Les Journées de la

Poésie Méditerranéenne

2004

 

ont eu lieu les 4 et 5 octobre 2004, sous le patronage des Rencontres Musicales de la Méditerranée  et de l’Université de Corse

Comme en 2002 et 2003, le Centre Culturel Universitaire (CCU) de l’Université de Corse et la section corse de l’Institut International de la Méditerranée (IITM) ont organisé deux journées de la poésie méditerranéenne, avec plusieurs poètes invités :

  • Djelfaoui Abderrhamane (Algérie),

  • Biaggio Guerrera (Sicile),

  • Giovanni Miraglia (Sicile)

  • Rosa Alice Branco (Portugal),  Présentation

  • Manuela Sola Castro (Portugal),

  • Sheila Concari (Toscane),

  • Maram al-Masri (Syrie), Présentation

  • Moncef Ghachem (Tunisie)

 Les œuvres de ces poètes sont représentatives d’un enracinement dans leurs réalités culturelles respectives. Ils sont en même temps connus pour leur recherches d’une expression littéraire et linguistique fondée sur le partage et l’échange des expériences artistiques et culturelles en Méditerranée. C’est à ce titre que les organisateurs les ont rencontrés dans divers festivals méditerranéens et les ont invités à se réunir pour l’occasion des RMM.

 

1- Jeudi 4 novembre  au Centre Culturel de Portivechju, grâce à l’accueil chaleureux de Madame CUCCHI, adjoint délégué à la Culture et de Madame SANTINI, directrice du Centre.

 

 

-Rencontre avec les jeunes (14h-16h, espace de convivialité) :

Différents groupes de lycéens et leurs professeurs (de Langue et Culture Corses, animateurs d’ateliers d’écriture et d’expression) ont rencontré un groupe de poètes. Sur le thème : « Dire, Ecrire, Vivre la poésie » les élèves de Marcu Ventura, Sonia Moretti et Ghjuvan' Carlu Papi ont conversé avec les poètes sur l’importance et la place de la poésie dans la vie de chacun. Libre propos, échanges de témoignages et d’expériences d’écriture et de composition. La primauté était donnée à la parole avec des intervalles de brèves lectures de poèmes (des poètes invités et des jeunes) et de chants interprétés par les élèves.

 

 

-Rencontre avec les poètes locaux (18h-20h, salle Abel Gance) :

La tradition poétique corse est riche et vivante et entretient des rapports actifs avec la musique et le chant. La poésie versifiée est donc très présente dans les différentes régions de Corse (poèmes en langues corse et française). Quelques-uns des poètes actifs dans la région de Portivechju (dont Messieurs Santini, Ceccarelli, Branducci ainsi que Natali Valli, sa guitare et sa voix !) ont dialogué avec les poètes invités à travers un échange de poèmes lus et chantés.

 

 

2- Vendredi 5 novembre de 17h30 à 19h Bibliothèque Municipale à Bastia

 

 

Depuis trois ans, la salle Prelà du Théâtre Municipal de Bastia, l’ancienne bibliothèque –seulement occupée par l’âme et la trace des livres qu’elle a longtemps renfermés !- est devenue le temple de la poésie durant les Rencontres Musicales de la Méditerranée : Pour raison de travaux, cette année notre manifestation a eu lieu à la Bibliothèque Municipale. Les poètes invités y ont fait rêver et chanter les livres qu’ils portent en eux ! Ils étaient accompagnés par Patrizia Gattaceca (Patrizia GATTACECA est professeur de corse à Bastia, membre des ensembles vocaux E duie Patrizie, Fola Fuletta, Ottobre, Les Nouvelles Polyphonies Corses, aujourd’hui Soledonna. Prix du livre corse en 1998 pour E cunchiglie  (Albiana. Ajaccio) Son second recueil, A paglia è u focu a été traduit en français par Francis Lalanne (La paille et le feu. Les Belles lettres. Paris. 2000)

 

 

Une édition 2005 riche et fructueuse, de l’avis de tous.

 

Le principe de ces rencontres est celui de brèves lectures de poèmes en langue originale et en traductions (en corse et/ou en français ou italien), entrecoupées de moments musicaux..

Hormis ces temps forts de représentations, les rencontres sont aussi l’occasion de faire le point sur les travaux en cours car la réunion de ces poètes alimente le programme d’un atelier international d’inter-traduction qui fonctionne désormais en continu. Plusieurs persoinnes s’attachent plus particulièrement à entretenir cette relation et à permettre une communication aisée. Costanza FERRINI et Giovanni MIRAGLIA, directeurs de collections et traducteurs sont de ceux-là. Ils veillent à poursuivre les rencontres avec la traduction (souvent en plusieurs langues). En Corse ces productions sont diffusées grâce aux instruments du Centre Culturel Universitaire :

 

- Revue littéraire en langue corse BONANOVA

- Collections poétiques du CCU en partenariat avec les éditions ALBIANA (Ajaccio)

- Site du CCU : www.interromania.com

 

Ainsi ont été publiés en langue corse les poèmes de :

Casimiro de Brito (Portugal),

Maram al-Masri (Syrie),

Dražen Katunaric (Croatie),

Jaume pont (Catalogne),

Enis Batur (Turquie)

Viaghji Puetichi (Voyages poétiques, collectif) un recueil présentant dix-huit poètes correspondants de nos Journées de la Poésie Méditerranéenne.

A signaler également Baratti, un volume de commentaires sur la traduction de la poésie dus à des auteurs d’horizons divers.

 


 

I puema di ste

Ghjurnate di a Puesia

Mediterranea 2004

 

 

Biagio Guerrera

 

E' nato a Catania nel 1965, dove tuttora vive e lavora. Si occupa attivamente di scrittura, musica e performance. Considera di fondamentale importanza nella sua formazione l'incontro con le parole e i suoni di Ashley, Beckett, Michaux, Cage e Scelsi; lo studio con Michiko Hirayama (canto), Mani Blandini (performance), Wanda Vanni (yoga) e l'esperienza con il collettivo artistico Famiglia Sfuggita (del quale è stato uno dei fondatori). Dal 2000 è tra gli organizzatori dello spazio-laboratorio di Zo Culture, a Catania, laboratorio teatrale e musicale d'avanguardia nel panorama culturale europeo. Ha pubblicato articoli e testi poetici su varie riviste e nel 1997 Idda, la sua prima raccolta di poesie e prose poetiche per i tipi del Girasole (Valverde). Considera il costante impegno come operatore culturale inscindibile dalla sua attività espressiva; in questo campo dal 1998 collabora stabilmente con Officine (Festival Mappe Percorsi Urbani) per cui ha curato il volume collettaneo Catania Sotterranea.

 

Cca 'stati

a mio padre

 

 

Fammi moriri

a leggiu a leggiu,

senza curriri.

Lassami u tempu

ri nun fari nenti,

ri taliari i cosi,

ri nun taliari.

 

Squagghiu.

Quannu c'è ssu cauru

pari ca testa nun camina cchiù,

pari ca s'arriposa.

S'adduma nveci,

je viru tutti i culuri,

je venunu pinseri cchiù dilicati,

cchiù 'mpurtanti,

pinseri ri luci tremunu

'nta ll'aria.

 

Fammi moriri cca'stati.

Fammi moriri ccu cauru,

a tempu a tempu.

Fammi lassari tutti i cosi 'n paci,

i picciriddi an'a truvari a paci.

 

 

 

Pendant l’été

à mon père

 

 

Laisse-moi mourir

doucement

sans hâte.

Laisse-moi le temps

de ne rien faire

de regarder les choses,

de ne pas regarder.

 

Je fonds

Lorsqu’il fait si chaud

ma tête ne va plus,

Elle semble s’être arrêtée.

Alors qu’elle  s’allume,

et je vois toutes les couleurs,

et viennent les pensées les plus douces,

les plus importantes,

des pensées de lumières tremblent dans l’air.

 

Laisse-moi mourir pendant l’été

Laisse-moi mourir dans la chaleur

au moment juste.

Fais-moi laisser toutes les choses en paix,

Les enfants doivent trouver la paix.

 

 

Economia.

 

Caro T.

           ti scrivo da un paese lontano.

Qui il tempo sembra immobile e siamo tutti vecchi.

L'attesa ci ha sfiniti e si tenta solo l'impresa del pazzo o del disperato.

Si, ci siamo come abbandonati, ed ecco la frenesia ricomincia,

la minestra è sul fuoco.

Le stagioni si susseguono apparentemente diverse fra loro, ma è come se un'unica cappa ricoprisse le nostre città.

Qui i bambini ( quei pochi che sono rimasti ) li conserviamo in uno zoo, eternamente saltellano su tendoni elastici.

Non ricordo nemmeno quando sono arrivato, anzi è come se fossi sempre stato qui...       eppure come in un sogno a volte avvengono dei ricordi.

Non che io li creda proprio veri, non arrivo a tanto, ma insomma ci sono, e c'è questa follia di scrivere, come in un sogno.

La minestra è sul fuoco.

Caro T. qui c'è sempre meno luce.

Cos'è un giorno senza luce?

Andiamo avanti a tentoni finché le batterie delle torce elettriche non si esauriranno.

Economia, la luce qui è un fatto di economia.

Rapidi sguardi soltanto e per il resto s'improvvisa (siamo diventati bravissimi in questo).

 

"Nessuno sa dove si nutrono le gemme,

nessuno sa se mai la corolla fiorisca-

durare, aspettare, concedersi,

oscurarsi, invecchiare, aprèslude."

G. Benn

 

per ora ti saluto

tuo Biagio.

 

 

Économie.

 

Cher T.

           je t’écris d’un pays lointain.

Ici, le temps semble immobile et nous sommes tous vieux.

L'attente nous a épuisés et on fait seulement ce qu’on fait les fous.

Oui, nous sommes comme abandonnés, et voilà la frénésie qui recommence,

la soupe est sur le feu.

Les saisons se succèdent apparemment différentes les unes des autres, mais c’est comme si une unique cape recouvrait nos villes.

Ici les enfants ( les rares qui sont restés ) nous les conservons dans un zoo, ils sautillent éternellement sur des tapis élastiques.

Je ne me souviens plus quand je suis arrivé, ou plutôt, c’est comme si j’étais ici depuis toujours...   pourtant comme dans un rêve surgissent parfois des souvenirs.

Ce n’est pas que je les crois vrais, je n’en suis pas là, mais en somme ils existent, et il y a cette folie d’écrire, comme dans un rêve.

La soupe est sur le feu.

Cher T. ici, il y a de moins en moins de lumière.

Qu’est-ce qu’un jour sans lumière ?

Partons à tâtons jusqu’à ce que les torches électriques s’épuisent.

Économie, ici la lumière est un fait d’économie.

Rien que de rapides regards et pour le reste on improvise ( nous sommes devenus forts en cela ).

 

"Personne ne sait où se nourrissent les pierres précieuses,

personne ne sait si la corolle s’épanouira jamais-

durer, attendre, se donner,

s’obscurcir, vieillir, aprèslude."

G. Benn

  

maintenant, je te salue

ton Biagio.

 

 

Petra

 

Petra

Petra ca tagghia

Petra ca fuma  ca brucia

Petra ca mi tagghiau

Petra fissa ddà unni stava

iu cci ieva sautannu

e sautannu minni ieva

nicu 

e ddà stava

Petra fissa ddà unni stava

e iu a taliava 

comu sa Petra putissi taliari

iu ddà stava

comu sa Petra putissi parrari

 

Petra 

Petra ca s'arrimina

 

e mi ricia, com'è? com'è ca idda nun parra?

fossi ca idda nun parra ccu mia?  (iu nicu)

unn'è? unn'è ssa Petra quannu iu na taliu?

unn'è? unni và a Petra? a Petra unni và?

 

Petra 

Petra fissa ddà unni stava

 

e iu a vulia abbrazzari

comu sa Petra putissi abbrazzari

comu si fussi carni

comu si putissi trasiri tuttu 'nta sta Petra

e fu accussi ca mi tagghiai

 

varda, u sangu, varda

sentila com'è caura, com'è caura ssa Petra

 

na cosa caura avissi agghiessiri tinira

com'è ca ssa Petra è dura?

iu nicu  ca taliava  comu sa Petra putissi taliari

ccu d'occhi c'avia, unni sinni 'eru st'occhi?

