Printemps des

 Poètes 2005

 

U VERANU DI I PUETI 2005 hè statu una stonda felice. I pueti invitati sò stati di qualità, dispunibuli per tutti è anu arrigatu, à tempu à una manata di puemi duie riflessione in quantu à a so pratica puetica. In  Corti vensenu à discorre cù i studianti di Master in l’unità «Expressions littéraires de l’aire romane » è piglionu parte à l’animazione di a ghjurnata di l’Attelli CCU. In Pigna, ind’è l’Auditorium messu à dispusizione da Tonì Casalonga è FESTIVOCE, participonu cù l’Associu DETTI È SCRITTI à un prugramma di letture puetiche è canti  : Elena Mamberti, Guidu Benigni, Rugeru Maestracci è U Fiatu Muntese fecenu cusì bella accolta à tutti.

 


 

Rosa Alice Branco

 

Le ravissement de l’altérité

 

Je remercie Jacques Thiers pour cette occasion de me plonger dans l’altérité qui, comme le dirait Francisco Varela, non seulement parle, mais agit.

 

L’amoureux des langues est épris d’altérité.

   Claude Hagège

 

Il n’y a pas de penseur qui me frappe plus quand il est question de l’altérité, ou de l’éthique (qui lui est correlée), qu’Emmanuel Lévinas. C’est pourquoi je commence par mettre en relief l’aventure de l’être, qui décèle un se vouer à l’autre, une responsabilité vis-à-vis d’autrui qui est une rupture de l’indifférence. Et l’évènement éthique est exactement la vocation d’exister pour autrui dans le sens de « cette possibilité de l’un-pour-l’autre». Ici, « autre » n’est jamais la troisième personne du singulier, dans son anonymat, mas la présence indéniable qui donne le sens à l’être.

 

Si dans la traduction et dans les rencontres poétiques on est face à face avec les textes de l’autre, dans les rencontres poétiques on a aussi la proximité avec la personne, avec le visage de l’autre. Selon Lévinas « la proximité de l’autre est signifiance du visage » En fait, quand on dépasse son apparence plastique qui le protège et déguise, il apparaît dans sa visibilité, dans sa vulnérabilité dévoilée, il me réclame, il me fait appel : son visage fait de lui « mon affaire ». Il ne met pas notre identité en péril, car il s’agit simplement du passage à la sociabilité, à l’altérité.  Les rencontres poétiques sont l’évènement de la proximité : par rapport aux personnes, aux textes poétiques, à la traduction. On est en même temps voué à la parole poétique et au mouvement vers l’autre.

Mais, pour moi, ce procès de prise en charge de l’altérité (et de même pour l’éthique) appartient plus à la spontanéité, à l’inclination bien guidée, qu’à la raison. Donc, pour moi, dans l’altérité, il n’est pas question d’obéir à une obligation morale, mais d’incarner un savoir-faire qui pousse à traverser la barrière du «moi» pour rejoindre l’autre.

 

Je peux illustrer la question de la prise en charge de l’altérité en me référant à mon expérience des rencontres poétiques ici, en Corse. Quand je suis arrivée la première fois en Corse, je suis venue de l’aéroport directement pour un débat, et j’ai commencé à écouter une langue que je n’avais jamais entendue auparavant. J’étais épatée, car je comprenais assez bien ce que les participants disaient  et la sonorité m’enchantait, de telle façon que je me suis sentie complice de tout ce qui m’entourait. Et puisque chaque langue exprime, en fait, une culture, cette culture est venue à moi par des paysages, des sonorités dans les rues, les visages avec la marque des histoires personnelles et de la culture où ils sont insérés.

Et puis, écouter les poèmes en plusieurs langues c’est la plus belle gourmandise pour l’ouïe. Et ces poèmes, je ne pourrais pas les avoir vécus, si ce n’étaient pas ces Rencontres qui, dailleurs, présupposent la traduction des textes lus.

Il y a d’autres complicités qui jouent un rôle de déclencheur de la prise en charge de l’altérité : le fait d’être tous logés dans le même hôtel, d’être ensemble au restaurant, au petit déjeuner: endroits où on commence toujours par échanger l’expérience poétique. Chaque poème et chaque personne portent en soi un univers inconnu, une autre culture, un autre mode de vie. Et tout à coup, on fait partie de cet univers. On entame des conversations et quelquefois des projets naissent de ces rencontres. De toute façon, sans s’en rendre compte, on est déjà dans la sociabilité, on habite l’autre dans la plénitude de la poésie et du face-à-face.

 La dernière fois, à Bastia, les poètes se réunissaient le soir devant la mer et deux poètes de langue italienne, qui avaient composé un chant, chantaient pour les autres. Il faisait froid, mais nous étions tous ensemble pendant deux heures de ravissement et, après, nous avons ri et causé comme si nous nous connaissions depuis toujours. Par la suite on a renoué avec ces moments par e-mail, on échange des poèmes, on les traduit, on les donne à lire à d’autres, on a affaire au partage.

