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CORSU
I.
Premier tableau
(Le
décor représente le quai d’un port. Vide. On aperçoit des
îles en face. Au premier plan, un banc. Un vieux marin est assis.
On apprendra plus tard qu’il se nomme Ulysse. Il semble attendre
quelque chose ou quelqu’un. A un moment donné, il regarde à
droite, à gauche... puis se met à fouurager dans son nez... Le
geste de l’homme est d’abord discret, puis de plus en plus
appuyé... Mais voici un bruit qui le fait sursauter. Il découvre
que l’Autre est là... Il est confus)
Ulysse
:- Pardon, ça ne m’arrive jamais... c’est bien la
première fois! Je vous assure que c’est la première fois! C’est
le destin qui me tombe dessus ! Comment, de bon cœur ? ! Mais non
je crois bien que c’est la première fois que je me mets les
doigts dans le nez ! Il y a vingt ans que je viens ici... et c’est
tout juste aujourd’hui que vous me tombez dessus avec votre
regard ! Vous arrivez et vous me voyez : un petit bonhomme gris,
ni beau ni laid. Avec une casquette de marin qui a essuyé tous
les coups de tabac et toutes les tempêtes depuis que le monde est
monde et que les hommes... tentent d’être humains !
(L’Autre
va essayer de dire elle aussi quelques mots... Ce personnage
restera extérieur au drame, car son seul souci est de savoir
quand prendra fin la grève des bateaux... Le vieux marin l’interrompt
rapidement)
L’Autre
: - Il ouvre à quelle heure, le bureau des bateaux ?
Ulysse
(qui lui parle, mais semble indifférent à la question
posée):- Des habits quelconques, gris eux aussi et
fatigués... Gris et usés comme j’ai l’âme fatiguée.
Elimée et meurtrie... noyée et rabotée...
L’Autre
: - Vous aussi, vous êtes... dans les bateaux ?
Ulysse
(sur un ton de mystère) -.. dans les bateaux, dans les
bateaux... on peut dire ça peut-être, ou peut-être on peut
pas... (Voyant que l’Autre va s’éloigner) Non, restez
encore un peu, je vous en prie ! je vais me taire ! non, non, je
vous promets ! je dirai rien de mes malheurs ! je ne dis rien de
mes peines ! c’est juré !... Je n’ai plus personne, mais si j’étais
pas tout seul, je jurerais sur la tête de celui que j’aimerais!
(rêveur) ... celui que j’aimerais! un père, une mère,
ma femme, mon enfant ou une femme... et mon chien... Allez,
asseyez-vous et faites un peu semblant de m’écouter... Ça me
ferait du bien, je vous assure...
Non,
mes pensées non plus n’ont rien d’extraordinaire. C’est
pour ça que... ça a peu d’importance si je me suis mis les
doigts dans le nez...
L’Autre
: - Les hommes comme vous, quand ils n’ont rien à faire,
chez nous ils ouvrent leur canif, ils prennent un bout de bois et
ils se mettent à le tailler en pointe...
Ulysse
: - Vingt ans que ça dure, et puis -ah c’est bien le destin
!- vingt ans et puis d’un coup, le doigt dans le nez. Un doigt
qui entre tout doucement, un doigt tout gauche, tout timide et
puis après ça se met à fouiller furieusement. Et c’est juste
à ce moment-là que vous survenez. J’ai eu peur ! J’ai
sursauté, avec le doigt enfoncé dans le nez ! quelle honte, mon
dieu ! quelle honte !
L’Autre
: - Pas de bouts de bois alors ? ! ? ce n’est pas ça que
vous faites...
Ulysse
: - Des tas, des monceaux de bois, des forêts entières j’ai
taillés et aiguisés depuis tout ce temps que j’attends... C’est
bien pour cela que l’histoire du doigt ne m’était jamais
arrivée, croyez-moi... Mais aujourd’hui, ce devait être parce
qu’il n’y a pas âme qui vive... Vous voyez bien que c’est
pas ma faute ! La solitude, le silence et le temps qui est devenu
gris. Mais le plus c’est la grève qui a démarré hier !