 

Petra

Petra ca s'arrimina

s'arrimina 'nta ll'acqua

unn'è? unn'è a manu ca ti ghittau? unn'è?

unni ti purtau vulannu,rutulannu 'nta ll'acqua?

 

Petra

Petra ca s'arrimina

Petra ca tagghia

Petra ca fuma  ca brucia

 

ca nuddu a vulia e iu si

ca nuddu a vulia e iu si ancora

comu si idda putissi parrari

comu si idda putissi chiangiri

comu a mia  ca nicu era

e chiangeva

 

 

Pierre

 

Pierre

Pierre qui coupe

Pierre qui fume et qui brûle

Pierre qui m’a blessé

Pierre figée où elle était

j’y allais en bondissant

et en bondissant je m’en allais

enfant

et je restais là

Pierre figée où elle était

et je la regardais

comme si la Pierre pouvait regarder

et là je restais

comme si la Pierre pouvait parler

 

Pierre

Pierre qui roule

 

Et je me demandais pourquoi, pourquoi elle ne parle pas

peut-être ne parle-t-elle pas avec moi (moi enfant)

Où se trouve-t-elle?

Où se trouve la Pierre quand je ne la regarde pas?

Où se trouve-t-elle? Où va la Pierre ?

La Pierre où va t-elle ?

 

Pierre

Pierre figée où elle était

 

et je voulais l’étreindre

comme si la Pierre pouvait étreindre

comme si j’étais chair

comme si je pouvais tout entier entrer dans cette Pierre

et ainsi je me coupais

 

regarde, le sang, regarde

touche la comme elle est chaude, comme cette Pierre est chaude

une chose qui est chaude devrait être tendre

pourquoi cette Pierre est dure ?

moi, enfant qui regardait comme si la Pierre pouvait regarder

avec les yeux que j’avais, où sont-ils allés ces yeux ?

 

Pierre

Pierre qui roule

Roule dans l’eau

Où se trouve-t-elle ? où se trouve la main qui t’a jeté ? où est-elle ?

Où  elle t’a porté volant, roulant dans l’eau ?

 

Pierre

Pierre qui roule

Pierre qui coupe

Pierre qui fume et brûle

 

que personne ne voulait mais moi si

que personne ne voulait mais moi si, encore

comme si elle pouvait parler

comme si elle pouvait pleurer

comme moi qui était petit

et qui pleurait

 

 

Spiritu ru ventu

  

Spiritu ru ventu

Spiritu ra matri

Spiritu ca curri

je nun si runa paci

Spiritu ra notti

Spiritu ru vinu

Spiritu ca curri

intra ssu jardinu

 

ci su aceddi r'oru ca cantunu

e u tempu si fermau 'ncantatu...

ci su aceddi r'oru ca cantunu

e u tempu si fermau 'ncantatu...

 

Spiritu ra notti

Spiritu bbamminu

'nsignimi ssu cantu

ppi ghiriti vicinu

 

 

Esprit du vent

 

 

Esprit  du vent

Esprit  de la mère

Esprit  courant

Esprit qui ne se donne paix

Esprit  de la nuit

Espit du vin

Esprit  courant

dans ce jardin

 

il y a des oiseaux d’or qui chantent

et enchanté s’est arrêté le temps

il y a des oiseaux d’or qui chantent

et enchanté s’est  arrêté le temps

 

Esprit  de la nuit

Esprit  enfant

apprends-moi ce chant

pour être près de toi

 

 


 

 

Abderrahmane

Djelfaoui

 

 

 

Né en 1950 à Alger

 Expérience professionnelle :

 

 -          Attaché culturel à la Cinémathèque algérienne [1971-79].

-          Réalisateur de films documentaires [1979-1990]

-          Journaliste à Alger républicain  [1991-92] puis au quotidien El Watan, où j’ai créé et animé une rubrique sur la photographie intitulée «Déclic » [1994-98].

-          Chargé de la réalisation de  La Lettre du Forum, bulletin mensuel d’information du Forum des Chefs d’Entreprises [2001-2003]

 

Parmi les récentes interventions culturelles et sociales:

 

-          Conçoit et pilote, en collaboration avec le CCF d’Alger, le voyage du poète Yves Broussard, directeur littéraire de la revue Autre Sud, à Alger. [20 au 23 novembre 2001].

-          Invité par l’Ambassadeur de Suisse en Algérie à une table ronde sur Saint Augustin au Palais des Nations, Genève[10 décembre 2001]

-          Conçoit et pilote le voyage à Alger du romancier et poète Jacques Lovichi, lauréat du prix de l’Académie Mallarmé 2002, au cours duquel trois soirées débats ont lieu autour de son roman Le sultan des asphodèles et son anthologie poétique Les derniers retranchements.[18-21 Novembre 2002]

-          Organisateur de rencontres internationales de poésie : Alger, avec le CCF d’Alger et la Fondation Boucebci [mars 2003] ; Adrar avec la Fondation Déserts du Monde [décembre 2003]

-          Invité par Le Printemps des poètes à La Sorbonne (Paris) [13 mars 2004]

-          Invité au festival international de poésie Voix de la Méditerranée, Lodève [juillet 2004]

-         Membre de la commission de préparation du Festival des Cultures et Civilisations des Déserts du Monde devant se tenir à Abu Dahbi en avril 2005. Fondation des Déserts du Monde, Alger [Août 2004]

 

 

Principales publications:

 -           « Photo/Algérie : trois paradoxes en un », in Actes du colloque des Rencontres internationales de la photographie d’Arles : « Image et Politique »; sous la présidence de Paul Virilio. Actes Sud/ AFA ; [1998].

-          Auteur de l’ouvrage  « Bab El Oued ville ouverte »,  sur un quartier populaire « chaud » d’Alger. Editions Paris Méditerranée, [novembre 1999].

-          « Maqamat de Jean-Paul Grangaud. Un itinéraire d’Alger à El Djazaïr », un récit de vie du professeur Jean-Paul Grangaud, pédiatre. Editions Casbah, Alger  [mars 2000].

-          Participation à l’ouvrage collectif « L’Algérie : histoire, société et culture », sous la coordination de l’historien Hassan Rémaoun où j’ai rédigé le chapitre « Cinéma : passé, présent, 24 images l’an… ». Editions Casbah, Alger [septembre 2000].

-          « Une image hors norme », in « Dialogue entre les civilisations » ; Actes des conférences 2001-2002 publiés sous l’égide de l’Office des Nations Unies à Genève. [2002]

-          « Algeri separazione (Alger séparation) », recueil bilingue de poèmes traduits du français en italien par Bruno Rombi. Editions Libroitaliano World, coll. Contemporary International Poets. Ragusa. Italie. [Octobre 2002]

-          « Préface », au livre de photographies en noir et blanc de Youcef Akam « Regard nomade. 30 années de photographie », sur le Sahara algérien. Alger [Octobre 2002]

-          « Après sinistre déluge », recueil bilingue de poésie, traduit du français à l’arabe par Inam Bioud. Casbah éditions. Alger [novembre 2002]

-          « Brisures », poème pour le catalogue de l’exposition « Les unes & les autres » de Michèle Testa Bory. Galerie ESMA/ Fondation Mahfoud Boucebci. Alger, [septembre 2003]

-         Postface au livre de photographies « Algérie outre mémoire » de Mohand Abouda, éd. Rubicube, Alger [2004]

-          Contributions à « La Revue des ARCHERS », éditions Titanic-Toursky, Marseille, [à chaque numéro depuis mai 2001]

-          La revue  de poésie « OSIRIS » n° 55 et 57, (Massachusetts). [Décembre 2002 et 2003]

-         Poèmes, in « Cadernos ATENEO de la Laguna » (Iles Canaries), n° 12 ; [mai 2002] et La revue « Autre Sud » (Marseille)[2001/2002/2003]

 

 

Formation :

 

-          Etudes de sociologie à l’université d’Alger (1970-73).

-          Diplôme de réalisation en cinéma documentaire à l’Institut du cinéma de Prague (FAMU) (1982).

 

 E-Mail: abderrahmanedjelfaoui@yahoo.fr

 

 

Cité Pouillon, villa Raïs

  

 

La colline d’abord

 

Parce que chantier d’antiques marines

Sur une baie à jours nourris d’illusions

De prises de femmes caftans d’or

Ou défaites de soirs automne

 

Cette certes brume inspira

Un illégitime prisonnier de France

Evadé ici aux combles horizons du vent…

 

Mais pour y aller

De ma banlieue commencer

Extrême bus à prendre

Autoroute de trombes bruits et vents

Avec le sourire voyageur d’une enfant

 

Puis le téléphérique

Jusqu’au minaret d’église

Pointant son croissant aux matins

Pour inscrire quelque virgule

à la grisaille

du monde

 

Dessous

L’insecte téléféérique

Sur Belcourt

Encâblé

De vieux garages

Usines trépassées

D’un quartier indien

Quartier de squaws

Oublié des dieux

 

Ah cervantuesque ville

De mon enfance

Démurée de ses silences

 

 

Au choix du cœur

Choix du souffle

Prendre les escaliers éclopés

Du djebel ou le téléférique

Poussif

Dont on se demande s’il ne tire pas

Encore au gazogène

L’ascension oblique

De sa rebelle colline en ruines

 

 

Tout cela donc et bien d’autres encore

Avant d’atteindre aux vieux palmiers

De Boufarik

Elevés ici sur la pierre

Blanche d’auteur

Venue elle des sud

Confins

De France

 

 

Là haut vue magique

 

Conteneurs métastasant le port

Alignés aux quais d’un train perdu

Sifflet d’une houle dans la brume

Sueur ombre plissée

De faux dattiers

Les mêmes

Ceux d’une Mitidja avant béton

Ici transplantés lors d’une autre guerre…

 

C’est tout cela  E-dzâyêr

La perle

Blanche

Merveille toute mouillée dans ses dessous

Trop discrète au fard de jour

Pour être honnête épouse d’un seul

Bon dieu

 

 

Mais une fois là plus envie de débouler

D’hauteurs si racées aux basses poussières du délire

 

…………………………………….

 

Humblement :

Perches lovées aux cieux derniers

Les arbres palmes de lumière ont

A l’heure d’aire

Arôme de poivrons frits

 

…………………………………….

 

 C’est aux soleils et tortures

Dans cette ville où l’oiseau siffle

Encore un souvenir

De plaines et d’éphémère

De tant d’empires passés

Plus quelques représentants d’anges

Que s’alignent aux crêtes des collines

Roches de silence

Pierres impatiences

 

………………………………………

 

 

Au lendemain de tempête

La cité se fait (encore) œuf

De faux silence

Air de faïence

Antique oubli…

 

 

El djazaïr

 

plume d’oiseau arrachée

aux calendes du doute

bleu nylé des collines du temps

qui de blanc furent

et disparurent

 

ville d’eaux inconnues

 

 

Comme si

 

elle se vêt chaque matin

d’une lumière neuve

aux rets d’un café noir

veuf du lendemain

 

 


 

 

 Au cœur du désert

© Abderrahmane Djelfaoui - Mai 2004

 

Tahabort

 

un goût d’eau dans le vent

une fraîcheur de palmes sèches

une lumière de douce braise

où l’ombre cuivre le temps

 

*

 

soleil à toi je vais

couchant le vent

dans le crépuscule

 

*

 

un feu dans le désert

fumer la solitude

 

*

 

les montagnes se dénudent

peu à peu des atours du jour

se dissoudre dans le silence

 

*

 

qui dira la prière vive d’une pierre

la nuit toute d’étoiles enfin venue

 

 

 

safran du cœur

aux oreilles de l’horizon

 

*

 

lumière de noire immensité

 

*

 

l’œil de l’âme

écoute renaître

une terre au silence

 

 

 

à  Alamine Khawlen

 

pas de musique

dans le désert

que ce crin de cheval

étiré et noué

immensité de l’oubli

 

 

 

L’infini palpable

 

 

Sur le mont Assekrem

 

la bûche dans le feu

respire de toutes ses flammes

 

elle y brûle sa mémoire

revenir légère aux étoiles

 

sous la grande ourse

elle flamboie

 

ultime message

 

 

flûte de cendres

paume de braises

cœur au vent

 

*

 

luxuriante nuit de pierre

qu’un feu lèche tendresse

 

*

 

flûte qui coule un thé rauque

à la gorge de nos tempes

 

