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Cumedia
plurilingua
da
Ghjacumu THIERS (Corti) è
Marco CINI (Pisa)
Dicembre 2003
Prisentazione
Le spectacle
Ma chì Culomba ? s’articule avec
l’exposition Prosper Mérimée au Musée de la
Corse. Il en constitue un prolongement
original dans l’ensemble des programmes
élaborés par les lieux de patrimoine et de
mémoire associés à l’événement « Mérimée ».
Le Musée de la Corse a fait appel au théâtre
pour proposer cette lecture, esthétique et
critique, d’une époque cruciale pour l’image
de l’identité corse et ses répercussions
dans le domaine des idées et des arts. Le
projet repose sur une triple déclinaison :
1)
Thématique :
Le spectacle
Ma chì Culomba ? s’appuie
thématiquement sur le contraste des
représentations suscitées par la Corse et
son identité culturelle de part et d’autre
d’une frontière culturelle et
socio-politique historiquement constatée .
Celle qui distingue, durant tout le XIXe
siècle, et particulièrement à l’époque de
Mérimée, les deux ensembles idéologiques que
sont la France et l’Italie. Or cette période
enregistre, à propos de la Corse et de ses
habitants, le développement d’images
stéréotypées qui vont nourrir bien des
œuvres dans les deux ensembles culturels
mentionnés.
L’œuvre de
Mérimée se trouve précisément engagée dans
ce courant jusqu’à en représenter la
référence la plus notable, en particulier
avec Colomba. Le phénomène est
problématique car, au-delà de son caractère
proprement littéraire, la fortune du roman
et l’illustration de son auteur confèrent
rapidement à la fiction l’autorité d’un
document ethnologique. Si bien qu’en Corse,
en plein XIXe siècle, tout paraît
encore barbare : le pays, les préjugés,
l’honneur. Les hommes y ont l’air de
bandits, « de féroces coquins »,
se vêtent comme « des brigands de
mélodrame », ce qui désigne le
costume normal « du bourgeois corse en
voyage ». Ils sont guidés par
l’instinct, délaissent le travail de la
terre, entretiennent des inimitiés
extravagantes sous des prétextes qui le sont
encore davantage.
Concurremment,
les mœurs des Corses et leur culture sont
relues par les élites de l’Italie du
Risorgimento, à travers la geste paoline
et dans la visée d’un renouveau de la
grandeur italienne. A la recherche de
modèles référentiaires et d’historicité, ce
courant favorise une mythification des
« vertus » insulaires et de la figure de
Paasquale Paoli. Il trouvera son
aboutissement littéraire avec des œuvres de
valeur et de portée significative dans
l’aire italique de la période pré-unitaire.
On rappellera à ce sujet l’action du Cercle
de Viale fécondée par la fréquentation de
grands noms parmi les exilés
italiens, Niccolò Tommaseo et Antonio Benci
notamment.
On voit donc se
cristalliser ici une représentation
contrastée, voire résolument conflictuelle
de la culture corse qui a ses
prolongements dans les attitudes, les
mentalités et les représentations
contemporaines, qu’il s’agisse d’attitudes
psycho-sociales ou de produits culturels et
artistiques.
C’est sur
cette vision antithétique, propice à la
dramatisation scénique, que prend appui le
spectacle en projet.
2)
Fictionnelle
Sujet :
Une compagnie théâtrale répète Colomba,
un drame inspiré du célèbre roman de
Mérimée. Le spectateur assistera ainsi à la
représentation d’une représentation en cours
d’élaboration. Par endroits, la répétition
est interrompue par l’irruption du
questionnement identitaire des comédiens.
Les épanchements qui se produisent alors,
entre confidences et conflits
interpersonnels, mettent au grand jour une
chronique sentimentale qui n’est autre que
notre vie de tous les jours. Ma chì
Culomba ? révèle de la sorte
les mille et un « paradoxes du comédien »
qui sont aussi ceux de l’identité et
confronte le patrimoine à l’actualité.
Lieu : Le
lieu suggéré est l’île, espace culturel de
référence et théâtre où se superposent et
s’opposent les deux images mentionnées plus
haut.
Un disparate
cependant, avec une brève allusion qui nous
transporte hors de Corse : un tableau
esquisse la scène de la dictée à
Fontainebleau, clin d’œil métaphorique à
l’empire du mériméisme dans les
confrontations mentionnées plus haut.
Action :
Dans notre fiction, la représentation de
Colomba se développe sur deux
plans alternativement sollicités, les
comédiens les plus importants pouvant être
amenés à jouer deux rôles.
L’un se réfère
aux personnages « historiques » mis en scène
par Mérimée. Se profilent ainsi Orso, Miss
Nevil, Colomba, les Barricini, les bandits,
etc… mais aussi d’autres héros -« positifs »
ou non- inspirés du Pietro d’Orezza
de Benci, comme le Paoli du Fede e
Bellezza de Tommaseo et des
ethnotypes des Novelle
morali de Renucci ou des Canti
popolari. Les rôles choisis sont
naturellement porteurs d’une certaine
« morale » contemporaine de l’époque
romantique et risorgimentale, favorable à la
Corse ou critique à son sujet.
L’autre
dimension fait intervenir la conscience
actuelle de l’identité culturelle et se
positionne en prolongement ou en rupture
avec la « valeur » de ces personnages
historiques. En se dépouillant de son rôle,
en donnant à voir et à entendre sa
conscience de « moderne », le comédien
invite ainsi à une réflexion sur la
pérennité et les ruptures des images et
représentations de l’identité culturelle et
du patrimoine.
Le déroulement
de l’action -non linéaire- conduit à
l’affirmation de la nature duelle d’une
identité qui aspire à l’unité, au-delà des
conflits de représentations qu’elle aura pu
susciter dans l’histoire. Ce constat se
matérialise pour le spectateur dans
l’histoire passé/présent des deux comédiens
qui jouent les rôles d’Orso et de Miss Nevil.
Le spectacle initié par un voceru
prend fin avec le sirinatu.
3)
Stylistique
Ecriture-tonalités : Bien entendu
cette interaction entre deux niveaux de
représentation engendre des parties
discursives (répliques, prises de position
contrastées au cours de séquences
dialoguées), mais on évitera de verser dans
le propos didactique. Aussi le spectacle
fera-t-il appel aux émotions esthétiques
plus qu’au discours proprement dit. Les
contrastes constitueront la charpente de la
dramaturgie et la référence pour les choix
scénographiques. Le rapport
continuités/discontinuités donnera ainsi sa
couleur dominante au drame représenté.
Musique-chant : Les parties
musicales (polyphonies traditionnelles et
créations) souligneront les atmosphères et,
dans certains cas précis (ex : ouverture par
le voceru de Colomba ; sirinatu
final) seront au cœur de l’action
dramatique.
Langues :
Les différents registres linguistiques
(corse, français, italien) contribueront à
marquer la diversité des plans évoqués : les
rôles « historiques » parleront italien et
français, les rôles « actuels »
s’exprimeront en corse et en français.
L’interaction des langues revêtira ainsi une
dimension dramaturgique pleine et entière.
Décors-lumières : A partir
d’éléments stylisés et symboliques, le décor
sera essentiellement construit par
éclairages et jeux de lumière.
Costumes :
historiques, puis actuels.
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