L’Autre
- (il lui parle mais ne paraît pas se soucier de ce qu’il
a dit):- Ce n’est pas pour trouver à redire, mais tout de
même, on ne laisse pas les gens comme ça, pris au piège. Une
île ?! pensez donc ! c’est un piège, plutôt !
Ulysse
:-Je comprends pas pourquoi vous êtes venue même ce matin
alors que vous saviez comme tout le monde que jusqu’à ce soir
au moins, on ne pourra voir ni entrer ni sortir aucun bateau ! Un
piège ! un piège ! Vous avez vu hier soir quand ils ont appris
que la grève avait éclaté, comme ils couraient dans tous les
sens ! Ils tournaient comme des rats...
L’Autre
: - (comme habitée par une vision) Ah les rats ! les
rats ! mon dieu ! les rats ! Enlevez-moi tous ces rats...
aidez-moi ! je me sens paralysée!
Ulysse
: - Mais qu’est-ce qu’il y a ? ça ne va pas ? qu’est-ce
que j’ai dit qu’il fallait pas ? Vous vous sentez mal...!
L’Autre
: - (confuse) Non, ne faites pas attention ! Ce n’est
rien, c’est moi !.. Pardon ! ce sont tous les rats que j’ai
dans ma tête !.. Vous ne pouvez pas comprendre... ce sont les
nerfs, voilà tout ! De temps en temps je sens l’angoisse qui me
prend... et je vois les rats... ils tournent, ils courent, ils
courent partout... ils crient, ils crient... Pardon,
excusez-moi... vous disiez quoi ? ah oui ! ceux qui couraient
partout, les gens...
Ulysse
: - Oui, tout à fait, vraiment, sans arrêt partout, dans
tous les sens... Ils couraient comme des... fous ! Des cris, des
hurlements, des larmes et des pleurs, des gémissements, des
insultes, des malédictions!
Mais
vous avez tout vu, vous aussi ! Quelle comédie, mais quel cinéma
! Souvenez-vous les bon dieu de bon dieu de Jésus Marie, les
putains de Manon de merde dans toutes les langues et le bordel qu’ils
ont fait jusqu’à la tombée de la nuit (il imite les deux
partis qui se chamaillent, les uns pour la grève et les autres
contre).
-
Moi, figurez-vous que je travaille comme vous, mais je dois être
à Marseille ce soir, coûte que coûte ! Alors le bateau va
partir, c’est moi qui vous le dis !
- Ou
il part ce soir, ou il ne part jamais plus ! menace un autre.
- Il
y a trois mois que je l’attends ce rendez-vous avec le
professeur Untel à l’Hôpital de La Timone! (d’un ton
menaçant) Si je ne pars pas aujourd’hui, je m’en fous, je
vous fais un infarctus sur place!
- Et
dans ces conditions, c’est vous qui l’aurez sur la conscience
! dit sa femme.
- Et
bien, moi, je vous emmerde, vous et vos infarctus !
- Et
moi, je vous dis de m’entrer quelque part, vous et tous vos
bateaux !
- Si
je ne traite pas cette affaire demain matin, je n’ai plus qu’à
fermer boutique et à manger des clopinettes, avec toute ma
famille et ma vingtaine d’ouvriers...
-
Mais ça ne te fera pas mal, goinfre, avec la panse que tu as !
- Si
on me donne le choix, je préfère être un peu enveloppé plutôt
que maigre comme un clou !
-
Enfin j’ai vu le moment où les choses devaient tourner au
vinaigre...
L’Autre
:-Moi aussi ! ça a failli mal tourner ! Et l’autre ? Le
chose... le professeur...
Ulysse
:- ...le gringalet !
L’Autre:-
Il avait la blaguette ! il voulait tout expliquer !
Ulysse
:- Ah on voyait bien qu’il avait de l’instruction... il
parlait bien mais on ne comprenait pas grand chose à ce qu’il
disait... C’était un de ces pontes qui étudient la vie des
gens. Comment les appelle-t-on déjà ?