 

 

le sacre du jour

 

l’escadre des pics

sort peu à peu de la brume

et commence à dresser

ses vigies face à l’annonciation

d’une aube de vent neuve

 

un vol immobile de nuages

aspire la dernière ombre

 

la pierre polit par les nuits

se prête à la prime ablution

 

le pépiement de l’oiseau est son talisman

 

 

*

 

la magie du rai premier

est d’asseoir le vent et

permettre à l’oiseau

la becquée du chant

 

 

 

ce soir mon âme est sous mes pieds

battue dans mon ventre comme pâte

avant d’ouvrir la bouche la laisser

s’échapper vers les étoiles

 

 

pour toi Yemna aux monts

ce monde je le cueille

tendresse à notre étonnement
 

 

 

 

Aïnmguel

 

neige lune

que l’ombre de la terre

gomme peu à peu

en son propre ciel

 

c’est l’éclipse

 

*

 

il est des nuits où

les étoiles tombent

 

il en est où elles

sont heureuses

d’être du voyage

de toutes mémoires

 

 

6 heures

 

est l’heure des pieds nus

dans le sable

aller entendre les premiers

oiseaux

doucement cachés aux yeux

encore

rumeur d’heure aux buissons

de soi 

d’une fraîche pierre faite

larme

  

*

 

à la lumière du soleil

paupières étirent

évidence du monde

 

 


 

 

Hassan Teleb (Sohag, Egittu, 1944) Diplumatu in Filusufia à l’Università  di u Cairu, attualmente insegna l’estetica à l’Universita Helwan di u Cairu.  Hà publicatu sette  racolte  di puemi è dui assaghji filusofichi. In u 1995 hà ricevutu u premiu per la puesia Cavafis (in Grecia). Da u 1991 hè redattore di u misincu Ibdaa. E so puesie sò state tradotte  in inglese, spagnolu, grecu è in Francia da a Rivista “Action poétique”.

 

 

Illuminazioni bughja

 

I lingui s’illuminani cù l’inchjostru

Di a zitiddina

In i tempi di a scrittura

Nantu  à i foghji scurrini i so sicreti

È po I vucali l’annegani

In a so murbidezza

 

I mari s’illuminani

Cù I so fondi

L’animi cù I so brami

Cù I so cuntrarii s’illuminani I verità

I criaturi cù l’organi

I monti cù a furmazioni

 

A cosa ùn ci credi in a cosa

In l’ignuranza di a nova era

Ghjacciali

Ma a risurrizzioni di a luci

Ristituisci a fedi à i miscridanti

Cusì a vita riteni a so fedi

 

A natura s’illumina custretta

Da a cuntinua causalità

Di a viulazioni di i so normi!

 

Ed eiu

M’illuminighju cù ciò chì ùn dà lumu :

Cù l’indici di a morti

Cù u primu pilu suttu à l’ascelli di a zitedda

Cù l’anniritura di i ragi…

 

M’accampa

Da i sei punti cardinali di l’amori

O cù a passioni chì si stancia

Prima di cuntinuà !

 

M’illuminighju cù ciò chì ùn dà lumu

  

Dalle poesie di : Hassan Telib

 Traduzione di : Hussein Mahmoud

 

 

 

Chì strambagata !

O Madri di Ali,

Ti pregu d’ùn ascultà ciò ch’iddi dicini i vicini

Sò bucii

Misfida ti par piaceri

Di ciò chì hè statu dittu

È di ciò chì sarà…

 

Quiddu ghjornu ùn socu statu debbuli

Hè mali di toglia mi u meritu !

Essa vili – tù a sa- ùn possu

Quantu volti affirmeti u me parè

Ma chì vali un parè ?

Aghju fattu manifistazioni

Aghju sfidatu u me cullega…u me vicinu

U me slogan era :

“Basta cù l’epica di a gnuranza!

Basta l’inghjulia è a dittatura!”

 

M’hà suspresu un nimicu putenti

È forti

Una banda da tutti i parti

Mi s’hè andata furiosa contru

Risisteti

Fin chì mi lintissini l’anchi

Chì pudia fà à i me anchi ?

 

Nudda

Dissi solu più d’una volta

« chì strambagata !»

mi dissi da cunfurtà mi :

 « ùn socu u solu scunfittu di a divizia »

dicidisti di tumbà mi.

Mi dissi : « s’idda veni a morti

Ch’idda sia da i me mani… »

 

Ma i mani di i me vardia m’agguantoni prima,

Fubbi cunduttu subbitu

À u so capu,

In fundu di a sala.

Dissi: “Dì: m’ingannò u diavulu !

Avali mi rammaricu, ora mi pentu ! »

Risisteti, ùn mi rassigneti.

Dissi  « Dì:  « Evviva u sultanu »

Ùn la feci, ma

Dissi : « Comu ? »

È quisti primi avisi di u diluviu davanti à i me ochji…

 

Dissi : « Avali sì tù ùn la dici,

Ti femu schizzà l’ochji fora di cavaronu !

T’emu da scimì,

È po ci n’andaremu lasciendu ti solu,

Smindicatu da tutti ! »

 

Cusì Madri di Ali

Trovi fronti à tè

Una parsona diversa

Ceca, à malavia

 

Ti pregu

Pidda a penna

Ti voddu dittà

L’essenza di a me tragedia

 

A socu chì a parolla hè debbuli

Ch’idda risisti a puisia

Ma circaraghju

È quali sà !

 

Macari pudaraghju riescia

S’iddu m’aiutini l’anghjuli di a puesia

Aghju da riescia

Sì Diu mi dà l’estru...

 

 

A puisia di a cosa

 

A cosa ùn hè difinita da u volumu

O da a forma.

I cosi ùn cunnoscini

U parametru di u nienti o di l’immensu,

Amicu meiu !

 

U valori di i cosi hè in u svilà si

In a so pruntezza

Micca in I cantari è grammi

 

A cosa hè un misteru

L’upacità di u so codici và

Finu à u ghjornu di u Ghjudiziu

Quandu si sbiddica di a risa

U scemu- da u zelu di l’intelligenti !

 

A cosa hè un simbulu

Chì ci ni semu scurdati tutti

Ciò chì prima s’intindia.

 

Hè un segnu chì ùn palisa u so sensu gravi..

Hè impussibili dunqua induvinà l’enimmi

Chì al di là di u segnu

Asistini.

 

A cosa : una cosa

Hè ancu nudda

Ramminta u struzzu

Hè aceddu

Ma ùn bola…

 

A cosa : nì mali

Nì bè !

Ma superficia di u spichju

Induva a guffezza è a biddezza sò uguali

Par u spichju u ghjucondu

Hè tali u funebru

È no ci vinimu

À baddà vi davanti cù i nosci ombri

 

È par avvicinà i cosi…

I cusmetichi

È I buttighji di prufumu

 

A cosa

Un libru sanu

Quandu hè nantu à u parastaghju

Diventa di storia

Ùn lu saparani utilizà

I littori chì ùn sani

Leghja u suttintesu.

 

 

Voici Karbala'...

 

mais

 

je ne suis pas Al-Huseyn...

 

Hassan Teleb

 

J'atteste (*)

le début de la lumière est la fin des ténèbres,

le début de la lumière est la fin des ténèbres.

 

J'atteste

j'ai été tué par trahison,

 le drapeau est en berne.

 

J'atteste

ne pas être descendu dans l'arène,

  l'on en sort tantôt vainqueur,

 tantôt  vaincu.

 

 

J'atteste avoir attesté :

   mon attestation est achevée,

   ma plume déjà posée,

Les pages falsifiées tournées...

          L'encrier desséché...

Ne reste qu'une tache de sang

Coagulée sur le sol de Ninawa,

Visqueuse et rougie,

rouge foncé, faisant luire les cendres...

 

Tableau insolite :

Noir couronné de rouge...

 

Loué soit celui qui a colorié...

Loué soit celui qui a dessiné!

 

 

J'atteste que ce cœur n'a que son sang,

     Que le malheur le plus récent

     Est celui qui remonte loin,

Que le commencement des averses annonce la fin

                                      Des enfers.

 

 

Aussi, je vous regarde de là-haut

   Et je vois vos ruines..

Je regarde tristement vos enfants

J'observe vos chars et vos avions

   Je souris.

 

 

J'atteste n'avoir pas participé à une guerre...

Si seulement mon adversaire,

S'était manifesté à ms yeux

Ah!.. Si une véritable armée

Ici, à Karkh, m'avait rencontré...

Vers elle, je me serais rué!

 

Si c'était un homme!

Un honnête cavalier,

Se montrant à moi pour me défier!

S'il avait été un héros,

Il m'aurait, au corps à corps, attaqué!

 

Mais c'est un feu d'enfer...

Qui, sur ordre du dieu de la guerre,

S'empara des foyers,

Etouffant proches et enfants,

Les dévorant...

Une pluie de magma

Carbonisa les trésors de l'Orient,

détruisit "Beyt al-Hikma",

Comme l'ancienne tour de Babel jadis s'était effondrée,

Brûlant, du calife al-Mu'tassim,

Les derniers manuscrits de son époque.

Le feu s'empara des livres de logique,

Dévasta les épîtres du Fiqh ...

Se propagea,

Dévora traités de grammaire

Et recueils de vers, soumettant l'insoumis!

 

J'atteste n'avoir pas assisté à cette terreur,

Le missile ne m'a pas laissé le temps d'embrasser ma petite fille

ni de ramasser ses entrailles sur sol

Je n'ai pas vu ma maison s'écrouler!

Ma profession de foi n'a pas été prononcée...

J'atteste n'avoir pas eu le temps,

Pas eu l'occasion d'en profiter!         

 

Ce ne fut qu'un éclair ..  insuffisant,

Pour marquer cet instant

Séparant l'éclatement du feu

Des brûlures;

J'ai seulement senti que je me précipitais

Dans un puits de braises,

La violence des flammes faisait fondre mon âme...

J'atteste que le visage de ma femme

Est sans doute le dernier spectre qui,

Au dernier soupir,

m'a salué ...

Ou que j'ai salué

Sur le seuil de l'espace tourmenté de l'isthme

Séparant

          Existence et néant

Mais je n'ai pas eu le temps,

Pendant ce moment fugitif,

De dévisager ses traits,

De lire sur son beau visage

L'expression cachée

Derrière un voile de stupeur

De chercher à la comprendre,

Comprendre la raison

De ses pleurs.

 

 

J'atteste :

Comme si j'étais mi-endormi, mi-éveillé,

             Qu'autour de moi, tout s'écroulait.

 J'ignorais vers où le destin m'emmenait

Comme si, en rêve je volais ;

Comme dans un mythe,

Sur mon âme un roc avide s'acharnait.

Comme si subitement j'étais entrain de m'évanouir,

Qu'à chaque fois que j'essayais de me ressaisir

J'échouais;

        Comme si j'étais

Endormi .. sans véritablement dormir.

 

 

J'atteste que n'appartient au rêveur

Que ce qu'il a raconté,

A l'amant, que ce qu'il a dissimulé

Que la passion la plus discrète est la plus évidente

J'affirme avoir dévoilé mon secret,

N'avoir plus rien à démasquer.

J'atteste que la fin de l'avarice est la générosité.

 

 

Aussi, je vous regarde de là-haut,

Et je ne vous reconnais presque plus

Me souviens à peine,

                 De ce qui vous est advenu.

 

Tout ce dont je me souviens,

C'est que le dieu de la guerre s'est ennuyé,

De ce qui reste sur terre, il s'est lassé :

Des poèmes et des vers,

De la musique de senteur,

Du parfum des bourgeons verts,

De la pureté des mélodies.

 

Comme un taureau, il s'était déchaîné,

Avait mis sa tenue, écumait de rage,

S'enhardissait contre les enfants,

Assassinait les hommes...

 

Armé de la machine à mort,

Il était venu se venger,

Bien équipé,

Entouré d'une armée de cuisiniers,

De suites.. et d'esclaves.

 

J'atteste deux choses :

L'une, vous redoutez son adversité,

L'autre, il attaque et vous le repoussez.

Jurez de ne pas le craindre...

Soyez fidèle à votre promesse ;

S'il se manifeste comme un ogre,

Ouvrant sa gueule pour dévorer

Il faudra l'empêcher

 

 

J'atteste que le début de la faim

     Est la fin de l'apaisement...