 

Ce partage n’est possible qu’avec la traduction. Il est vrai que l’on parle toujours des obstacles de la traduction et, encore plus, de la traduction du texte poétique. Cervantès considérait même que la traduction est le « pauvre envers d’une tapisserie ». Mais pourtant la pratique de la traduction  rencontre ses homologies entre les textes-langues. Même s’il n’est pas possible dans une langue qui n’a pas de voyelles nasales, comme la langue japonaise, de faire passer à travers les voyelles « les sanglots longs des violons de Verlaine » on pourra faire passer cette mélancolie à travers d’autres moyens.

Chaque langue impose ses grilles. Quelquefois, ce sont exactement les obstacles qui nous jettent dans l’altérité. Claude Hagège me fournit un exemple tiré de la Bible que j’aime beaucoup.  En hébreu, l’amandier signifie aussi « vigilant » ou « celui qui veille », car cet arbre est, en principe, celui qui fleurit en premier et qui veille sur les autres arbres. À ce propos, Hagège montre la difficulté, dans une autre langue, de la compréhension de ce passage, où Jérémie dit :

« Je vois une branche d’amandier».

Et Iahvé répond :

« Tu as bien vu, car je veille sur ma parole, pour l’accomplir».

Mais dans l’effort de traduction, et plus encore, quand on doit faire le choix, tout en sachant que nous sommes en train de réduire l’histoire qui porte un mot, on est là, en pleine altérité, trouvant la signifiance impossible d’une autre culture que nous ne pouvons pas plier à la nôtre. On lutte, on apprend, on fait un choix dont on n’est pas satisfait, mais on donne aux autres la possibilité de lire des textes qu’ils ne pourraient jamais connaître autrement. Comment penser que je ne pourrais jamais avoir lu Holderlin, Rilke, ou Celan, puisque je ne sais pas lire en allemand ? Comment ne pas connaître un seul haiku de Bashô, ou plus récemment de Takako, par exemple, même si je sais qu’il me faut lire plusieurs versions et que jamais je ne lirai un haiku en japonais ? Cette ignorance, et le fait de connaître cet écart, me plonge aussi dans l’altérité. Mon étude des haiku me fait comprendre la difficulté de leur traduction, mais par contre, me fait savoir plus de la culture japonaise. En lisant les traductions disponibles, je peux sentir, quand même, l’arome des cerisiers du japon en été. 

 

On comprend que traduire c’est le défi d’entrer dans la peau du texte d’un autre, de le faire sien sans qu’il porte la marque de celui qui traduit : le faire sien pour le libérer dans une autre langue. Et c’est parce qu’il y a un vrai réseau de traductions que l’on peut lire des textes presque en toutes les langues du monde, tout en comprenant que l’on est devant plusieurs altérités : l’altérité du texte-langue, du traducteur, celle des lecteurs, etc

Ce que l’on perd n’est rien comparé à ce que l’on gagne. Même dans les langues considérées comme plus proches, les textes construits sur la distorsion de la langue, comme ceux de João Guimarães Rosa ou James Joyce, demandent presque un miracle, car les homologies ne sont plus prévisibles. Mas le désir de l’autre fait trouver des stratégies qui aboutissent à la traduction. Ce savoir-faire est alors circonstanciel, dans le sens que, chaque fois que l’on traduit un texte, on doit «oublier» ce que l’on sait pour faire face à la situation donnée, à peu-près de la même manière  que nous prenons une certaine attitude selon la situation particulière vécue.

La vie, comme la traduction, requiert que l’on se décentre de soi-même et rende plus légère l’épaisseur du moi.  En même temps que cela paraît difficile, nous nous rendons compte que nous sommes toujours orientés vers autrui. Et comme le dit Francisco Varela: «Affronter nos propes tendances est un acte d’amitié à l’égard de nous-mêmes. À mesure que cette amitié grandit, la conscience et la sollicitude à l’égard de notre entourage grandissent aussi. C’est à ce moment que l’on peut envisager une compassion plus ouverte et non égocentrique». Il sagit alors d’un comportement proto-éthique, dans le sens que ce n’est pas par la raison, ou par la réfléxion, que l’on rejoint l’autre. Si nous arrivons à passer à travers les nuages de notre moi, nous serons ouverts à l’horizon de l’altérité. Francisco Varela nous avoue que dans cette époque troublée, son texte est un plaidoyer pour que la sollicitude authentique redevienne un enchantement .

Profitons, donc, de cette idée, car l’autre, en tant que texte, ou visage, ou monde, nous fait toujours un clin d’oeil.

 

Rosa Alice BRANCO (Corti, 10.03.2005)

 

 

MAR PELAS ENTRANHAS

 

Então foi isso que nos aconteceu,

um café esfriando até ao fim do fim

dos intestinos. O açúcar insolúvel

como uma equação que ainda não resolvemos

enquanto a cidade esbanja cores na tela

como se estivéssemos emparedados no sol.