L’Autre:-
Des ethnoglobes ou quelque chose comme ça...
Ulysse
:- ou alors des écoglobes ?...
L’Autre:-
à moins que ce ne soient des tropologues...
Ulysse
: - je ne peux pas dire exactement... mais ce que je sais, c’est
l’impression que ça m’a fait... Ses mots, je les ai gravés
ici... C’était vraiment ce que je ressentais, mais sans savoir
l’exprimer.
Vous
vous souvenez ?... Il s’est tourné vers sa femme et il a
laissé tomber ces mots: « C’est toujours comme ça : les îles
sont des prisons ! »...
L’Autre:-
(en éclatant de rire): - Pour une sortie, c’est une
sortie !
Ulysse
: - Il n’y a vraiment pas de quoi rire! Je n’y avais
jamais pensé mais, maintenant que je le sais, je ne pourrais pas
trouver vérité plus vraie que celle-là. Une prison, bien sûr
que c’est une prison ! Nous sommes prisonniers ! prisonniers !
L’Autre:-
Belle découverte, vraiment ! (ironie amère) Eh bien,
moi, vous voyez, je m’en suis rendue compte tout de suite !...
Ce n’est pas la peine d’avoir fait Navale et Polytechnique !
un piège... nous sommes faits comme des rats ! Mon Dieu ! Mon
Dieu ! les rats... les rats...
Ulysse
: - Ah mais ça suffit à la fin avec vos rats !... Qu’est-ce
que je disais ?... Ah oui ! donc, je me suis rendu compte tout d’un
coup combien j’avais été bête et inconscient jusqu’à ce
moment-là ! Je ne m’étais aperçu de rien jusqu’à ce
moment-là...
L’Autre
: (agressif) : - Attention ! il vous est
certainement arrivé de penser que vous étiez heureux...
Ulysse
: - Bof ! J’agissais et je pensais comme les autres, un
point c’est tout ! Je ne sais pas si vous imaginez l’inconscience
qui nous tenait puisque nous n’avions pas de soucis : ni les
îles, ni les prisons, ni les rats, ni le reste ! La vie et c’est
tout ! Le matin, on se mettait debout, et s’il y avait du
soleil, on souriait au soleil, et si c’était de la neige, du
vent ou de la pluie, eh bien ! on avait le sourire quand même...
L’Autre
:- Je ne suis pas du tout étonnée. De ce côté-ci, si le
soleil vient à manquer, c’est pour un jour tout au plus et on
ne va pas tarder à le revoir, sur ces îles du soleil, il ne s’absente
pas longtemps, n’est-ce pas ?... Ah ! sans ces maudits rats, ce
serait un vrai paradis !
Ulysse
:- Non, un enfer, l’enfer des yeux fermés ! Nous vivions
dans l’aveuglement ! Nous faisions des enfants auxquels nous
donnions l’éducation que nous avaient donnée ceux qui étaient
venus ici avant nous... Nous tombions amoureux, nous étions
attentifs aux émotions qui viennent du cœur et des sens, nous
avions nos délices et nos... supplices
L’Autre
(irritée):- Et pas de chant ? Je suis sûre qu’une
sérénade de temps à autre, des vers improvisés...
Ulysse
:- Ah pour ça, c’est bien vrai ! On ne s’en est jamais
privé ! On chantait sans cesse, quand nous prenait l’envie de
chanter ! Et même à tue-tête (il se met à chanter à
tue-tête et tout d’un coup, inquiet, il s’arrête)... oui
des chants et des chants et encore des chants... et des malheurs
aussi quand il fallait qu’on pleure... On acceptait tout, comme
si tout était naturel !
Pourtant
on n’avait jamais vu l’île comme une prison... C’est plus
tard que je me suis rendu compte de tout...
Des
prisonniers... Voilà ce que nous sommes, nous autres qui habitons
des îles... Des prisonniers... Et à ce moment-là, ce qui
compte, ce n’est pas de savoir si nous sommes innocents ou
coupables, mais seulement de savoir quels crimes nous avons
commis.
