, et l’attitude qu’exprime la
religion populaire procèdent d’un choix
opéré avec l’accord de tous les partenaires.
Cette condition initiale détermine
naturellement les différentes phases de
travail et la part commune au-delà des
particularités. Quant à la musique, elle
permet, selon lui, de retrouver un aspect
dionysiaque qui renvoie à l’histoire même du
genre théâtral. La musique contraste avec la
dévotion qui est plus rationnelle.
Paradoxalement, la dimension irrationnelle
qui constitue le contrepoint de la raison
est mise en exergue par la musique. Pour
Gabriele Benucci c’est une clef de lecture
possible et qui conviendrait aux trois
spectacles où la place accordée à la musique
est importante.
Ces résumés ont été réalisés par A.L.Thiers.
Les entretiens filmés figurent sur le DVD-ROM
joint à la présente publication.

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