Devia ser inverno como da outra vez,

as mãos apertadas no teu bolso

por onde entrávamos quando amanhecia.

Havia uma varanda que dava para dentro,

um pijama precipitado no chão e um tilintar

de moedas a imitar-nos o riso. Adormecemos

já tarde e no outro dia uma explosão de mar

entrou pelo ecrã e mesmo os vivos morreram

com os intestinos inundados de café.

 

 

Mer dans les entrailles

 

Alors, c’est ça qui nous est arrivé,

un café se refroidissant jusqu’à la fin des fins

des intestins. Le sucre insoluble

comment une équation non encore résolue

tandis que la ville dissipe ses couleurs sur la toile

comme si nous étions emmurés dans le soleil.

Ce devait être l’hiver comme l'autre fois,

les mains serrées dans ta poche

où nous entrions quand le jour se levait.

Il y avait un balcon donnant sur l'intérieur,

un pyjama par terre jeté en hâte et un tintement

de monnaies imitant notre rire. Nous nous sommes

couchés tard et le lendemain une explosion de mer

a crevé l’écran, tuant même les vivants

les intestins inondés de café.

 

 

ANIMAIS DA TERRA

 

Como se um fio se tivesse partido

em duas ilhas enroscadas em caracol,

o tempo ergue o seu império com o visco

que alastra pelo solo. E se nasce uma árvore,

é pela resina que a morte se infiltra

na candura dos animais, na sua sombra.

Eles ignoram que as antenas do caracol

prevêem cada naufrágio antes do nevoeiro

sobrevoar as ilhas e morrem com os olhos,

o corpo ainda a contorcer-se nos ramos.

Os animais vêem para dentro.

Vivem até ao último coágulo e depois a seiva

da árvore esbanja-se sob o manto da terra

a animar as partículas ínfimas em que se tornaram.

As almas descem. É por isso que o mundo não acaba.

 

 

Animaux de la terre

 

Comme si un fil s'était coupé

en deux îles enroulées comme des escargots,

le temps assure son empire par la glu

qu’il étend sur le sol. Si naît un arbre,

c’est par la résine que la mort s'infiltre

dans la candeur des animaux, leur ombre.

Ils ignorent que les antennes de l'escargot

prévoient chaque naufrage, avant que le brouillard

ne survole les îles, et meurent avec les yeux,

tandis que le corps se débat dans les branches.

Les animaux ont un regard intérieur.

Ils vivent jusqu’à l’ultime caillot, et puis la sève

de l’arbre se dissipe sous le manteau de la terre

pour animer les infimes particules qu’ils sont devenues.

Les âmes descendent. Voici pourquoi le monde n’a pas de fin.

 

 

 

PELA MÃO DE ALGUÉM

 

Olham pela vigia. Parados nas nuvens.

Atados a uma cadeira presa ao chão.

O tempo sobe com o aroma do café,

rodopia na colher que os vai adoçando.

Turbulência, cintos apertados.

Dez horas a passarem nas vozes em surdina.

Se eu soubesse, se pudesse saber tudo o que levam

nas malas. Mas também eu vou no porão.

Hei-de rolar no tapete até que peguem em mim.

Como um livro de bolso vou espreitar a cidade

pela mão de alguém. Tenho um segredo,

digo, uma combinação. Tenho os órgãos

espalhados pela cama de um quarto de hotel.

Mãos viajantes fecham-me os pulmões.

A cidade retalhada pelo clique da máquina

será deles por uns dias. Resta-me a tumba

do armário até à próxima reencarnação.

 

 

Tenue par la main

  

Ils regardent par le hublot. Suspendus aux nuages.

Attachés à un siège rivé au plancher.

Le temps monte comme l’odeur du café,

Il tournoie dans la cuiller qui les adoucit.

Turbulences, ceintures serrées.

Dix heures s’écoulent parmi les voix en sourdine.

Si je savais, si je pouvais savoir ce qu’ils emportent

dans leurs valises. Je voyage moi aussi dans la cale.

Je vais rouler sur le tapis jusqu’à ce qu’on m’attrape.

Comme un livre de poche je vais épier la ville

tenue par la main. J’ai un secret,

dis-je, j’ai une combinaison. Je laisse mes organes

répandus sur le lit d’une chambre d’hôtel.

Des mains voyageuses referment mes poumons.

La ville que fragmente le clic des appareils photos

sera leur quelques jours. Il me reste la tombe

de l’armoire jusqu’à la prochaine réincarnation.

 


 

Reyes De Gregorio

 

Elle est restauratrice peinture et et conservatrice d'oeuvres d'art. Auteur de poésies depuis de nombreusesannées, elle ne s'est décidée à publier que depuis peu, avec deux recueils "Dégel" (Sial 2003) et "Jours d'Eau" (Renacimiento 2005). Elle a été invitée à lire ses poèmes, entre autres lieux, au Maroc, Congrès "Femme et Littérature", à l'Université de La Corogne "Territoires de poésie", à la Fondation Rafael Alberti (Puerto de Santa María, Cadix), "Dernière Poésie"et "Ardentissima" Murcie. Elle participe fréquemment à des ateliers littéraires et collabore à différents journaux. Elle est membre fondateur du Pen Club espagnol.