Eventrez le dieu de la guerre..

Hâtez-vous,

Avant qu'il ne digère

Ce qu'il a grignoté.

 

J'atteste avoir lu dans le livre des martyrs

Que, quoique prudent,

Qui craint le monstre en subit l'assaut,

Qui le ferrade, se stigmatise.

 

 

 

J'atteste :

Mon père m'a dit un jour

Que son père lui a dit un jour:

"C'est votre sol,

Mourez en maîtres,

N'y vivez pas en esclaves".

J'atteste qu'il a cité un exemple

  Que je retiens depuis :

Deux béliers, 

Dans un désert,

Se donnaient des coups de cornes...

   Le loup était l'arbitre!

J'atteste avoir attesté :

Comment un troupeau de béliers

Peut-il solliciter l'assistance du loup ?

 

 

 

J'attete avoir été tué par trahison.

Je vis désormais

Où il n'est plus question

de plaisir, ni de peine..

 

J'ai été tué par trahison

Sans connaître la raison.

Le sabre a-t-il rebondi ?

Ma main, m'a-t-elle trahi ?

Ou bien, avez-vous offert

Au trépas, mon dos exposé,

Pour me déchiqueter ?

Au moment décisif m'auriez-vous relâché ?

Ni vos flèches n'ont abouti

Ni le cheval ne s'est raffermi.

 

J'ai été tué par trahison .. sans connaître la raison!

Est-ce parce que la sûreté

Est aussi désormais ce que pérèrent les poètes ?

Et les membres des deux conseils

Ne sont-ils plus que des marionnettes?

Les ministres,

Les conseillers

Sont-ils tous corrompus?

 

Peut-être le commando a-t-il fini par s'affaiblir

Le héros, glorieux, n'a pu livrer l'assaut

Ni même se déterminer à agir.

Par contre, il s'est sauvé

Comme font pareils tyrans

Se servant de l'armée pour raffermir leur trône...

Edifiant un Etat de geôliers,

De prisons et de châtiment..

Le jour du jugement dernier,

Il lui suffirait

D'avoir prié, jeûné,

Visité les lieux saints

Et espéré embrasser

 Le coin sacré!

 

 

J'atteste n'avoir plus un mot à dire,

Le plus vaste est le plus restreint.

Je vous regarde de là-haut

Et vous vois :

Votre torpeur est mort

Votre réveil, abrutissement

Vos peuples adorent leurs tortionnaires

Votre élite ignore la différence 

Entre idole et Dieu!

 

 

J'atteste que l'extrémité des montagnes

est le début des sommets

Aussi, dois-je désormais

                  Quitter votre présent

Abandonner votre avenir,

                      Me bannir,

Eteindre ce flambeau noir

Flamboyant depuis

Les Mu'allaqat

Jusqu'à Busiri et sa Burdah

 

J'atteste avoir affirmé :

Le début du repentir est la fin des remords

 

 

J'atteste que n'appartient au témoin que ce qu'il a vu

Et au muet que ce qui l'a stigmatisé.

Comment le stigmate peut-il être effacé ?

Que d'humiliation!

 

Comment moi,

Qui suis au paradis,

Puis-je renoncer à la justice?

Malheur à moi!

 

Comment me puis-je me réjouir des vierges

Alors que Bagdad est frappé de malheur ?

Que sous les pieds des néo mongols,

Basra est foulé,

Et l'honorable Nadjaf, humilié.

De Kerbela, ils se sont emparés.

Ces troupeaux, partisans du dieu de la guerre..

Le pire de ce que la civilisation occidentale

Nous a transmis et préparé.

 

 

 

J'atteste que le jeûneur ne possède

Que son intention

Et le mangeur, que ce qu'il a digéré

Aussi, je me garde à présent d'approcher

Le festin des vilains,

Banquet de viande interdite,

Où Arabes et étrangers se sont mêlés,

         Et les chiens sont devenus loups

Trinquant tous à la fête

de l'avidité!

 

 

Jatteste avoir affirmé :

La fin de l'ouïe est le début de la surdité

Aussi, je me bouche les oreilles

Pour ne pas écouter la réjouissance des ennemis

Sur les antennes des nomades

De "Radio Riad"

Et du "Grand Caire"

Transmettant les tractations des Turcs et des étrangers

 

Je me détourne des fonctionnaires

De l'Organisation des secours,

Des Nations Unies et de son missionnaire..

J'atteste que le début de l'humiliation est la fin de la fierté...

 

J'atteste que n'appartient au témoin

       Que ce qu'il a vu

Et au dirigeant, que son oppression.

Aussi, je vous regarde de là-haut,

            Je rends justice,

  Et précise les accusations :

Coupables.. je vous proclame

    De la tête aux pieds

 

J'atteste..

 Faites-le avec moi,

Soyez témoins de ces consciences

                Vendues à bas prix

                         En dinars, en dollars

Sur les marchés des consciences!

 

J'atteste que, de mes cieux, je vois

Ce que vous n'êtes pas tous capables de voir...

 

Je ne suis pas un prophète..

Prononçant aphorisme et sagesse..

Un martyr .. Voilà ce que je suis,

Mon âme furieuse plane au paradis

Elle vous regarde de là haut

Et énumère les accusations:

Le tyran de l'Iraq

N'est pas le seul tyran

Vos dirigeants le sont tous,

          Entourés de leurs complices...

 

 

 

J'atteste que n'appartient au témoin

que ce qu'il a vu

Et au furieux, que ce qu'il a contenu

Aussi je vois dix mille martyrs

 Crachant de là-haut

 Sur le statut de Saddam,

 Sur la face du "Lion"

 La barbe de notre seigneur l'Imam

 Le visage de kafur

Et le nez du serviteur du Haram

(Où sont donc vos lames, Kafur, et l'aiguiseur?)

 

 

J'atteste que par trahison, ils m'ont tous tué :

Sa vénérable majesté;

Et, depuis son jeune âge, le prince héritier,

Son excellence, le commandant inspiré

Ou ce leader vénéré!

 

J'atteste qu'ils m'ont tous tué

Et que demain, à votre tour vous serez tour abandonnés

Comme un morceau de viande, négligé sur l'étal

 

 

 

Ils m'ont tous tué,

ont expulsé ma veuve,

Sans honte

Ni pudeur.

La femme qui se prostitue,

Devant les gens elle feint la pudeur

Alors qu'eux s'exibent impudiques.

Leur graisse n'est que tumeur!

J'atteste : vous n'avez qu'à extirper la tumeur.

 

 

J'atteste que le début de la convalescence

Est la fin de la maladie

Et qu'avec un peu de volonté

Vous serez guéris

Depuis longtemps elle ronge votre moelle...

Il s'agit seulement

D'un oui, ou d'un non..

Chacun n'est responsable que de ce qu'il prétend.

 

À force d'attester, il ne reste plus rien à dire

Le chagrin le plus profond est le plus singulier

Il est temps pour une plaie qui ne cesse de saigner

De se cicatriser

 

 

J'atteste avoir attesté

       Mon témoignage est terminé

Le drapeau est en train de flotter

Les pages falsifiées sont bien tournées

         Et l'encrier desséché

Il ne reste plus qu'une goutte de sang,

Encre rouge foncée,

Pour transcrire témoignages et sens,

Les élucider

Par la lecture des chiffres et des lettres.

 

J'atteste avoir attesté,

La face a été démasquée...

Laissez-moi jeter

Sur vos fantômes,

Un dernier regard

Et conclure :

 

N'appartient au martyr que son témoignage

Et au poète, que son poème

 

                                                       

                   Mars, Avril 2003

 

(*) ce verbe est le même que celui par lequel débute la profession de foi en Islam: "J'atteste qu'il n'y a de dieu qu'Allah et que Muhammad est son envoyé". Hassan Teleb utilise souvent des formules religieuses, tout autant par référence à la richesse linguistique et poétique de la langue du Coran que parfois par effet parodique.

 

 

هذه كربلاء .. وأنا لست الحسين

 

 

أشهد أن أول النور نهاية الظلم

أشهد أن أول النور نهاية الظلم

 

أشهد أنى قد قتلت غيلة

         وانتكس العلم

أشهد أنى لم أخض معركة

         يفوز فيها المرء تارة

                         وينهزم

 

أشهد أنى قد شهدت:

         اكتملت شهادتي

         وارتفع الآن القلم

وانطوت الصحائف المموهات

                   جفت الدواة

                   لم تبق سوى بقعة دم

تجلطت فوق تراب نينوى

                      وانعقدت

حتى أضاء الأحمر القاني الرماد

                   يالها من لوحة

قد توجت بالحمرة السواد..

                   سبحان الذي لون

                   سبحان الذي رسم!

 

أشهد أن ليس لهذا القلب إلا دمه

         وأن أحدث الردى أقدمه

أن نهاية الجحيم أول الديم

لذا أطل الآن من عل عليكم

                   فأرى أطلالكم

أنظر أسوان إلى أطفالكم

أرقب دباباتهم وطائراتهم

                   وأبتسم!

 

 

أشهد أنى لم أخض حربا

         فلو كان عدوى بان لي

                   رأى العيان!

آه .. لو جيش حقيقي-

         هنا في الكرخ – لاقاني

                   لأقتحم!

 

لو رجل!

لو فارس حر تحداني

         بأن يبرز لي!

لو بطل .. لألتحم!

لكنها نار..

إله الحرب قد سلطها

على بيوت الأهل حتى انهدمت

                   فاختنقوا..

                   واختنقت أولادهم

                   واحترقت أجسادهم

وتحت وابل من الحمم

تفحمت ذخائر المشرق

         "بيت الحكمة" انهار

هوى كما هوى البرج القديم البابلي..

         احترقت آخر مخطوطات عصر المعتصم

واشتعلت مؤلفات المنطق..

         استفحلت النيران في رسائل الفقه..

         فشت .. فالتهمت مصنفات النحو..

         والشعر الذي يلزم ما لا يلتزم!

 

أشهد أنى لم أشاهد ذلك الهول،

         فلم يمهلني الصاروخ كي أضم طفلتي

         وكي ألم عن وجه الثرى أحشاءها

لم أر بيتي وهو ينهدم!

أشهد أنى لم أجد وقتا

         لأقرأ الشهادتين فيه..

         لم تتح لي فرصة .. لأغتنم!

إن هي إلا لمحة خاطفة كالبرق..

         لا تكفى لكي تفصل ما بين انبجاس النار..

                   والإحساس بالحرق،

فلم أشعر سوى أنى قد سقطت

         في بئر من الجمر

         فسالت في اللهيب مهجتي

أشهد أن وجه زوجتي

هو الطيف الذي أظنه:

         آخر من ودعني في الرمق الآخر..

                                      أو ودعته

                                      في الحيز الزاخر:

                   في برزخ ما بين الوجود و العدم

لكنني لم أستطع –

في هذه الهنيهة الأخيرة العجول –

         أن أرى الأسارير ..

         لكي أقرأ في الوجه الجميل:

         ما وراء غيمة الذهول،

         أو أستطلع التعبير ..

         و الدمع الغزير حين ينسجم

أشهد:

         قد كنت كأني النائم اليقظان..

                   يهوى بي المكان

                   حيث لا أعلم ما المصير!

         أو كأنني قد كنت – فيما يشبه الحلم – أطير..

                   كان رخ جائع يوشك أن ينهش روحي ..

                                      مثلما تروى الأساطير ..

كأني داهمتني – بغتة – غيبوبة

فكلما حاولت أن أفيق

                  لا أقدر،

أو كأنني نمت .. ولم أنم!

 

أشهد أن ليس على الحالم

                   إلا ما روى

ليس على العاشق إلا ما كتم

وأن أغمض الهوى: أوضحه

وأنني أفشيت سرى

         لم يعد لدى ما أفضحه

أشهد أن آخر البخل الكرم

 

لذا أطل الآن من عل عليكم..

فأحس أنني أكاد لا أعرفكم!

أكاد لا أذكر ما حاق بكم

                   إلا لمم!

 

أكاد لا أذكر إلا ظنة

إن إله الحرب قد أصابه السأم!

ضاق بما ظل على الأرض ..

         من الشعر .. وموسيقا الشذا

                   ومن عبير البرعم الغض..

                   ومن عذرية النغم

 

فهاج كالثور

         ارتدى بزته..