L’
Autre (qui ne le regarde plus depuis un moment, ne s’inquiète
plus de lui, regarde plusieurs fois sa montre, hoche la tête,
pousse un soupir...) : - Personne ! vous voyez quelqu’un,
vous ?.. Si je ne m’abuse, je crois bien que ce matin ça ne
sert vraiment à rien d’attendre...
Ulysse
:- Non, il se produira rien... Attendez, si vous aimez
attendre, mais il ne va strictement rien se passer.
L’
Autre : Mais vous, vous attendez bien , oui, vous ?
Ulysse
:- Moi ?... qui, moi?... vous plaisantez ! moi, je n’attends
personne...
(L’Autre
pousse un long soupir. Elle paraît très lasse... Elle fait signe
qu’elle désire s’asseoir)
Non,
mais vous n’avez pas besoin de demander la permisson de vous
asseoir ici, près de moi... Ce sont des bancs publics, vous
savez... Asseyez-vous, asseyez-vous donc...
Vous
me demandez ce que je fais ici, face au débarcadère... Je ne
sais pas, au juste... Non, je ne cherche rien ni personne... Les
gens débarquent ici, tous les jours, par milliers... tous les
jours !... c’est-à-dire tous les autres jours parce qu’aujourd’hui,
il n’y a pas âme qui vive... Aujourd’hui, voyez-vous, eh bien
! aujourd’hui, je suis certain qu’il peut se produire n’importe
quoi ! Quand on arrête un bateau, il peut se produire n’importe
quoi ! Mais au fait, ne sommes-nous pas tous ainsi, des bateaux à
l’ancre, à l’arrêt, des bateaux entravés ? Des vaisseaux
liés à leur môle, voilà ce que nous sommes, nous autres et je
ne vois pas que ça puisse changer...
(L’Autre
le regarde d’un air soupçonneux ou craintif)
Vous
n’avez pas confiance en moi et vous avez raison... Non, non, ne
vous récriez pas. C’est tout à fait normal : un inconnu qui
est seul dans la rue, aujourd’hui, et qui regarde la mer à
cette heure-ci, c’est quelqu’un qui prépare un mauvais
coup... mais moi, je ne prépare rien du tout...
(Même
méfiance de l’Autre qui se tait)
Si je
dis que je me trouve ici, ça ira ?... Alors, disons que je me
trouve ici... Mais en réalité, moi aussi j’attends... Ils vont
venir... C’est toujours comme ça... je les attends longtemps...
et ils n’arrivent pas... et puis, quand j’ai fini par oublier,
eh bien c’est à ce moment précis qu’ils arrivent !
Il y
a un bon moment que vous me regardez : oui, je suis vieux et
laid.. et triste... et j’ai la gorge sèche... pas le cœur,
non, la gorge... et les lèvres... Desséchées à ne plus pouvoir
sourire... Si je souris, elles vont se fendiller, mes lèvres,
elles vont se crevasser... et je vais rire du sang...
Et
vous vous demandez ce que j’attends. Je n’attends personne !
je n’attends rien !
Vous
vous demandez qui je suis... En réalité je ne suis ni quelqu’un
ni personne, puisque je suis atteint de cette maladie qu’on
appelle l’amnésie. J’ai un prénom moi aussi, et même un nom
de famille, mais il n’y a pas moyen que je m’en souvienne.
Alors, vous pouvez m’appeler Pascal, Ulysse ou Personne, c’est
la même chose ! J’oublie toujours tout d’une minute à l’autre.
Je fais une chose et après, je ne sais plus que je l’ai faite.
Ah ! laissez-moi regarder votre visage, tout doucement, tout
lentement, avec tout mon temps. Ah ! voilà donc ce qu’il est
devenu, aujourd’hui, le visage des gens...
Laissez-moi
vous regardez, de la tête aux pieds. Je veux voir ce qu’est
devenu l’être humain, s’il a changé depuis tout ce temps...