Il y avait beaucoup d’émotion lors de son voyage en Corse. C’était un peu comme si les Folacci dont elle descend revenaient eux-mêmes au pays, après une si longue absence.

 

Espagnol

 

Viajar y leer son dos de los placeres máximos que conozco y ambos son complementarios. Es posible viajar sin necesidad de moverte de tu lugar de lectura gracias a la magia de la literatura pero si el viaje incluye un desplazamiento es imprescindible para mi leer la literatura contemporánea del lugar a donde acudes, si no el viaje será incompleto. Nada como la literatura de un país, de una región, te muestra la realidad y dentro de ésta realidad es la poesía la que mide el estado anímico de su gente. Aunque la poesía puede ser un genero de ficción “El poeta es un gran fingidor” dijo Pessoa, entre sus versos siempre subyace el alma.

En encuentros como éste “Printemps des Poetes” donde nos reunimos gente de países y culturas diferentes, pero con mismas inquietudes, la poesía y el viaje viven en armónica  simbiosis, enriqueciéndonos de una manera cálida y directa.

 

Mi primera salida para leer mis versos a un país extranjero fue hace dos años, coincidiendo con la publicación de mi primer libro, a Marruecos.

Tristemente no hablo árabe, ni francés, que es la segunda lengua en ese país con clara diferencia  del español. Acudí a un encuentro llamado “Mujer y literatura” donde estábamos mujeres de ambas orillas del Mediterráneo. Europeas asistimos una poeta italiana y yo. Tuve la suerte de conectar con hispanistas marroquíes y la noche anterior a mi lectura me tradujeron tres de los poemas que iba a leer. Entre los poetas marroquíes que dominaban el español, una poeta yemenita que no lo hablaba pero la consultaban continuamente distintos giros lingüísticos y las preguntas que me hacían a mí intentando dar sentido a expresiones características de mi idioma construimos una torre de babel majestuosa de la que salimos enriquecidos todos. Llegado el momento de mi lectura, yo leí en español e Itbissam leyó mis poemas en árabe. Pude comprobar como surgió el encanto, como captaban el humor que yo había intentado transmitir en español y que se hacía evidente que podía existir en árabe. Mi poesía pudo compararse con voces femeninas de poetas marroquíes, turcas, sirias. Todos nos interesamos sobre las publicaciones de poesía contemporánea traducida a los distintos idiomas de los países representados. En fin, todo esto surgió gracias a un encuentro como éste y gracias a la traducción.

 

Algo parecido sucedió en el festival “Ardentissima” en Murcia, la primavera pasada, donde tuve la suerte de conocer a François-Michel Durazzo, poeta y traductor, y estar en estos momentos en Córcega.

 

Roy Cambell en una revista poética, decía que “Las traducciones (como las esposas) rara vez son fieles”

Yo no soy traductora, si acaso he ayudado a amigos poetas de lengua no española a dar forma poética y una estructura gramatical que facilitara la comprensión al lector español a sus poemas previamente traducidos de una forma literal.

 

Conozco la dificultad de la traducción. Sé las teorías que exponen que hace falta un poeta para traducir a otro poeta, incluso que lo mejor es utilizar el trabajo de dos personas, una que realice una traducción literal lo más fielmente posible y que  sobre esa base el traductor-poeta elabore el texto definitivo. Hay quien va más allá y piensa que una traducción necesita dos poetas, ambos bilingües, uno del idioma original y  otro del que se vaya a traducir. Se que la dificultad es grande en lenguas léxica y gramaticalmente muy próximas, como el catalán y el francés, y más aún si los idiomas tienen escasa o nula relación como el italiano y el japonés, o simplemente de una lengua monosilábica como el inglés a otra de estructura polisilábica como el español. Y sé que es mejor traducir directamente de la lengua original y no traducir de traducciones.

 

Estos últimos años me he interesado y he leído con mayor frecuencia poesía femenina. Gracias a la traducción a mi idioma he podido deleitarme con los landays de las mujeres pastúnes y  ver sus coincidencias con poemas de mujeres latinoamericanas. Gracias a la traducción he disfrutado de los poemas de las “Trobaritz” del siglo XII y compararlas con la poesía femenina hispanoárabe. Gracias a la traducción encuentro voces femeninas de países lejanísimo, de culturas, religión, tradiciones diferentes y que me transmiten una manera de entender la literatura parecida a la mía. Cambian los idiomas, la manera de expresión, la métrica incluso los símbolos pero los sentimientos son los mismos. Todas somos una, tenemos un alma y una raíz común.   

