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Mercredi 11 décembre 2002
Après les Journées Publiques de la
Culture qui se sont déroulées les 17 et
18 octobre à l’initiative de l’Outil
Culturel de la CTC, certains des
participants avaient manifesté le désir
d’approfondir la réflexion à propos de la
création et de la diffusion théâtrales en
Corse.
Sur leur demande, le service commun du
Centre Culturel Universitaire a invité à une
rencontre des acteurs de la scène théâtrale
corse le mercredi 11 décembre dernier à
l’Université de Corse.
La journée, distribuée en deux temps, s’est
achevée par une représentation de
Nozze
ind’è i sgioculelli à 21 heures.
Photos de la pièce
______________
En souhaitant la bienvenue aux participants,
le président Aiello a confirmé que l’action
culturelle est au cœur du développement de
l’université et assuré de son soutien le CCU
représenté par Jacques Thiers, directeur, et
Dominique Verdoni, responsable de la
collection Quaterni Teatrini.
Les débats (environ quatre heures
d’échanges) ont été dirigés par D.Verdoni.
Ils ont été nourris, animés et suivis par
une assistance nombreuse dans laquelle
figuraient aussi quelques étudiants des
filières « arts du spectacle » et « études
corses ». Les participants étaient
manifestement intéressés par la rencontre
elle-même, le contact désintéressé entre
acteurs du même domaine, partageant l’amour
du théâtre et l’ambition de voir ses
langages servir à l’épanouissement des
individus et des groupes sociaux . Plusieurs
responsables de lieux et de troupes, retenus
par leurs obligations administratives ou par
des actions de diffusion en Corse et à
l’extérieur (signe heureux d’activité !)
avaient envoyé un mot pour manifester leur
intérêt. Plusieurs compagnies n’avaient pu
être prévenues (comment actualiser
efficacement le répertoire ?). La plupart
des troupes étaient représentées. Personne
n’a profité de la pause repas pour
s’enfuir !
Naturellement, on s’est un peu cherché
d’abord dans un échange de propos sans doute
trop généraux, mais c’est bien naturel entre
gens qui, s’ils se connaissent pour la
plupart, se rencontrent en fait peu
fréquemment. De l’avis unanime, l’activité
théâtrale en Corse pâtit –entre autres
difficultés- d’un certain déficit de
communication.
S’il faut qualifier d’un mot la journée,
c’est la notion de plaisir que nous mettrons
en avant.
Plaisir de voir s’affirmer la scène
théâtrale corse dans la diversité de ses
expressions et l’unité de son existence.
Il n’est pas loin le temps où l’on se
demandait ici quelle consistance pouvait
avoir l’affirmation d’un théâtre corse, où
étaient les compagnies, les lieux, les
répertoires et les styles. A écouter les
témoignages et les échanges au cours d’une
discussion nourrie, les moins jeunes des
participants ont pu mesurer le chemin
parcouru depuis une vingtaine d’années. Le
théâtre corse compte désormais sur l’île
même des réalisations et des potentialités
avérées. Il appartient aux différents
décideurs et responsables d’aider à
développer ces acquis. Les services
compétents de la CTC, présents tout au long
de l’échange, ont manifesté leur intérêt et
leur disponibilité dans ce sens. Egalement
mise en avant par l’évaluation implicite que
permet l’observation directe, l’unité du
théâtre corse et sa diversité, sans
affleurement de clivages théoriques,
idéologiques ou qualitatifs. Pas
d’opposition préfabriquée entre
« professionnel » vs « amateur ». Souci de
ne pas compromettre un premier échange ou
connivence pour s’accorder sur l’essentiel ?
Les organisateurs sont convaincus que
d’autres rencontres permettront une bonne
coordination des efforts et une certaine
synergie des programmes d’activités.
Plaisir aussi de relever l’engagement du
théâtre dans la vie de la cité. Cette
question a été traitée en particulier
sous l’angle de l’intervention des pratiques
théâtrales en milieu scolaire, qu’il
s’agisse d’initiatives strictement scolaires
ou menées en partenariat avec les
intervenants professionnels du théâtre et
des arts vivants. Cette dimension permet en
effet la sensibilisation des publics de
jeunes aux spécificités du jeu et à la
richesse du répertoire dramatique. Mais
surtout, elle favorise la socialisation et
la construction de la personnalité
individuelle dans l’interaction sociale.
Certes, les conditions d’une prise de
contact ne pouvaient permettre, ce jour-là,
une réflexion plus approfondie, mais
l’essentiel a été posé, et réaffirmée la
valeur éducative et esthétique d’une
activité qui intéresse et motive différentes
tranches d’âge.