                   استشاط واحتدم

وجاء يستأسد في وجه النساء

                   يحصد الأطفال

                   يغتال الرجال

                                      جاء ينتقم

وعنده من آلة الموت عتاد..

معه زاد..

وجيش من طهاة..

وعبيد .. وحشم

 

أشهد أن ليس سوى إحدى اثنتين:

                   أن تخافوا بأسه

أو أن تردوه إذا هجم

فاقسموا ألا تخافوه..

                   وبروا بالقسم

لا تدعوه – إذا أتى

-          يفغر كالغول فما

ويلتهم

 

أشهد أن أول الجوع نهاية التخم

فلتبقروا بطن إله الحرب..

                   ولتبادروا

                   من قبل أن يهضم ما قضم

 

أشهد أنى قد قرأت في كتاب الشهداء:

أنه من يخف الوحش – على حيطته –

يبطش به

         وأنه من يسم الوحش على الخرطوم: يتسم

 

أشهد:

قد حدثني يوما أبى

         فقال : قد حدثه يوما أبوه قائلا:

هذا ترابكم

فموتوا سادة

                   ولا تعيشوا فوقه خدم

أشهد أنه روى أمثولة

                   مازلت أستظهرها:

كبشان كانا في فلاة يتناطحان..

                   والذئب الحكم!

أشهد أنى قد شهدت:

         كيف يستنجد بالذئب قطيع من غنم!

 

أشهد أنني قتلت غيلة

أصبحت أحيا

         حيث لا لذة بعد اليوم ..

                            لا ألم

قتلت غيلة

ولا أدرى لماذا؟

هل نبا السيف..

         وخانتني يدي؟!

أم أنكم تركتموني..

         دون أن يحمى ظهري أحد

         يشرك في الموت .. ويقتسم!

أم هل تراكم – ساعة الشد – توانيتم

         فلا سهامكم أصمت

         ولا (اشتدت زيم) ؟

قتلت غيلة .. ولا أدرى لماذا؟

         ألأن الشعراء آثروا الأمان؟

         هل لأن من في مجلس الشعب – أو الشورى- دمى؟

أم لأن الوزراء كلهم

ومستشاري الغرفة العليا .. رمم!

أم هل لأن القائد المغوار خار،

         البطل النشمي لا كر .. ولا عزم

لكنه فر...

         كما يفعل كل مستبد مثله :

يتخذ الجيش لكي يثبت العرش ..

                   ويبنى دولة الحراس

                   والسجون والنقم

وحسبه – يوم الحساب

        أنه صلى وصام

ثم أرسل الزمام

عله يقبل الركن .. ويستلم!

 

أشهد أنى لم يعد لدى ما أنطقه

         وأن أوسع المدى أضيقه

وأنني أطل من عل عليكم..

                   فأراكم :

نومكم شبه موات

وقيامكم وخم!

وشعبكم يعبد جلاديه ..

         والخاصة من خاصتكم

         لا يعرفون الفرق بين الله والصنم!

 

أشهد أن آخر السفوح ..

                   أول القمم

لذا على الآن أن أخرج من حاضركم

                            وأختفي

على أن أهجر مستقبلكم

                            وأنتفي

على أن أطفئ تلك الشعلة السوداء:

                            من شمس: ( قفا نبك)

                            إلى البرق الذي:

                            ( أومض في الظلماء من اضم)

أشهد أنى قد شهدت:

         أول التوبة آخر الندم

 

أشهد أن ليس على الشاهد

                   إلا ما رأى

ولا على الصامت إلا ما وصم

فكيف لي أن أمسح الوصمة؟

                            ياللذل!

بل كيف لمثلى –

                   وهو في الجنة-

                   أن يرضى بغير العدل؟

                   ويلي!

 

كيف أستمتع بالحور..

وبغداد دهاها ما دهم!

وتحت أقدام المغول الجدد ..

         البصرة ديست

         وأهين النجف الأشرف

         واستحل كربلاء هؤلاء

         من جند إله الحرب..

         شر ما أعدته لنا حضارة الغرب..

                   وما قد أنجبته من نسم

 

أشهد أن ليس على الصائم

                   إلا ما نوى

وليس للآكل إلا ما هضم

لذا أصوم الآن ..

عن وليمة اللئام ..

في مأدبة اللحم الحرام..

حيث فيها اختلط الأغراب بالأعراب ..

         فاستذأبت الكلاب ..

ثم اصطكت الأكواب بالأنخاب

                   في عيد النهم !

أشهد أنى قد شهدت:

         آخر السماع أول الصمم

لذا أصم الآن أذني

         عن شماتة العدو ..

         في "قناة" البدو..

عن " إذاعة الرياض"

         والقاهرة الكبرى

وعن مفاوضات الترك والعجم

 

أصد عن موظفي وكالة الغوث ..

         وعن منظمات العفو..

         عن مندوب هيئة الأمم

أشهد أن أول الهوان آخر الشمم

 

أشهد أن ليس على الشاهد

                   إلا ما رأى

ولا على الحاكم إلا ما ظلم

لذا أطل من عل

أحكم بالعدل عليكم

         وأحدد التهم:

أنتم مدانون ..

         من الرأس إلى القدم

أشهد ..

         فلتحاولوا أن تشهدوا معي

على تلك الضمائر التي بيعت لهم

بأبخس الأسعار

بالدينار .. والدولار

في سوق الذمم !

أشهد أنى – من سمائي ها هنا

- أشهد ما لا تشهدون كلكم

 

لست نبيا .. أوتى الحكمة،

         أو جوامع الكلم

لكنني محض شهيد

                   روحه تحوم في فردوسها غاضبة

وهى تطل الآن من عل عليكم ..

وتعدد التهم:

         طاغية العراق ليس وحده

         كل ولاتكم طغاة..

         حولهم طغم

 

أشهد أن ليس على الشاهد

                   إلا ما رأى

ولا على الغاضب إلا ما كظم

لذا أرى عشرة آلاف شهيد

         يبصقون الآن من أعلى

         على تمثال صدام

                   ووجه أسد الشام

         على لحية مولانا الإمام

         أو على طلعة كافور

         وخشم خادم الحرم

(أين ترى المقص يا كافور .. والجلم؟!)

 

 

أشهد أن هؤلاء كلهم

         قد قتلوني غيلة:

حضرة صاحب السمو

         الملك الفذ المفدى

وولى العهد منذ كان في المهد

فخامة الرئيس

         القائد الملهم

         أو هذا الزعيم المحترم!

 

 

أشهد أن هؤلاء كلهم قد قتلوني

         ولسوف يتركونكم غدًا:

         لحما على وضم

 

قد قتلوني كلهم

ثم استباحوا كلهم أرملتي

لم يختشوا قط ..

                   ولم يحتشموا،

         الأنثى التي تبيع نفسها

         أمام الناس تحتشم!

لكنهم عوراتهم مكشوفة

وشحمهم ورم!

أشهد أن ليس عليكم

         غير أن تستأصلوا الورم

 

 

أشهد أن أول الصحة

                   آخر السقم

وأنكم – إذا أردتم

         -سوف تشفون من الداء الذي

         ينخر في نخاعكم من القدم

وأنه ليس سوى: لا .. أو نعم

وأنه ليس على أي امرئ

                   إلا الذي زعم

وأنني شهدت حتى

         لم يعد لدى ما أشهده

وأن أكثر الأسى أوحده

وأنه آن لجرح ناغر

                   أن يلتئم

 

أشهد أنى قد شهدت،

         اكتملت شهادتي

ورفرف الآن العلم

وانطوت الصحائف المموهات

         جفت الدواة

لم يبق سوى نقطة دم

هي المداد الأحمر القاني

         الذي به تدون الشهادات

         وتستملى المعاني

         ثم تجلى

حين تتلى كلها: بالحرف والرقم

أشهد أنى قد شهدت:

         انكشف الوجه عن القناع..

         فلأطل من عل على أشباحكم

         إطلالة الوداع

         ثم أختتم:

 

ليس على الشهيد إلا ما وعى

ولا على الشاعر إلا ما نظم 

 

 

مارس / أبريل 2003

 

 


 

 

Manuela SOLA CASTRO, pueta è traduttrice hè purtughese, stà in Madrid è ci hà purtatu sti trè puemetti in prosa ispirati da stonde bastiacce durante l’edizione 2004

 

 

 

Ondas do ar

 

Subiu as escadas para encontrar o mar. Não fume pela sua saúde, ou pela minha hipocrisia. Lá fora, lá fora, pode desenhar as ondas com o fumo. Ondas que caem no chão da América.  

Invisíveis. Sonoras. Quase no ar, as ondas.

Sete da tarde na rádio de Bastia. A mesa, redonda, convidava à intimidade. Soaram palavras a contar a história, soaram acordes a contar o lugar, soou até o telemóvel que deveria estar imóvel. Moveu-se o coração. Eram oito da tarde. Parecia sempre.

 

 

Preludio

 

As cadeiras sentaram-se para receber o poema.

As estantes vazias emolduravam a sala enquanto a escada em caracol se retorcia no vazio.

As palavras dependuradas do tecto. Vistas em perspectiva, modelavam linhas que convergiam no ponto onde se construía o poema. Atravessava a sala e acomodava-se no coração dos homens, e página a página, os corações pulsavam verticalmente nas estantes.

Gotas de música pingavam no interior dos espaços verticais. Intervalos vazios deixados pela respiração.

 

 

 

Ossos do ofício

A pele esticada emoldurava-lhe os ossos. Era possível tocá-los um a um como quem desfia as contas do rosário que já não contam nada. Porque as palavras irritam a pele, rompem os tímpanos, magoam as lágrimas.

Agora que as expulsaste da boca, caminham dentro de ti: arame soldado no fundo das entranhas.

Olho a pouca carne que lhe segura os ossos, as cicatrizes que o coração arrastou dentro da vida.

Facto curioso: no meio de tanta amargura, como foi possível subir-lhe o açúcar?

 

 


 

 

 

Maram al-Masri

 

nata in Lattaquié (Siria). Stà in Parigi da u 1982. U so primu libru hè di u 1984: l'hà publicatu in Damas cù u titulu Je te menace d'une colombe blanche. Vultata à a spressione in lingua materna araba, eccu la torna in puesia cù Cerise rouge sur un carrelage blanc, stampatu in u 1997 in Tunisi à l'edizione L'Or du Temps è puvblicatu in varie lingue: rancese, talianu, spagnolu è corsu (Chjarasgia rossa è pavimentu biancu, Albiana, 2003). I paesi arabi anu accoltu l'opera da veru capidopera è u libru hà ricevutu u premiu di u Forum culturale libanese, duve ellu sede u pueta Adonis (1998). A so puesia fine, prufonda, ironica è trista à tempu, ùn hè maraviglia ch'ella avessi allusingatu quelli chì l'anu intesa.

 

À Maram al-Masri, i Corsi a cunnoscenu chì si hà fattu qualchì affaccata sia pè u "Veranu di i Pueti", sia pè a ghjurnata puesia urganizata da e JMM è l'Associu corsu di l'IITM.

 

 

 

Davanti à a to buttea,

eiu, quella chì arrubba i bombò

è chì e dite li si appiccicanu,

 

ùn a ci aghju fatta

à mette mi ne unu

in bocca

 

*

 

Aspettu,

è chì aspettu?

un omu carcu à fiori,

è à parolle dolce.

Un omu

chì mi feghji è mi veca.

Chì mi parli è mi stia à sente.

Un omu chì pianghji

per mè,

tandu aghju a pietà

ed u tengu caru.

 

*

Angoscia

di ogni parolla

ch'ella vulia palisà

è po interrà viva.

Pena

penangola.

*

Stu dopu meziornu

l'aghju vistu,

si hè ficcatu cum'è un latru,

attente à ùn lascià

vistiche daretu à ellu,

hà stracciatu e so lettere,

è nantu à u mo corpu

ci hà squassatu i so marchi.

Scrurdendu si

chì crimine perfettu

ùn ci ne hè.

*

Ùn hè ghjuvatu nunda

nè e mo rote

chì sò nove,

nè i sguardi

tenneri,

ch'o li facciu.

Ùn sò ghjuvate mancu e parolle di amore,

Nè e lezziò di Ovidiu.

Nè a mo capillera nera,

nè u frescu di a mo pelle di sete.