 

Escribo en un idioma que tiene más de cuatrocientos millones de hablantes, es la segunda lengua de uso internacional, crece en todas partes y es la más estudiada después del inglés . Esto es para mi un orgullo, pero de nada me sirve si quiero saber y leer lo que se escribe fuera de España e Hispanoamérica. Necesito la traducción.

 

En una animada charla con una poeta-traductora española, me contaba la anécdota de un poeta que traduciendo del francés, había escrito en un verso algo así como “temerosos ejércitos de ratones calvos” cuando en realidad se trataban de “murciélagos”. Realmente da pavor la idea de imaginarse a muchos ratones calvos todos juntos avanzando. Aunque está claro que parte del bouquet de un poema se pierde al verterlo en una lengua extranjera hay que beberlo y disfrutarlo. Ya es mucho. Bienvenido sea ese vino y guardémonos de las legiones de ratones calvos.

 

 Reyes de Gregorio

(Córcega 10.03.2005)

 

 

Français

 

Voyager et lire sont deux des plus grands plaisirs que je connaisse et tous deux sont complémentaires. On peut voyager, sans avoir besoin de bouger du lieu où l’on lit, grâce à la magie de la littérature, mais si le voyage consiste à se déplacer, il est indispensable pour moi de lire la littérature contemporaine du lieu où je vais, pour que mon voyage soit complet. Rien ne révèle, autant que la littérature d'un pays ou d'une région, la réalité et, dans cette réalité, c’est la poésie qui donne la mesure de l’âme d’un peuple. Bien que la poésie puisse aussi relever de la fiction car “le poète est un grand menteur” a dit Pessoa, l'âme est toujours sous-jacente parmi ses vers.

Dans les rencontres comme Le Printemps des Poètes, qui réunissent des personnes de pays et de cultures différentes, bien qu’elles aient des préoccupations communes, la poésie et le voyage vivent en symbiose harmonieuse, nous enrichissant d'une manière chaude et directe.

Ma première invitation à lire mes vers dans un pays étranger a eu lieu il y a deux ans, au Maroc, alors que je venais de publier mon premier livre. Malheureusement je ne parle ni l’arabe, ni le français, qui est la première langue étrangère parlée dans ce pays, loin devant l'espagnol. Je participais à une rencontre autour de “La Femme et la Littérature », qui comptait des femmes des deux rives de la Méditerranée. Pour représenter l’Europe, une poétesse italienne me tenait compagnie. J'ai eu la chance d’entrer en relation avec des hispanistes marocaines et, le soir précédant ma lecture, ils ont traduit trois des poèmes que j’allais lire. Outre les poètes marocaines qui maîtrisaient l'espagnol, il y avait une poétesse yéménite qui ne le parlait pas, mais qu’ils consultaient continuellement sur différents tours linguistiques et sur les questions qu’elles me posaient, et, en essayant de donner un sens à des expressions caractéristiques de ma langue, nous avons construit une majestueuse tour de Babel dont nous sommes tous sortis enrichis. Le moment de ma lecture venu, j'ai lu en espagnol et It-bissam a lu mes poèmes en arabe. J'ai pu vérifier qu’était devenu perceptible, comme par enchantement, l'humour que j'avais essayé de faire passer en espagnol et dont le passage en arabe devenait évident. Ma poésie a pu être comparée avec des voix féminines de poètes marocaines, turques, syriennes. Toutes, nous nous sommes intéressées aux publications de poésie contemporaine traduite dans les différentes langues des pays représentés. Enfin, tout cela n’a pu surgir que grâce à une rencontre comme celle-ci et grâce à la traduction.

Quelque chose de semblable est arrivé lors du festival Ardentissima à Murcie, au printemps dernier, où j'ai eu la chance de connaître Francescu-Micheli Durazzo, poète et traducteur, et Ghjacumu Thiers, grâce auquel je suis en ce moment en Corse.

Roy Cambell dans une revue de poésie, a dit que “les traductions (comme les femmes) sont rarement fidèles” Je ne suis pas traductrice, même s’il m’est arrivé d’aider des amis poètes de langue non espagnole à donner une forme poétique et une structure grammaticale – propre à faciliter la compréhension au lecteur espagnol – à leurs poèmes préalablement traduits de manière littérale.

Je connais la difficulté de la traduction. Je sais les théories qui exposent qu’il faut être poète pour traduire un autre poète, y compris qu’il vaut mieux travailler à deux, l’un qui effectue la traduction littérale la plus fidèle possible et l’autre, un poète, qui à partir de là élabore le texte définitif. Il y en a qui vont plus loin et pensent qu’une traduction a besoin de deux poètes, tous deux bilingues, un de la langue originale, un autre de la langue de traduction. Je sais que la difficulté est grande dans des langues lexicalement et grammaticalement très proches, comme le catalan et le français, et plus encore si les langues ont une relation faible ou nulle comme l’italien et le japonais, ou simplement lorsqu’on traduit d'une langue monosyllabique comme l'anglais à une autre de structure polysyllabique comme l'espagnol. Et je sais aussi qu'il vaut mieux traduire directement de la langue originale et éviter de traduire à partir de traductions.

