|
Denisa
Craciun hè studiante ERASMUS à l’Università
di Corsica. Ùn manca una di e seanze di l’attellu
di scrittura. Avia scrittu qualchì puema
prima di vene in Corti di settembre scorsu.
U sugiornu in Corsica l’isipra. Ci ne
rallegremu !!!
Eccu quì sottu
una scelta di puema di soiu scritti per a
maiò parte in u quatru di l'attellu di
scrittura.
La chasse blanche
Je suis
une petite louve de la forêt
Je suis
le souffle qui anime les arbres
mon âme est cachée parmi les herbes
bleu-vert
lorsque la nuit tombe le soleil s’allume
pour moi
lorsque la nuit tombe commence le jour de
mon esprit
et je reçois la nourriture céleste
sans tristesse sans peur sans regret
la chasse blanche commence. Le rêve du
rêveur déguisé en guerrier.
Commence la lutte avec la solitude sereine.
Je suis
Ce que les animaux savent
Ce que les gens oublient parfois
Ce que moi-même j’oublie
Pendant la journée semi-humaine
Corti, le 18 novembre 2004.
Un amour lointain
un amour lointain
vole mes souvenirs
et il n’y a aucun bateau
sur le fleuve de pourpre
des mouchoirs ensoleillés
avec des larmes de cinéma
ce renard polaire dans le 21 siècle
de gypse les regrets de son âme
combien coûte une parole d’amour
je veux expédier la radiographie
d’un rêve semé
des illusions sillonnent le ciel
des cerf-volants plongent
dans le labyrinthe décoratif
de la vie en noir et blanc
Corti, le 10 janvier 2005
Nuit d’ivoire dans le royaume de la Corse
nuit d’ivoire dans le royaume de la Corse
intemporelle comme le paradis du premier
regard
sur le monde
le soleil de l’enfance a sa sagesse
à quoi bon demander pourquoi mon âme
adore se baigner dans sa lueur
inutile de crier car petit à petit j’ai
compris
le soleil de la jeunesse a sa sagesse
le sphinx de mon larynx en blanc peint la
nuit
sans fin c’est lui le nid de la lune
nulle ombre n’erre sur le visage de la biche
son corps allongé au milieu de la route
aucune fraise ne jouira ses lèvres endormis
et
je vous écris d’une pays lointain et de
jadis
Corti, le 27 décembre
2004
Noir
noir noir noir
grand oiseau noir
pourquoi as-tu volé mon âme
sans frapper à la fenêtre
elle est venue chez moi
ce soir un œil de cristal
au milieu de sa tête
étrangère divinité du hasard
et tout en respirant le feu de mes veines
des arcs-en-ciel de sable la maison de la
lune
des crustacés de sel pleure l’œil brillant
silencieux veille sur les océans de soie
de fumée l’écho de ma vie
l’ombre salue les objets de ma chambre
l’ombre salue la lumière de mon rêve
entre des mots jaunes les silences
noirs des flèches neigent sans avenir
leur décor me rappelle la fausseté du
devenir
et la peine de revenir demain sur la terre
et puis je ne sais pourquoi l’étrangère
présence
m’a donné un baiser au cœur
Corti, le 17 décembre 2004
Métempsychose
Sa tête tomba à jamais en juin
La tentation d’exister se reflète
Dans l’image de la mort des rencontres des
gens et des dieux
Des passions blanches
Je ne sentais aucune hâte et en silence je
me réjouissais de mon amour
Le bonheur d’une éternité cassée en morceaux
Et pourtant assez froide sur son visage
céleste
Sont remplies de charme les racines de
l’amour terrestre
Il vit mon enfance
Le sommeil appelle ses progénitures envers
le devenir
Ce Dieu. J’ai essayé lui serrer sa main.
Il n’a pas voulu la prendre.
Encore plus d’eau sur Pluton ça peut être un
scénario de la même
façon des
étrangers en paradis il y allait à la
merveille
Que le cerf brille parfois lorsque je rêve
le paradis à jamais perdu de
l’enfance lointaine
Un soir d’été lorsque j’y pense...