Un grand merci aux chorégraphes présents qui
ont réintroduit la nécessaire dimension de
l’épanouissement du corps. Grâce à eux, on a
pu se remémorer les références qui
organisent le
langage typique du théâtre autour de la mise
en scène où les objets ordinaires et le
corps prennent valeur de signes, les images
étant aussi des métaphores du corps. Le
théâtre fonctionnant en outre comme une
inversion critique de la représentation, ce
que l’on croit représentation est en fait
une présentation, par référence stricte aux
participants à la communication et au lieu
de ladite représentation. Ainsi traité comme
un signe, l'espace redevient une matrice
émotionnelle et expérimentale. Il permet
alors au corps de redevenir le lieu à partir
duquel l'espace est préhensible, à travers
ses propres ressources et limites, son
extension à l'environnement humain, matériel
ou naturel. Ainsi s’est trouvé
suggéré, autour du corps, un questionnement
sur l’éventualité d’une relation
métaphorique avec l’équilibre du « corps
social » mis à mal dans les sociétés
marquées par une mondialisation agressive.
Interrogation à préciser, notamment à propos
de la situation corse, dont il est peut-être
utile de savoir si elle se pose en termes
particuliers …
D’autres rencontres diront sans aucun doute,
à ce propos, comment l’instauration d’une
politique culturelle ambitieuse favorisera
les expériences et les pratiques qui
s’appliquent à connecter les arts vivants à
la société corse telle qu'elle se vit
réellement. À prendre en compte le lien
entre l'identité culturelle et la fonction
symbolique du théâtre au sein de la
communauté. Comment l'identité culturelle se
construit-elle et prend-elle sens dans
l'esprit de chacun? Qu'est-ce aujourd'hui,
pour la plupart d'entre nous, qu'appartenir
à la société insulaire sans négliger les
formes culturelles qui, dans les "non-lieux"
de notre paysage social, naissent de la
résistance à l'abandon où sont laissés leurs
habitants, qu’il s’agisse des parties
occultées (les quartiers ou banlieues de nos
villes) ou alléguées mais négligées
(villages, espaces non urbains). En général,
tous ceux qui oeuvrent dans ces domaines,
dans des lieux où la culture trouve
laborieusement sa place (hôpitaux
psychiatriques, prisons, milieux ruraux,
banlieues, quartiers, etc.), alors qu'ils
apportent des réponses aux besoins les plus
forts, ne sont que très parcimonieusement
reconnus. Qu’en est-il en Corse ? Quel type
d’actions existe-t-il ? Il ne s'agit pas de
juger quelques résultats, mais de prendre la
durée et la société en considération, dans
la visée d’une politique d’ensemble. Le
théâtre y sera vécu comme ce qu'il est avant
tout: un irremplaçable outil d'ouverture au
monde, susceptible d’apporter hic et nunc
des réponses esthétiques aux besoins
culturels, en complément des politiques
sociales.
Plaisir encore pendant la présentation de
Quaterni Teatrini. Cette
collection est destinée à conserver une
trace des créations corses, un théâtre
souvent voué à l’oubli, après quelques
représentations seulement. Quaterni
Teatrini est rédigé (texte et
commentaires) en version monolingue (corse
ou français), accueille les créations corses
accompagnées d’analyses, d’interviews et de
photos de scène. Appel est lancé aux
compagnies intéressées à voir publier leurs
créations. Ce premier numéro est consacré au
théâtre de Filippu Guerrini et Paulu
Desanti, joué par « I Stroncheghjetta ».
Avec simplicité et conviction, les deux
auteurs présentent leur travail, disent leur
plaisir de créer, s’expliquent sur
l’importance qu’ils accordent au texte et à
la langue corse. Cet exposé suscite un
intérêt manifeste et permet à ceux qui le
souhaitent de définir leurs propres options
linguistiques, esthétiques, culturelles. Les
prises de parole sont nombreuses et animées.
On compare les expériences, on confronte les
points de vue, on précise les positions.