Ces dernières années je me suis intéressée à la question et j'ai lu davantage de poésie féminine. Grâce à la traduction dans ma langue, j'ai pu m'enchanter à la lecture de landays, ces poèmes composés de deux vers des femmes pashtounes, et voir les correspondances entre ces poèmes et ceux de femmes latino-américaines. Grâce à la traduction j'ai savouré les poèmes des trobairitz, les femmes troubadours du XIIe siècle et les ai comparées avec la poésie féminine hispano-arabe. Grâce à la traduction, je rencontre les voix féminines de pays très lointains, de cultures, religions, de traditions différentes et qui me transmettent une manière de comprendre la littérature semblable à la mienne. Les langues, la façon de s’exprimer, la métrique y compris les images changent mais les sentiments sont les mêmes. Toutes ensemble, nous ne sommes qu’une, nous avons une âme et une racine commune.

J'écris dans une langue qui compte plus de quatre cent millions de locuteurs, c'est la seconde langue d'expression internationale, elle se développe partout et c’est la plus étudiée après l'anglais. Mais cela ne me sert à rien si je veux savoir et lire ce qui s’écrit hors d’Espagne et d’Amérique latine. J’ai donc besoin de la traduction. Lors d’une conversation animée avec une traductrice et poète espagnole, celle-ci m’a raconté l'anecdote d'un poète qui, traduisant des vers français, avait écrit quelque chose comme “de redoutables armées de souris chauves” (ratones calvos) quand en réalité il s’agissait de “chauves-souris” (murciélagos). Imaginer une armée de souris chauves avancer toutes ensemble a quelque chose d’effrayant. Bien qu'il soit évident qu'une partie du bouquet d'un poème se perd quand on le passe dans une langue étrangère, il faut le boire et le savourer. C’est déjà beaucoup. Ce vin soit le bienvenu et gardons-nous des légions de souris chauves.

 

Reyes de Gregorio

(Corti, le 10 mars 2005)

 


 

 

 

 

Sheila Concari

X LIFE

 July 7th 2003

 

 

 

 

 

 

 

Je la voyais belle.

 

He comes to me, he pierce my breast,

he takes my heart, he goes away.

And in his hands he keeps

my deep red heart.

That’s why i have no heart.

Indifférente, fermée, inappétente,

je ne sens rien, je suis inconsciente.

Indifferente, non sento piu niente. 

Vidée, usée,

pendue dans ton sordide miroir,

je me vois énorme larme noire.

Je me vois

Et, au delà du noir, la tache d’un

rouge foncé, fade ;

le blanc vague et lointain.

Noire.

Noir.

Est-ce que le basalte est noir ?

Comme la mémoire des volcans.

How far a spiritual substance

from a corporeal bar ?

Let me be yours,

as your will is rock-like

behind a black pike.

As there’s nothing but a bore

Without this cell’s walls,

Without these stillness rites

In your everlasting nights.

Parlami, parlami please, speak to me,

Parlami, speak to me.

Don’t you feel for the way i peak ?

Parlami.

There’s no tune

In the dark side of the moon.

I try to speak, my tongue doesn’t obey

And i can’t name what i can’t say

And what blinds me.

But i still am and i still live.

Are you able to cry ?

What’s the form of your tears like ?

Hide in your black this track

And let’s get back,

Via.

Dans cette fausse fixité, cette chaîne désolée, cette gravité,

Je veux te trancher, te dilater,

Te précipiter dans le rougissement des laves glacées,

Dans ces ondes, qui parlent la langue d’un autre monde

Dans lequel je t’ai taillé,

Sous l’action de la rosée d’un enfer qui s’évaporait.

Et moi aussi.

Ta cassure, je la veux fermer de ma

Serrure, et dans ton effrayante

Asymétrie ou toute la splendeur

Minérale est incarnée,

Tu es à l’abri, et moi aussi.

There are forms inside

Coming from another star,

Throwing down from the brightest one.

Une existence sans fondements

Terrestres, sous l’anémie céleste

Elle oscillait, égarée, pendant que

Breaking my brain in two,

Falling down in you, giú,

L’orgueil de notre race

Ne la lâchait plus.

Perché ?

What’s my form like ?

What’s my mind principle now ?

What’s this lake inside ?

Les lois qui me gouvernent

M’obligent à cette dureté si lente,

À ce mutisme courant.

Je ne peux plus fléchir, et si c’est

Vrai que tout se transforme et rien

Ne périt, je ne pourrai ni oublier,

Ni effacer. Rien que laisser couler

Le temps, les mains, le monde entier

Quand on est une telle irréalité,

Quand on a perdu l’humaine beauté,

Quand dans la crypte ou vous entrez

Le blessé est achevé.

Pourtant encore trop d’humanité

Le long des veines sidérées,

Des os violés.