Ou très tôt dans le matin
Il avait compris de la côte de qui sera
l’avenir
Il continua à monter d’invisibles escaliers
S’éprit à la folie du soleil caché dans sa
peau
L’accent légèrement méridional de la Belle
au bois dormant et l’idée
de changement.
Craiova, le 1er août 2004
Tatoué de silence
maïs noir sur le bleu du ciel
mon premier départ
la chaleur de son corps sur le visage
endormi de la nuit
Corsica le vent la pluie le vent
des oiseaux volent affolés
quand on rompt la croûte de la mer
pourquoi suis-je venue jusqu’ici étudier
la vie secrète des platanes pour les sauver
de la vieillesse
boucles de basilic sur des épaules de lune
glissent frais lorsque la nuit des oliviers
anonymes et presque absents descendaient
dans le miroir du pays sans crépuscule
sans souffle les dieux des dieux
mon cœur de miel remplace le travail des
abeilles
je brûle dans des feux verts logés des
poissons
de phosphore et de cire
c’est moi le compagnon aveugle
parmi les mots sourd-muets d’un court poème
voilà ce que je suis
des ailes d’aurore qui changent la couleur
de tes yeux lecteurs
des pierres sucrées grattent les racines de
tournesol
solitaire et je ne cherche que le printemps
de nuages
regarde mes poumons de métal et de brume
ivre de ne faire rien
j’écoute leur bruit tatoué de silence
en fermant l’entrée dans le monde
Corti, le 15 décembre 2004
L’homme aux sept clefs
Le métier de l’homme aux sept clefs, sa
profession de croyance était l’écriture.
Même s’il était un homme comme tous les
autres, il n’écrivait pas à la manière d’un
écrivain, mais comme un sorcier, comme un
véritable magicien, oui, car ses paroles
étaient vives, elles avaient la force de
transformer le rêve en réalité et la réalité
en rêve.
L’homme aux sept clefs vivait dans le plus
beau pays du monde, et son pays était à vrai
dire le paradis terrestre, mais même dans
cet endroit magnifique il y avait de la
souffrance, de la trahison, du désespoir.
C’était un guerrier notre homme, il savait
bien qu’on ne peut empêcher la souffrance,
qu’on peut éviter la générosité.
Il était amoureux cet homme, il aimait la
vie, la mer, les platanes, l’idéal féminin,
et spécialement, il aimait son peuple. Ses
paysans, les bergers, leurs chants, leurs
coutumes, tout cela était la plus sainte
religion de l’homme aux sept clefs.
Il possédait le pouvoir de rendre vie par
son écriture aux choses, aux lieux… Il était
l’ange gardien de la mémoire mythique de son
peuple.
Il était un roi généreux, et un rêveur
incurable à la fois. Il offrait son rêve à
ceux qui l’entouraient.
C’est le rêve qui génère la réalité, et
l’esprit qui nourrit son rêve est universel.