Ùn hè ghjuvatu nunda

nè u mo slanciu

nè a mo dulcezza

nè u mo surrisu nè u mo piantu

anu sappiutu intennerisce

u core seccu

di l'amore.

 

*

 

Aghju decisu

di fà la finita,

è di spreme in a mo manu

issu brisgiolu

chì

batte in

un scornu

di u mo pettu.

 

*

Aspettu

daretu à a to porta
ùn cappià i to cani arrabbiati

da fà mi scappà.

I to cani

ch'o aghju vistu nasce,

ch'aghju fattu manghjà,

cù quale eo ghjucava,

chì si sò scurdati

ch'o i basgiava

è chì ficcavanu i so capi

in u mo grembiu.

Ah l'ingrati!

 

*

 

Dite à u ventu

di stancià,

à mè, ùn mi piace u ventu.

Hè capace

cum'è una donna ghjelosa

d'incirlì i mo capelli

quandu vò

à scuntrà

quellu chì mi aspetta.

 

 

* *

*

 

 

Un articulu criticu publicatu in u Times :

 

THE TIMES SATURDAY AUGUST 28 2004

POETRY MICHAEL BINYON

A bonfire of taboos

 

A RED CHERRY ON A WHITE-TILED FLOOR BY HARAM AL-MASSRI Bloodaxe

£8.95; 95pp

ISBN 185224 640 5

ti £7.00 (p&p 99p) 0970 1608080

 

More than in many cultures, Arabic poetry is a public form of art. It is recited at stale occa­sions, voices the aspirations and concerns of a society rath­er than of individuals, and, to a large extent still, is closely linked to music. The most cele­brated singer in the Arab world, Kazim al-Saber, fre­quently uses the lyrics of the most celebrated modern poet, Nizar Qabbani, and much of the late Syrian poet's work was written for al-Saber's voice.

The link with music is all­important: Arabic, rich in sounds and vocabulary, lends itself to incantation. Indeed, one of the accomplishments essential for Muslim scholars is to learn how to chant the Koran correctly, with the most powerful intonations.

For this reason, Arabic poet­ry often sounds, to Western cars, declamatory, especially as the themes preoccupying to­day's poets are largely political - overwhelmingly, the rage and bitterness tilt over the loss of Palestine. The language is not the colloquial Arabic spo­ken in shops or on the street: modern poetry is a more for­mat tongue, stricter in its gram­mar, using words captivating in their rariu' ark back to classical .

Yet during the golden age of Abbasid rule in 10th-centu­ry Baghdad, lyrical poetry also achieved a sophistication and popularity that has left a powerful tradition. Love, as in all cultures, is an eternal theme; but, circumscribed by a strict religious code, reticence about sexual passion and the gulf in freedom between men and women, it has developed an artificial code of rarified, un­attainable longing that resem­bles the courtly love poetry of the European Middle Ages.

To such a tradition, Maram al-Massri comes as a shock. She writes about all the taboo subjects - physical passion, faithlessness, adultery, loneli­ness, despair - with candour and intensity that would mark her out even to Westerners.

A Red Cherry on a White­Tiled Floor is a selection from two recent collections, in English with the Arabic on the facing page. The poems are short: encapsulating moments

 

ARABIC, RICH IN SOUNDS AND VOCABULARY, LENDS ITSELF TO INCANTATION

 

and bitter reflections, often in a simple word. The force, at least in Arabic, lies in the lan­guage, the choice of words and their juxtaposition. It depends little on rhyme or rhythm, so loses little in translation, espe­cially one as accomplished as Khalcd 1Cdattawa's.

Many are erotic: "He came to me/ disguised in the body of a man/ and I ignored him./ I lc said:/ Open up/ I am the holy spirit/ I feared disobeying him/ so I let him kiss me.! He uncovered/ my shy breasts/ with his gaze/ and turned me into/ a beautiful woman]

 

Then he blew his spirit into my body) rumbling thunder and lightning./ And I believed."

Some are naively touch­ing: "How foolish:/ Whenever my heart/ hears a knocking/ it opens its doors." Others are wistful: "I apologise .../ Unaware,! and unintentional­ly,/ my breezes/ shook your branches! and dropped/ the only flower/ you'd ever bloomed." Their subtlety lies in the barest of phrases, the lightest of suggestions, to convey fear, tenderness or disappointment.

AI-Massri recalls moments of violence and intensity in a clever mixture of dreaminess and half-light pierced by hard, precise detail. The lines some­times suggest the old tradi­tion: "I was on the straight/ path/ when you blocked my way./ I stumbled/ but I did not/ fall." But elsewhere the modern world and contempo­rary imagery cut in: "A wife returns/ with the scent of a man/ to her home./ She wash­es,/ she puts on perfume,/ but it remains pungent) the smell of regret."

It is hard to see a wide em­brace of her poems in the Arab works - certainly not in her native Syria, where reticence is stronger. AI-Massri has lived since 1982 in France, and her sensibility shows the clear in­fluence-But it is the combina­tion of her modern, feminine individuality and the older Arab tradition that is so strik­ing and wrenching: "lie taught her/ to open up/ like a pome­granate blossom) and to lis­ten/ to the whispers of her body) and to scream out/ in­stead/ of muffling her sighs/ as she/ fell/ like a trembling leaf."

 

 

* *

*

 

 

Jean Portante écrit à propos de Maram Al-Masri :

 

 

Maram al-Masri à la Kufa, le 16 mars 2004.

 

Maram al-Masri est venue à moi par hasard. Ou plutôt par un de ces hasards qu’appelle notre métier d’écriture quand il se peuple d’amis. L’ami en question est commun. Il s’appelle Lionel Ray et sa poésie est profonde (ceux qui veulent le vérifier choisiront parmi ses livres chez Gallimard). C’est donc Lionel Ray qui, lors d’un de nos déjeuners rituels chez Léon de Bruxelles, celui du côté de la place de la Convention dans le quinzième, me glisse un manuscrit. Un tapuscrit pour être plus précis. De tels tapuscrits, on en reçoit à la pelle et je l’amoncelle sur une pile qui n’a pas tendance à décroître, tant cela me coûte de m’y pencher. Mais celui-ci a titillé ma curiosité et mon imaginaire. D’abord par le nom tellement venu d’ailleurs de l’auteure : Maram al-Masri, puis par le titre hors de tout sentier battu : Cerise rouge sur carrelage blanc. Je pense à une blessure, une tache de sang que le temps n’a pas eu le temps de laver. Je pense aussi à la neige et aux fleurs qui sous elle étouffent. Ou à l’ordinaire quotidien qui juxtapose si bien les paradoxes, on n’a qu’à regarder autour de soi. Tout cela avant d’avoir commencé la lecture.

 

Et avant de savoir que Maram al-Masri vient de Syrie, de Lattaquié, de l’autre côté de la mare nostrum qu’est la Méditerranée, Lattaquié, là même où du temps de la Grèce antique et d’Alexandre le Grand, et avant encore s’érigeaient les plus prospères cités à l’origine de nos propres traditions. Même si aujourd’hui on préfère parler de civilisation judéo-chrétienne pour ne pas avoir à inclure des pans entiers du Proche et du Moyen Orient dans le panier de notre berceau culturel. Soit, j’ai appris par la suite qu’à l’âge de vingt ans, il y a de cela une vingtaine d’années, Maram al-Masri s’était installée en France. Qu’elle y avait attiré l’attention d’un grand poète d’origine libano-syrienne, Ali Ahmed Said, plus connu sous le nom d’Adonis, qui a contribué à ce qu’elle reçoive le Prix du Forum culturel libanais en France. Qu’avant d’écrire Cerise rouge sur un carrelage blanc, livre publié en arabe en Tunisie il y a huit ans, elle avait fait paraître dans les années 80 un recueil à Damas, sous le titre peut-être trop transparent de Je te menace d’une colombe blanche. Qu’un troisième livre venait de sortir, à Bruxelles cette fois-ci : intitulé Je te regarde. Que des traductions de ses textes étaient en cours, en espagnol, en allemand, en anglais. Et, bien sûr en français.

 

J’ai donc ouvert le tapuscrit. Et ne l’ai refermé qu’à la dernière page. Sur une énigme :

 

Rien n’a laissé de trace

sur mon corps

que le temps.

Le bonheur

est ce que toi, tu as laissé.

 

Il y a là peut-être tout l’ars poetica de Maram al-Masri. Regardons. Quelque chose s’est perdu en route. Dans la première partie du vers, l’idée est complète : seul le temps a laissé des traces sur le corps.

Mais dans la deuxième, il manque le circonstanciel du lieu. Il y a un sujet : tu, un complément d’objet Le bonheur. Mais manque le lieu. Le corps donc. De sorte qu’on part du livre avec une interrogation. Ce bonheur, où a-t-il laissé sa trace ? Pas sur le corps en tout cas. Cette absence de lieu pour le bonheur s’ouvre comme une trappe dans laquelle vont sombrer bien des désirs. Une lecture rapide nous cacherait cette trappe. Voilà pourquoi les poèmes de Maram al-Masri doivent se lire lentement, pour mettre en évidence le trou qui mange l’essentiel. Cela rappelle les haikus japonais où le dernier vers vient mettre la tempête dans les premiers. Et, tout ce qui est passé à la trappe, pour le dire prosaïquement, nous le retrouvons dans les 106 poèmes du livre, bribe par bribe, dessinant la géographie intérieure d’un animal blessé. C’est comme si le dernier texte était le premier, donnait le mode d’emploi. Le premier lui fait d’ailleurs écho. Et annonce la couleur :

 

Je suis la voleuse de bonbons

devant ta boutique

mes doigts sont devenus collants

et je n’ai pas réussi

à en mettre un seul dans

ma bouche.

 

Regardons-y à deux fois. Le texte parle à la fois de l’absence, de ce qui a disparu dans la trappe, mais cette fois-ci, dans la trappe il y a un piège : car si nous relisons le poème, nous sommes forcés de nous demander ce que le je n’a pas réussi à mettre dans sa bouche, les bonbons ou les doigts ? Ce qui vient de l’autre ou ce qui vient de soi-même ?

 

C’est ainsi qu’on doit lire et relire les différents poèmes pour en dégager petit à petit une ambiance ou un code qui s’abîment dans un dialogue imaginaire où l’autre n’est que l’écho de l’absence, ou le double opaque devant le miroir qu’aucune Alice ne traverse, ou un système où les mots ne sont là que pour ensevelir sous leur poids les blessures de la vie. Et, dans celle de Maram al-Masri, il y en a eu plus d’une. On les touche à chaque poème, sans en imaginer la vraie douleur. Elle n’est pas dite, mais quand d’absence il retourne, on est orienté vers la biographie de Maram, et là, quand elle ose se dire, on apprend comment un mari a kidnappé, il y a bien longtemps, les deux enfants que Maram a mis au monde et qu’elle n’a revu que quinze ans après l’enlèvement…

 

Le tout est dit avec une économie de moyens époustouflante. Pas une syllabe n’est de trop. Tout tend sans cesse vers l’essentiel. Un essentiel qui secoue les branches de l’arbre de l’intranquillité.

 

Je suis apeurée

comme une gazelle devant les yeux de ta faim.

Aime-moi en silence,

et laisse-moi m’interroger.

 

Encore une fois il y a piège. Il vient cette fois-ci, e.a. du parallélisme des impératifs : Aime-moi, laisse-moi : d’une ligne à l’autre il a changé de sujet. Le premier, l’autre, finissant par disparaître complètement. Tout va donc vers l’intérieur. C’est là que naissent les métaphores et se trame un destin exorcisé par le silence et les mots qui le disent. Interdit de crier dans cet univers-là. Naît en lui une générosité sans limites. Elle se résume en trois vers :

 

Quelle sottise !

Au moindre grattement à la porte de mon cœur,

il s’ouvre.

 

Le il du dernier vers vient de loin. On voudrait le rattacher au cœur, mais Maram al-Masri nous a appris, tout au long de son livre, que la faille entre les mots et les lignes nous l’interdit.