Dans mes abîmes, je sens le fracas du ciel,

Les traces d’un univers passé, d’une vie bloquée,

Des formes troublées, humiliées,

Des déserts, des sables inanimés.

Je sens, dans mes crevasses,

L’essence des inhumaines substances

Qui me tiennent en laisse.

Elle ne bouge pas.

Elle ne parle plus.

Les mots dans sa bouche sont des cailloux,

Des ombres compactes.

 

Dès que j’ai séparé ses liquides.

Ses solutions de plus en plus

Diluées et froides, ses heptagones

décroissants ;dès que j’ai vu son

Filigrane s’enfoncer a un

profondeur immense, à des

Températures intolérables, des

Ténèbres perpétuelles, finalement

Je la voyais belle.

 

Et plus je l’étouffais, plus je

Voulais lui faire mal,

Tuer cet infime animal.

Je voulais faire d’une vulnérable

Construction mortelle,

Une substance sempiternelle, et de

Ses artères des traces sacrées.

 

Sans pitié, les eaux souterraines

Ont liquéfies, mes parties solubles

Lugubrement altérées.

Il m’a écartée.

 

Mais dans cette cave, l’épouvantable

Larve bave, écoulement immobilisé,

Latex habité.

Son voyage devient cauchemar,

Son refuge prison, son être donjon,

Château ferme, petite grotte veinée.

Une nouvelle mystique.

 

Winter wind.

Shall i follow him, then,

Even if i am not what i am ?

Sa désagrégation n’était pas sans

Douleur, son dressage un duel

Sévère et cruel.

Du paysage loge dans elle, qui la

Dévore entre les larmes fossiles

De son osseuse demeure, une âme

Sortira, s’il y en a.

 

Shall i follow him, then,

Even if i am not what i am ?

L’imperfection fragile tuée par la

Pression n’a plus de nom. Survivre

Elle ne croyait jamais, entre

L’horreur et le plaisir de changer,

De sentir ses atomes différemment

Orientés, cristallisés,

Sa structure se coaguler

Dans un noyau de nickel et de fer.

 

Killing time, i don’t listen.

 

When he built my marble gate,

Didn’t know if it was hate

Hurting me so deep and strong.

 

As long as the thunder wish you were,

Where rien n’existe plus,

When between cold ans hot

I learn the language of another world.

 

In your hand is your beginning

And the end

and the beginning

have always been there

as before the beginning

and after the end

everything is always sand.

When on my twilight skin he puts

Une cagoule d’onyx,

All my tears.

Come with me to my sin.

What is this skin made of ?

Is it the same which rules the earth ?

Je connais par cœur

Son oxygène, son échiquier

Et sa formule extrême.

 

Should i still be

Something different from a stone ?

What should i think

When i stand on that brink ?

I feel so cold.

He will not quit his hold.

Be quiet and listen to the ground :

Like this is your sound.

 

How pale am i.

My lips so white.

My flesh like bones.

My heart a dying stone.

 

Il me semblait voir en elle

S’incarner toute la splendeur

Minérale dont je suis fait.

Elle sentait les étoiles.

 

Respirer est expirer ?

Aspirer ?

Respirer c’est reposer ?

Plus besoin de parler.

 

Pour parler il faut

Une bouche qui s’ouvre. 

Mais cette créature, elle n’a plus

 

Ni bouche, ni voix.

 

Quando la colonna vertebrale

Non mi fa piú male,

Se fait vena cava,

Alors,

Resa l’ultima bava,

Désirer n’existe plus,

Pas d’émotions,

Orgasmes,

Questions.

 

This glacier is sinking

The warm stream

which run across me,

and make of my space

a prospect white,

a chilling light.

Et sa couleur change,

Change sa chimie

Inerte et organique, cachée entre

To be and not to be.

 

Quand son ordre me tient,

Hide in your heart my dark,

The dark of his heart

Where i was scared

De mon temps en panne,

Mon temps a moi,

Prisonnière des toujours,

Des jamais.

Je l’interrogeais.

Perché ?

Perché je suis maintenant sans air ?

Pourtant je sens encore

L’entrée de l’aorte.

Je ne suis point morte

Et il sait que je ne voudrai

Échapper à cette cage graduée.

Perché ?

La soumise du devenir se perd,

Mes doigts presses contre ses tempes et

Unable to fly

Je la vois mourir

In a while,in

Une foule en rouge et noir,

Flambante.

So brand new,

In a silent string,

He drew me through his view.

Turning me into a pierre

He was driving me insane.

Mon desir n’est pas

un silence si noir,

quand il vient me voir,

quand il s’en va

mon cœur entre ses mains.

 

Pour ça de cœur, dans moi,

Il y en a pas.

 

I should have cried no,

But my heart was stone made

And nothing i said.

Dripping slow

With a flame in my soul.

Je cherche mon sang, disparu dans

Le sien, froid et marmoréen,

Dans une nuit polaire, un hiver

Éternel, dans la sale glace

Où il m’avait plongé.