Corti, le 28 Octobre 2004
Une ombre éparpillée
je suis une ombre éparpillée dans un long
silence
qui ne trouve pas ses mains dans son rêve
pour y faire un feu toujours en silence
la fête débutera très tôt et moi
je ne trouve pas mon corps
grand-mère où as-tu caché mon enfance
des chicorées douces m’ont adopté
pour avoir plus de chance que l’étranger
qui m’habitait
à l’abri de son invasion hérétique
de son rire méprisant
j’avais reçu le salut des commencements
mémorables
et l’oubli rouge dans ses grains du soleil
qui avait été caché parmi mes cheveux
j’étais fatiguée et j’avais envie de
m’endormir
Corti, le 14 décembre 2004
Dans le musée du corps
Il pleut en Corse
sonne la trompette
je veux rentrer
mais je ne me souviens pas de la route
pluie affective et magique enracinée dans ma
tête
pluie qui dévore les souvenirs prosaïques
pluie sacrée l’esprit s’envole
la quête des ancêtres arbitraire et déduite
je sors de mon temps par la frontière du
doute
les semences meurent dans les fruits
l’âge d’or est un temps privé
la fenêtre ouverte semi-découpée de mon oeil
gauche et omniprésent
l’altération du point de vue
la perte de la jeunesse les illusions les
amours
les funérailles de la culture intellectuelle
comment peut on expliquer cet attachement
pour la belle pensée
que les sentiers vers la fossilisation sont
plus courts que jamais
j’entre dans le musée du corps et je ne
trouve que de la poussière
Corti, le 1er novembre 2004
Doré dolmen au bout de la forêt folle
Doré
dolmen au bout de la forêt folle
une femme sur le toit
demi cocotte demi chatte
a un air de Juliette sa robe décolleté en
satin
elle veut séduire le ciel de bambou rouge
des perles d’or et d’argent se mêlent
aux essences de fleurs
aux sèves de bois
le ciel va se couvrir
des pluies fantastiques de jade son visage
jeudi soir au cœur de l’hiver
Corti, le 19 décembre 2004
Dans le pays qui ne me connaît pas
dans le pays qui ne me connaît pas
le temps déchiré
un œil crevé
gît dans un coin de rue
dans la pénombre d’un pays où
le sommeil est le seul vestige de mon savoir
de vivre de sentir de m’abriter
coup d’œil sur un amour glacé
dans l’atelier du sculpteur susceptible
d’être resté enfant jusqu’à la mort
il chasse la lune plongée au tréfonds de
lui-même
dans sa façon de voir rien qui ressemble à
la folie
de maïs le ventre de la lune dévoré par la
faim
du rêveur aux dents qui rompent la croûte de
la magie
des vols trempés dans le bleu-noir du ciel
dans
le miroir de la nuit des tournesols penchent
leurs
têtes de beauté endormie parfumée de
branches vertes
sans souci l’éclat de la vie ordinaire
comme le cœur du poisson aveuglé par
l’amour- propre
dans ce pays où je rêve mes journées
sans souliers de cèdre les montagnes sur le
tapis d’une
mer jamais vue jamais respirée
écoute le rire affolé du genou
caché par mes mains gantés de froid
dans la chambre déserte
c’est le vent qui fait peur aux murs
il fait danser mes larmes jamais pleurées
des cicatrices d’inquiétude sur les épaules
fatigués
d’insomnie je songe que je fais un voyage
dans l’île à l’air de Gorgonne apprivoisée
de sable et d’écume les visages des anges
qui ont salué ma présence sur cette terre
jamais vue jamais connue
Corti, le 1 janvier 2005
Une pluie autre pluie
Une pluie autre pluie
Lave des pierres
Des chiens errants
Sur les ruelles du moyen âge
L’ange tombe en corps
Non - achevé
Déchiré il se met à vagabonder
Des poussiéreuses contrées
A l’arrière de la maison du sommet des
lauriers
Sa voix
Eventra
L’air avant l’aube
Le grand poisson
Gémit dans le chemin
Terriblement mort
Lorsque la pluie grignota sur les toits
Que nous sommes loin du serein
Inutilité boue visqueuse et absinthe
Je suis vivant et mort
Mort et vivant
Je me balance suspendu d’une corde sur une
colline
Ballade que j’écris sur la lumière
Des feuilles de l’âpre chêne
Timidement rumine le cheval bleu
C’est mon âme destinée
Quelle hantise des contrées non peuplés et
vides
Déserte et froide et amère
Un seau craque dans les étoiles
Lié fraternellement tout le monde
d’escargots
A bègue marche d’abeille
Ma rétine sent le sommeil et la mort
Loin je regarde de loin
La terre au noyau de résine
Et les ventres des poissons puent la quinine
Sous des eaux vastes parmi d’arides taillis
Blancs et noirs se promènent des escargots
Craiova, le 23 septembre 2004
|