 

 

* *

*

 

 

Wardia

une nouvelle de

Maram al-Masri

 

La première fois que je l’ai vue, je me suis réjouie du fait que mon fils, qui est sorti de mon ventre il y a environ dix-sept ans, soit devenu un homme. Mon Dieu ! Comme si cela s’était produit hier, seulement hier ! Mes souvenirs avec lui sont encore très vifs, comme les souvenirs de toutes les mères qui sont toujours pleines de l’odeur du talc, des couches, du sourire et du premier pas. On ne croit pas ses yeux lorsque nous les regardons vraiment et les découvrons hommes, avec des voix inhabituelles et des corps qui ont grandi à tel point que nous sommes devenus nous-mêmes enfants, avec des barbes drues, des pieds dont la pointure dépasse quarante-cinq et des aisselles aux odeurs d’hommes nouveaux après avoir été les odeurs de l’enfance se dégageant de leurs vêtements et de leurs chambres. Comment sont-elles passées ces années ?

 

Lorsque mon fils me la présenta, Wardia, je l’avais regardée timidement pour connaître son goût quand il choisit une aimée, connaître la fille qu’il va embrasser et qui sera peut-être la mère de ses enfants ! Wardia… Wardia… Wardia… un nom avec de la rose, une chevelure noire et une grande taille. Wardia a la peau tendre, des yeux noirs aux cils denses, une taille fine avec le dos courbé à cause de sa grande taille. Elle ressemble assez à mon fils au point de porter comme lui des pantalons larges, des tee-shirts larges et des chaussures de sport.

 

Wardia est une jeune fille dans la vie de mon fils et dans la vie de ma maison qui manque de jeunes filles. Comme j’ai désiré avoir une fille ! A chaque grossesse, je rêvais d’une fille et c’était un garçon qui braillait !

 

D’origine algérienne, elle est née en France, dans un milieu modeste à l’horizon étroit qu’elle tente d’élargir comme un prisonnier qui creuse les murs de sa cellule avec une aiguille. Elle a un père qu’elle n’aime que très peu parce qu’il se comporte durement avec sa mère et lui interdit de sortir et de rendre visite à sa famille, et ne lui donne pas d’argent.

 

Tout en Wardia est apte à l’amour, même son sourire rare. Lorsqu’elle venait et frappait à la porte, le samedi, c’était moi qui descendais ouvrir le portail. Elle était plus grande que moi, ce qui me faisait ressentir une certaine domination comme si c’était moi la petite, je me mettais alors sur la pointe des pieds pour lui faire la bise, pendant qu’elle poursuivait sa lecture d’un petit livre qui l’avait accompagnée pendant son voyage jusqu’à l’aimé, lequel venait juste de se réveiller pour l’attendre avec son pyjama et son odeur.

 

Wardia ne faisait rien pour que je l’admire, ou pour me faire plaisir ; et j’admirais cela, moi qui me prosterne à genoux pour convoquer l’admiration. Parfois, elle venait dans ma chambre et parlait de sa famille, de ses rêves, de ses projets scolaires et de ce que son aimé utilisait comme noms, comme « tu es mon amour éternel » ou « je ne peux pas vivre sans toi »… Je faisais connaissance avec mon fils à travers elle, m’interrogeant sur combien il avait grandi et jusqu’où était arrivée leur relation.

 

Il descendait ensuite pour préparer le déjeuner. Wardia ne mangeait que les œufs frits, et il n’aimait, lui, dans les œufs, que le jaune ; elle mangeait alors le blanc pour lui laisser ce qu’il aimait. J’avais commencé à tenir compte d’elle quand je faisais les courses : Wardia aimait cela et détestait cela. Des choses précises que j’achetais pour elle car je savais qu’elle ne mangeait que cela, reprochant à mon fils son indifférence à préparer une belle table pour elle. Je revenais à la maison et ressentais sa présence ; comme j’aimais voir ses petites chaussures à côté de ceux de mon fils, ce pied féminin à côté du tank !

 

Je voulais lui apprendre à aimer, comment se comporter avec les femmes… en me souvenant de ce que j’aimais chez les hommes que j’avais aimés et de ce que je n’aimais pas, lui expliquant le jeu de la séduction et l’amour du point de vue d’une femme. Mais il ne prêtait aucune attention au bilan de mon expérience ni à mes remarques à propos de la vie. Il construisait sa vie, la vie des hommes, de tous les hommes, loin de la féminité, comme s’ils portaient leur histoire dans leurs tréfonds, l’histoire de la virilité dans toute sa signification…

 

 

* * *

 

 

- Maman, c’est fini avec Wardia.

 

Je me suis figée là où j’étais et je n’ai pas pu réprimer mes larmes… Une douleur que je connaissais est revenue comme si c’était moi celle qu’il a quittée, je me suis souvenu comme d’une blessure vive de mon premier amour… D’un petit coup de fil était fini ce que je considérais comme le centre de ma vie…

 

- Pourquoi… Elle était ici hier…

- Je ne l’aime plus… J’aime une autre…

- Comme ça, simplement… hier, votre rire remplissait la maison… Il n’y a pas longtemps, elle était la chose la plus importante dans ta vie…

Et je me suis mise à lui faire des reproches et à verser sur lui les flots de ma colère, le fleuve de mes reproches que je n’ai jamais adressés à un homme.

 

Mon fils s’est trouvé stupéfait devant ma réaction… Il m’a suppliée d’arrêter, car il paraît que je pleure plus qu’elle…

 

Je me suis trouvée, à mon âge, refusant toujours de comprendre la séparation… J’ai appris à l’accepter sans discuter. C’est ainsi qu’ils s’absentaient sans me prévenir… Et je ne sais pas quelle faute j’avais commise, ni pour quel motif je fus abandonnée…

 

Une fois, elle était venue chez nous portant un blouson qui découvrait son ventre… Elle était entrée dans ma chambre pour me saluer, puis m’avait dit qu’elle ne pouvait plus venir souvent parce qu’il l’avait informée de son désir de passer cette période avec ses amis…

 

Je l’avais regardée en me demandant comment son être, qui était source de désir, s’était-il transformé en néant… Comme si mon fils ne la voyait plus et comme s’il n’avait pas pris l’habitude de la couvrir de baisers.

 

Et Hayat est venue à sa place. Ses chaussures sont plus petites que celles de Wardia.  Je la salue de manière ingénue et me fait le reproche de l’écarter de mon cœur ; elle ne l’a certainement pas enlevé et n’est pas un diable mais une jeune fille tendre et timide ; elle ne me ressemble en rien… Je n’ai pas désiré nouer une relation avec elle, uniquement pour protéger mon cœur d’un autre amour qui finira inévitablement.

 

Wardia ne vient plus chez nous. Mais son âme y réside toujours. De temps en temps, je lui écris pour qu’elle sache qu’elle occupait une vraie place dans mon cœur, même si ce n’était pas mon cœur qui l’intéressait, et qu’elle restera à jamais le premier amour pour moi parmi les aimées de mon fils.

 

 

* *

*

 

Yamina

 

 

Et Yamina monte l'escalier en sabots

L’avidité est néfaste et ne sert a rien. Pourquoi ai-je été avide et ai-je loué deux chambres au lieu d'une comme nous avions pris l'habitude à  chaque année scolaire ?

Peut-être pour aider mon époux pour qu’il ne remarque plus l’augmentation de la facture du téléphone !

 

J’ai sacrifié la chambre qui est mon bureau –c’est-à-dire la chambre qui contient mon univers, je l’ai libérée de mon désordre rangé, de mes sous-vêtements et de mes vêtements du dessus, de mes livres, et j’ai fait de ma salle de bain le siège de ma création…

Nous avons lavé les murs, moi et Yamina, parce que Yamina manifeste de temps en temps un intérêt maladif pour la propreté. Mais, tous les matins, elle monte l escalier avant le lever du soleil, avec des sabots en bois… Elle réveille mon léger sommeil matinal alors que j’ai passé la moitié de la nuit à le retrouver.

 

J’ai oublié que Yamina a un enfant

Yacine ou Robert, sa mère l’appelle Yacinou et son père Robert ;  il a six ans ; je me rappelle de lui quand il était bébé. J’avais rendu visite à sa mère dans leur maison parisienne située dans un quartier chic, car l’homme avec qui vivait Yamina était riche.

Il y a des enfants qui entrent vite dans ton cœur, au point que tu ressens envers eux des liens de parenté… Et Yacine est l’un des enfants que j’ai aimés, comme s’il était le fils de ma sœur.

Malgré cela, quand Yamina m’a demandé, avec ses yeux mendiants, d’habiter dans ma maison, j’ai oublié qu’elle avait un enfant… Ou bien j’ai fait semblant d’oublier, ou je n’ai pas mesuré le poids qu’allait prendre ce petit ?

 

Yamina passe deux heures dans son bain

Je ne sais pas ce que peut faire Yamina dans le bain durant tout ce temps… Elle tire l’eau et se frotte le corps comme si elle voulait sculpter sa chair et ses os en dessous. C’est vrai que ses cheveux sont épais, mêlés et longs, mais deux heures pour les laver ?

Yamina avait du temps comme il y avait de l’eau dans le robinet. Nous payions aux sociétés des eaux et de l’électricité ce qu’elle nous payait. Parce qu’elle oubliait d’éteindre la lumière à chaque fois qu’elle quittait la chambre, et la maison aussi ; quant à la facture du téléphone, elle a doublé !

 

Yamina m’a promis de m’aider

C’est vrai qu’elle ne m’a pas promis littéralement, mais elle me l’a fait comprendre. Cependant, elle ne l’a pas fait, ou plutôt elle ne m’a aidée que rarement. Elle lisait beaucoup et dormait davantage… Elle mettait son linge dans la machine et le laissait là-bas jusqu’à ce que je vienne et l’enlève. Comme je déteste cela ! Comme je déteste étendre le linge sur les maigres fils parallèles et alignés à distance rapprochée !

Elle était mon amie. Nous parlions de temps à autres. Elle me lisait en français ce qu’elle écrivait. Parfois, je lui donnais des cours de langue arabe. Yamina est une femme libre… Et j’admirais sa liberté… une gamine… Et je l’enviais.

 

Yamina est une belle jeune fille

Elle ressemble à un cheval arabe. Un front large, des yeux noirs, de grandes dents et un cou long. Une hanche mince et une cuisse pleine. Elle aimait les chevaux et me répétait que le cheval, ce noble être exploité depuis toujours pour les travaux forcés, lui ressemble… J’ajoute qu’il me ressemble, puis elle poursuit en disant qu’il l’avait sauvée de la mort et que quand, elle le monte, elle sent qu’elle est la maîtresse du monde.

 

Yamina ne possède rien

Elle n'a rien, Yamina, à part un époux qui n’a pas été avare avec leur enfant, ce qui l’avait aidée à vivre. Yamina a préféré se séparer de lui à cause de son mauvais traitement et de l’air hautain qu'a sa famille à son égard. Parmi ce qu’elle racontait, ce jour pendant qu’elle se reposait un peu, par terre, quand il était passé à côté d’elle en lui donnant un coup de pied en disant que ça puait la charogne ! Comment la vie maritale peut-elle continuer après cela ?

Yamina est algérienne. De la génération née en France, qui jeûne, qui ne mange pas le porc et qui est fière d’être algérienne et, de façon obscure, arabe. Son sentiment d’être différente était si fort qu’il a fait naître en elle un complexe de supériorité ; ainsi, pour être admiréet quell ne soit pas critiquer  par son milieu français, elle se lavait les mains avec de l’eau de Javel ?

 

Yamina échoue en amour

Elle avait aimé un Algérien comme elle, croyant que comme ils étaient de la même origine ils allaient s’entendre. Leurs pères travaillaient dans la même usine et leurs familles habitaient la même région.

 Elle tenta de toute sa tendresse et de toute sa force de le soumettre, sans réussir ; elle était allée jusqu’à défoncer sa porte d’un coup de pied. Elle avait donné un coup de pied  parce qu’il ne lui avait pas répondu ; comme un vrai cheval…

 elle cherchait un refuge… l’amour ! Mais il n’était pas au niveau de ses sentiments, elle ,qui l’avait aimé parce qu’il était le premier à poser la main sur ses cheveux crepeux et à les caresser tendrement ?

 

Je la voyais manger. Je la voyais rire. Je la voyais dormir. Je la voyais se taire !

Je ne la voyais pas pleurer. Le matin, me parvenaient ses cris ses hurlements,et ceux de son fils ;et  parfois, c’est une douce parole pleins de tendress  entre une mère et son enfent. Une mère. Yamina est une mère qui joue qui aime , elle rit  et elle s amust. Personne n’a le droit de l’humilier, de lui faire mal, de la soumettre, même moi  ?!