 

Choose a form :it will appear.

 

Je sortais d’une autre vie, où

Quelque chose en moi soufflait :

Tu es perdue.

Mais sa condition, peut être,

N’est elle inhumaine non plus ?

 

There must be left, oubliée,

Some life somewhere in me.

I’m your own substance made,

My cells remain the same.

I’m not dead. I’m a new existence shade.

 

Suspendue sur l’enfer, elle sens

La lymphe couler de mon couteau

Tellement beau

Qu’on ne peut continuer.

And a part of me

Malade d’une fièvre glacée,

Ou des années d’une enfance

Sacrée qu’il faudrait

Honorer et protéger,

That part of me, en sortira.

En sortira jamais.

Mais d’innocence lui est

Interdit de parler. Elle n’est

Qu’un rocher a ne pas respecter

Qui a, comme gage,

La marque et l’honneur.

Mais si c’est une honte,

Comme elle s’en doutait,

D’être un insecte elle aurait

Préféré, ou moins qu’un atome,

Un rien désagrégé, une vision,

Une déesse crucifiée.

 

In oculos tuos, aures mee, in auras tuas

Os meum in os tuum ut os meum loquatur

Quod mihi sponsum loquitur.

 

Cette masse impénétrable,

Ouvre la bouche pour prononcer

Les seize vers de son histoire.

Je l’entends.

 

Saxa (quis hoc credat, nisi sit pro teste vetustas ?)

Ponere duritiem coepere suumque rigorem,

Mollirique mora, mollitaque ducere formam.

Mox, ubi creverunt naturaque mitior illis

Contigit, ut quaedam, sic non manifesta videri

Forma potest hominis, sed, uti de marmore coeptis,

Non exacta satis rudibusque simillima signis.

Quae tamen ex illis aliquo pars humida suco

Et terrena fuit, versa est in corporis usum ;

Quod solidum est flectique nequi, mutatur in ossa ;

Quae modo vena fuit, sub eodem nomine mansit :

Inque brevi spatio, superorum numine, saxa

Missa viri manibus faciem traxere virorum,

Et de femineo reparata est femina iactu.

Inde genus durum sumus experiensque laborum,

Et documenta damus, qua sumus origine nati.

 

I dream to die in your arms soon

Under a cherry moon.

Comment te pénétrer,

Ton immuable silence traverser,

Couper ta nature froide

Qui te cache et t’arrache ?

 

An so long ago, my silent soul

Se solidifiait peu a peu et,

En me durcissant,

Prenait la forme fugitive

De mon inconscient.

 

I dream

Que ma nature s’adoucit,

Que ce marbre peut disparaître

Et qu’on peut reconnaître

The form i had

Qui,

A long long time ago,

Sortait de la figure,

De la terre, qui se mêlait

À ma chair perdue.

 

Il faut redémarrer, mais

tout est encore là-bas.

Redémarrer.

C’est quoi ?

It’s not

Oublier

Not

Effacer.

Et alors laisser couler

Les mains, le temps,

Le ciel entier,

Le monde entier.

S’il vous plait.

Tu vas perdre ta dureté,

Ton apparence rigide.

Je te donnerai une forme nouvelle.

Je te redonnerai tes sucs liquides

Et la chaleur des os,

Un état supérieur,

À notre hauteur.

 

Je connais les secrets

De la réalité ultime ou je t’ai amené,

D’où j’ai fait surgir

L’œuvre mystérieuse que tu étais,

Oublieuse.

 

Elle partira.

Je l’emmènerai.

Elle passera. Elle dormira.

Je la conduirai.

Elle s’émerveillera. Elle verra.

Elle voudra. Elle ira.

Elle restera.

Elle aimera.

 

I do not know any future tense,

Any coming year.

It should have been a dream.

 

Un rêve de désert et ruines.

Je marche sur des pierres de différentes couleurs.

Sable sur moi, sur les pierres, partout.

Un vent léger et tiède.

Des archéologues silencieux travaillent au temple éparpillé.

J’avance, peu m’importe d’eux.

Mes pieds nus marchent

Sur des énormes pierres noires avec des taches blanches.

Basalto, je dis en songe,

Est-ce que le basalte est noir ?

 

Take heed, dear heart.

 

J’ai cru avoir rêvé,

Tomber dans le sombre le plus profond.

J’ai cru voir mon corps en noir dans un sale miroir.

J’ai cru être une pierre de sang,

Un vêtement de cœur, un petit évanouissement.

Et j’ai entendu parler d’un vêtement de mort

Pour cet animal qui ne mérite rien,

Qui devient minéral.

J’ai cru entrer dans une impression

De ténèbres limbées d’un ordre

Qui me paraît avoir quelque parente avec l’idée du froid

Qui circulait sans cesse.

Et, en refroidissant, j’avais une forme silencieuse,

Je devenais précieuse.

 

Alors que mes yeux se sont durcis