L’évidence s’impose au fil des échanges,
d’une grande diversité d’expression, de
styles, de vécus. Le théâtre corse est
pluriel : nous le savions, mais il n’est pas
inutile de se l’entendre redire
formellement. L’accord est unanime pour
évacuer les faux-débats, dissiper les a
priori ou malentendus idéologiques. On
précise les positions, on dissipe les
craintes ou les soupçons. C’est utile,
profitable et sain, notamment à propos de
l’expression en langue corse, de la question
de l’identité ou des « chasseurs de prime »
attirés par les subventions de la CTC alors
qu’ils ne sont pas corses (comprendre
« qu’ils n’investissent ici qu’une adresse,
une domiciliation bancaire »). Sur ces trois
points, pour aller à l’essentiel et faire
court :
1-la langue : pas de
précellence, mais la normalité, en Corse,
d’un travail en langue corse et sur la
langue corse, le plaisir particulier - perçu
entre analyse claire et sentiment de
plénitude- d’entrer en dialogue avec une
tradition et tout ensemble d’innover, de
faire rendre à la langue tous ses possibles.
La jubilation linguistique ne
présente-t-elle pas l’obstacle d’une
célébration purement linguistique au
détriment du théâtral ? Objection balayée :
la pierre de touche est dans le plaisir de
tisser le texte, de le jouer, de l’entendre
perçu, reçu, apprécié.
2-l’identité : en réponse à la
proposition/provocation d’un « théâtre de
l’identité », un témoignage passionné et
douloureux met en garde l’assistance contre
les connotations d’exclusion que peut
prendre le terme d’identité. Réactions
passionnées, naturellement, en particulier
du côté de ceux qui mettent en avant la
défense et l’illustration de l’identité
culturelle. On s’explique, on dialogue, on
discute, ça fait du bien ! C’est plaisant
car on s’écoute. L’identité en question
apparaît alors telle qu’elle est réellement
et telle qu’on s’accorde ici à en vouloir la
promotion: diverse, multiple et
problématique, fragile et séduisante,
incontournable et si labile, délicieuse et
douloureuse. En dépit de tous les discours
que l’on peut tenir en son nom, elle
apparaît d’abord comme le sentiment fort
d’être au monde et d’y relier avec force le
singulier et le collectif, avec un sentiment
de plénitude d’autant plus étonnant qu’il
accepte conjointement similitude et
différence. Le Même et l’Autre en un seul :
une contradiction viable ? On n’ira pas plus
loin, parce qu’on est venu parler théâtre.
On lira donc un passage du numéro 1 de
Quaterni Teatrini, ça tombe à pic ! La
lecture d’un passage de Tranxène et
metafisica n’est pourtant pas qu’une
pirouette. On y entend un personnage
s’écrier :
« … L’idintità, o ghjenti ! Ma quali hè
chì ci entri ? Da chì hè ?
Chì cumedia… Ùn viditi
ch’edda cambia d’ora in ora, l’idintità ? Ùn
viditi chì dumani ùn sareti ciò ch’è vo seti
à mumenti? Ùn viditi ch’è dopu dumani, à chì
li piaci u tianu di fasgioli li piaciarà u
sciuscì sgiappunesu, è ch’eddu sarà u stessu
è mai u stessu, com’eddu dici quiddu?...”
3-les “chasseurs de prime”?
S’il en existe, ils n’ont qu’à bien se
tenir, car tout le monde est désormais
averti. La proposition d’un comité d’experts
pour la désignation des œuvres candidates à
la subvention est retirée sitôt que
formulée. Trop contestable.
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Après l’intervention du représentant du
président Baggioni, les organisateurs
clôtureront les travaux de la journée.
Michel Rossi revient en substance sur les
différentes questions évoquées lors de la
journée.
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Il souligne
l’intérêt de la CTC pour ces réflexions et
ces débats, la disponibilité des services
et des agents, la vigilance des uns et des
autres sur la régularité de l’attribution
des aides.
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Il rappelle
également la détermination engagée à mener
de pair l’action en faveur des objectifs
généraux et l’effort pour l’épanouissement
de l’identité culturelle corse.
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Au cours de la
journée est née l’idée de rencontres de ce
type avec une périodicité annoncée :
Michel Rossi en reprend le projet. La
formule sur laquelle on s’accorde est
celle d’une demi-journée consacrée au
travail d’une compagnie et clôturée par
une de ses créations. Le CCU fera une
proposition de programme. Les services
compétents de la CTC aideront à la
réalisation et l’Outil culturel apportera
son concours.
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Le service commun du Centre Culturel
Universitaire est heureux du bon déroulement
de cette journée. Il remercie tous ceux qui
se sont exprimés avec chaleur et vivacité et
ceux qui, par leur réserve, leur ont permis
de le faire. La bonne tenue des échanges a
été l’affaire de tous. Le CCU assure chacun
de sa disponibilité.
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