Non,
on dirait que l’homme n’a pas changé... A première vue,
aucune trace de toute la boue qu’il y avait autrefois... De la
boue sur le visage et au cœur... Aujourd’hui vous êtes tout
blancs et peut-être même un peu pâles... Tout blancs comme des
fantômes et peut-être que si je vous touche ici, sur la joue, je
vais vous transpercer la peau et la chair et mon doigt va passer
au travers... C’est sans doute à cause de cette lumière
électrique dans laquelle vous baignez nuit et jour. De mon temps
on avait l’ombre et la nuit. Tandis qu’aujourd’hui la
lumière est toujours allumée. Nous avons les chairs
transparentes comme de vieux linceuls usés...
Mais
non, ne me regardez pas comme ça ! Je vous fais peur ? C’est ma
figure ? Non, je ne suis pas fou, je suis amnésique ! Alors, ma
voix ? c’est ma voix qui vous gêne ? Non, non, ce n’est pas
celle que vous croyez, ce n’est pas une voix de L’au-delà !
Je dirais plutôt que c’est une voix... caverneuse, creusée par
le vin des bars et le tabac... comment voulez-vous qu’elle ne
soit pas un peu rauque, ma voix !
Autrefois,
je chantais moi aussi... je vous montre ?... non, je chantais un
peu de tout... alors, je vous chante quelque chose ? (il se
racle la gorge plusieurs fois et rit comme pour s’excuser d’avoir
la voix rauque) ah ! la voix pure ! c’est pas mon cas... (il
tousse un peu, puis se met à chanter, mais quand il trouve l’air...,
il s’arrête tout net, inquiet, et reprend ses explications à
voix basse) Excusez-moi, mais c’est toujours comme ça, j’aimerais
tant pouvoir y arriver, mais je ne peux plus chanter !
C’est
comme s’il y avait quelque chose qui me l’interdisait, un
événement terrible survenu à une époque si reculée que notre
mémoire n’a pu retenir qu’un souvenir imprécis et fugace.
Vous
allez rire : par moments je ressens comme une impression bizarre :
un court instant hors du temps, lorsque les siècles venaient tout
juste de naître... A cette époque-là, il ne s’était pas
passé assez d’événements chez nous pour pouvoir dire que nous
avions une histoire. A cette époque-là, nous pouvions vivre sans
que les jours et les ans nous soient comptés. Des gens sans
passé ! Mais sans crime non plus ! Non coupables !.. C’est une
bêtise, bien sûr, mais plus le temps passe, plus je me dis que c’est
une idée juste..
D’autres
fois j’ai le sentiment confus d’une interdiction qui me
défendrait de chanter, une voix venue d’en haut... non, plutôt
d’en bas (un geste qui désigne les Enfers !).
Quand
c’est comme ça, ce sont des moments insensés. C’est alors qu’elles
apparaissent. Elles. Elles me défendent de chanter!
L’Autre
(en frissonnant) : Comme il fait froid, tout d’un
coup... Eh ! vous sentez comme il fait froid! Mais il y a de quoi
mourir de froid!... et tous ces bruissements, ces grincements ?
des milliers de pattes qui grattent le ciel, la terre et tout ce
qu’on voit autour de nous.... les rats ! ce sont les rats, n’est-ce
pas ?
Ulysse
(comme dans un songe):- Les rats ? quels rats ? ! Mais
pas du tout ! Ce sont Elles, avec leurs ongles de fer ! Elles sont
ici, tout près, juste derrière nous ! c’est elles qu’on
entend. Attention ! Ne fermez pas les yeux ou vous êtes perdue !
Elles ne veulent plus que je chante, je n’ai plus le droit... (comme
dans un songe, d’une voix qui insiste sur chaque syllabe) De
quoi mourir de froid... Elles chantent, elles ! Un chant farouche,
cruel ! entre musique et hurlement, un cri de marbre éclaboussé
de sang... Ecoutez, écoutez ! vous entendez ? Les voilà ! les
voilà... Venez, venez, mais sans bruit, chut ! venez je vais vous
les montrer !...(durant toute la scène qui suit, l’Autre est
immobile, comme si elle ne voyait rien de ce qu’Ulysse et les
spectateurs aperçoivent)
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