 

Anne 2001

Traduit de l'arabe par

Najeh JEGHAM

 

 


 

 

Sheila Concari

 

Il est des créateurs qui cultivent la singularité de leur appartenance  - culturelle, linguistique, géographique. Sheila Concari, elle, interroge les passages, les franchissements de frontières.

 

Artiste plasticienne vivant et travaillant  tantôt en France (Paris), tantôt en Italie (Côme), elle explore depuis des années d’étranges univers sonores et visuels où le traitement  électroacoustique de la voix voisine avec la poésie, l’art vidéo et la performance. Elle déplace, elle transforme, elle associe des sons, des mots, des couleurs.

 

Sa dernière création, X LIFE (commande de Radio France et finaliste au Prix Italia 2004) aborde précisément ce thème des passages et des métamorphoses. Que signifie « X » ? L’inconnu, certes, mais aussi, dit-elle, ce signe d’invulnérabilité que l’empereur Constantin faisait graver sur le bouclier de ses soldats pour les protéger. X LIFE, à entendre donc comme « vie immortelle ». Mais on peut lire aussi l’image du carrefour, le X du croisement des routes, le signe de ce qui surgit à l’improviste, au point d’intersection de ces différentes pratiques artistiques qui animent, depuis le début, le travail de Sheila Concari.

 

Elle a fait les Beaux-Arts en Italie et des études de chant au conservatoire.

Ses premiers projets de scénographie ou de mise en scène de performance autour de textes de Strindberg, se situaient déjà au point de rencontre des genres, entre théâtre et opéra, entre vision et écoute, entre la voix et le regard. C’est cette première inspiration qu’elle retrouve au Centre Antonin Artaud de Florence, en octobre 2000, dans l’installation « 9 » dédiée a Antonin Artaud et Unica Zûrn. Seule en scène, dans l’une des salles désaffectées de ce qui fut autrefois l’un des plus grands hôpitaux psychiatriques de Toscane, Sheila Concari rendit hommage à ces deux artistes écartelés toute leur vie entre le rêve et la folie.

Par les modulations étonnantes qu’elle y imprimait à sa voix (entre chant et murmure, douceur plaintive et soupirs, cri rauque et silence), le tempo même de sa respiration, elle semblait réinventer  les techniques de la voix et du souffle qu’Artaud plaçait au centre de son Théâtre de Séraphin : « trapu comme les colonnes caverneuses, compact comme l’air qui mure les voûtes gigantesques du souterrain… Je crie dans une armature d’os, dans les cavernes de ma cage thoracique qui aux yeux médusés de ma tête prend une importance démesurée » (Le théâtre et son double). Les jeux d’ombre et de lumière, les reflets des miroirs renforçaient encore l’indécision des limites entre image et réalité, évoquant par là même cette  contagion du réel par le rêve et le délire qui marqua si fortement les œuvres d’Artaud et d’Unica.

 

La création radiophonique Grand Guignol, qu’elle dédia en 2001 à Céline en clin d’œil a son roman « Guignol’s band », poursuit ce travail sur la voix, mêlant les accents de différentes langues (le Français, l’Allemand, l’Anglais), en même temps qu’elle y intègre la construction progressive d’un univers acoustique étonnant a l’aide de logiciels informatiques. C’est ainsi que l’auditeur a l’impression d’être littéralement a l’intérieur du crâne de Céline, envahi par ces acouphèmes qui l’ont torturé toute sa vie : bribes de voix, souffles, bruits, rythmes (« la tête est une espèce d’usine »…). Ce travail sur les ondes musicales et sonores, radiophoniques et liquides, est une véritable interprétation, dans tous les sens du terme, de la fameuse « petite musique » célinienne. Il permet d’évoquer avec justesse et subtilité un Céline loin des caricatures  vociferantes auquel on le réduit parfois, donnant à entendre la richesse paradoxale des voix de l’écrivain : à la fois les « ondes dansantes », sa douleur, ses murmures, mais aussi ses colères comme son radical rejet de la « merde tricolore ». Elle donne voix enfin à ce qu’on oublie souvent : la veine shakespearienne et baroque de Céline.

 

C’est la même étonnante architecture sonore qui caractérise les deux dernières créations de Sheila Concari : My1&onlyL et X LIFE. Avec une maîtrise et une virtuosité accrues, un univers acoustique enrichi, elle donne à entendre l’inquiétante étrangeté d’un monde aux limites de l’humain et de la technologie. Car c’est bien la caractéristique majeure - si originale et perturbant à la fois - de ce travail : il associe l’humain et l’inhumain, le sensuel et la technique, le brûlant et le glacé. D’un côté, l’extrême érotisme des voix féminines et masculines (si proches à nous toucher…), de l’autre, la froideur technologique des sons élaborés électroniquement, utilisant des logiciels à la pointe de la recherche acoustique. La qualité sonore de ses créations ne doit pas peu aux performances techniques des ingénieurs du son associés à son travail, notamment au G.R.M.

 

Les textes poétiques enfin, qui sont une part essentielle du tissu sonore de ses créations (même si, comme dans l’opéra, on ne saisit pas toujours les paroles), sont issus du long et minutieux travail de recherche qu’elle mène avant d’écrire.

Il n’est pas indifférent, par exemple, de savoir que, souterrainement, dans la trame de ses propres mots, se glisse parfois tel extrait des métamorphoses d’Ovide, tel poème de Baudelaire, telle référence à Pontormo. Ainsi mûrissent peu a peu les thèmes qui nourrissent son œuvre : les mondes de la drogue, des voyages et des paradis artificiels dans My1&onlyL, ceux des métamorphoses en tous genres dans X LIFE. Il faut en effet souligner à quel point cet univers sonore est peuplé d’images : un serpent dans le désert, des pieds qui marchent sur des grandes pierres noires et blanches… Ou encore de sensations olfactives, tactiles : la chaleur sur la peau, le vent, la pétrification des formes, ou l’inverse, l’inquiétante animation de l’inanimé.

 

X LIFE est, en effet, une longue rêverie sur la confusion des limites entre organique et inorganique, entre solide et liquide (transformation, passage,

là encore …) : coagulation du sang se figeant dans les veines, mots devenant cailloux dans la bouche, laves fossilisées. La vie retourne au désert, à la poussière, meurt et renaît, éternellement.

C’est ce que suggèrent ces vers, au début de X LIFE :

 

« J’ai su qu’un jour, un siècle,

dans dix milliards d’années,

je deviendrai désert

et je serai, peut-être, éparpillée

en forme de poussière mouvante,

au fond des océans … »

 

« Poussière mouvante », vivante, qui évoque aussi les « petits corps », ces corpuscules de matière mi-vivante mi-morte des derniers textes de Beckett.

Ils tombent en poussière et se confondent peu a peu avec  le sable du désert infini : « Sable fin comme poussière ah mais poussière en effet profonde à engloutir les plus fiers monuments qu’elle fut d’ailleurs par-ci par là […].

Petit corps dernier état raide debout comme devant parmi les ruines silence et fixité de marbre (Pour finir encore). « Raide debout » : pétrifié de vie, peut-être, comme la paradoxale X LIFE.

 

EVELYNE  GROSSMAN 

 

 

X life

 

July 7th 2003

 

 

 

 

 

Je la voyais belle.

 

He comes to me, he pierce my breast,

he takes my heart, he goes away.

And in his hands he keeps

my deep red heart.

That’s why i have no heart.

Indifférente, fermée, inappétente,

je ne sens rien, je suis inconsciente.

Indifferente, non sento piu niente.                                             Vidée, usée,

pendue dans ton sordide miroir,

je me vois énorme larme noire.

Je me vois                                                                  Et, au delà du noir, la tache d’un

rouge foncé, fade ;

le blanc vague et lointain.

Noire.                                                                                                                        Noir.

Est-ce que le basalte est noir ?

Comme la mémoire des volcans.

How far a spiritual substance

from a corporeal bar ?

Let me be yours,

as your will is rock-like

behind a black pike.

As there’s nothing but a bore

Without this cell’s walls,

Without these stillness rites

In your everlasting nights.

Parlami, parlami please, speak to me,

Parlami, speak to me.

Don’t you feel for the way i peak ?

Parlami.

There’s no tune

In the dark side of the moon.

I try to speak, my tongue doesn’t obey

And i can’t name what i can’t say

And what blinds me.

But i still am and i still live.

Are you able to cry ?

What’s the form of your tears like ?

Hide in your black this track

And let’s get back,

Via.

Dans cette fausse fixité, cette chaîne désolée, cette gravité,

Je veux te trancher, te dilater,

Te précipiter dans le rougissement des laves glacées,

Dans ces ondes, qui parlent la langue d’un autre monde

Dans lequel je t’ai taillé,

Sous l’action de la rosée d’un enfer qui s’évaporait.

Et moi aussi.

Ta cassure, je la veux fermer de ma

Serrure, et dans ton effrayante

Asymétrie ou toute la splendeur

Minérale est incarnée,

Tu es à l’abri, et moi aussi.

There are forms inside

Coming from another star,

Throwing down from the brightest one.

Une existence sans fondements

Terrestres, sous l’anémie céleste

Elle oscillait, égarée, pendant que

Breaking my brain in two,

Falling down in you, giú,

L’orgueil de notre race

Ne la lâchait plus.

Perché ?

What’s my form like ?

What’s my mind principle now ?

What’s this lake inside ?

Les lois qui me gouvernent

M’obligent à cette dureté si lente,

À ce mutisme courant.

Je ne peux plus fléchir, et si c’est

Vrai que tout se transforme et rien

Ne périt, je ne pourrai ni oublier,

Ni effacer. Rien que laisser couler

Le temps, les mains, le monde entier

Quand on est une telle irréalité,

Quand on a perdu l’humaine beauté,

Quand dans la crypte ou vous entrez

Le blessé est achevé.

Pourtant encore trop d’humanité

Le long des veines sidérées,

Des os violés.

Dans mes abîmes, je sens le fracas du ciel,

Les traces d’un univers passé, d’une vie bloquée,

Des formes troublées, humiliées,

Des déserts, des sables inanimés.

Je sens, dans mes crevasses,

L’essence des inhumaines substances

Qui me tiennent en laisse.

Elle ne bouge pas.

Elle ne parle plus.

Les mots dans sa bouche sont des cailloux,

Des ombres compactes.

 

Dès que j’ai séparé ses liquides.

Ses solutions de plus en plus

Diluées et froides, ses heptagones

décroissants ;dès que j’ai vu son

Filigrane s’enfoncer a un

profondeur immense, à des

Températures intolérables, des

Ténèbres perpétuelles, finalement

Je la voyais belle.

 

Et plus je l’étouffais, plus je

Voulais lui faire mal,

Tuer cet infime animal.

Je voulais faire d’une vulnérable

Construction mortelle,

Une substance sempiternelle, et de

Ses artères des traces sacrées.

 

Sans pitié, les eaux souterraines

Ont liquéfies, mes parties solubles

Lugubrement altérées.

Il m’a écartée.

 

Mais dans cette cave, l’épouvantable

Larve bave, écoulement immobilisé,

Latex habité.

Son voyage devient cauchemar,

Son refuge prison, son être donjon,

Château ferme, petite grotte veinée.

Une nouvelle mystique.

 

Winter wind.

Shall i follow him, then,

Even if i am not what i am ?

Sa désagrégation n’était pas sans

Douleur, son dressage un duel

Sévère et cruel.

Du paysage loge dans elle, qui la

Dévore entre les larmes fossiles

De son osseuse demeure, une âme

Sortira, s’il y en a.

 

Shall i follow him, then,

Even if i am not what i am ?

L’imperfection fragile tuée par la

Pression n’a plus de nom. Survivre

Elle ne croyait jamais, entre

L’horreur et le plaisir de changer,

De sentir ses atomes différemment

Orientés, cristallisés,

Sa structure se coaguler

Dans un noyau de nickel et de fer.

 

Killing time, i don’t listen.

 

When he built my marble gate,

Didn’t know if it was hate

Hurting me so deep and strong.

 

As long as the thunder wish you were,

Where rien n’existe plus,

When between cold ans hot

I learn the language of another world.

 

In your hand is your beginning

And the end

and the beginning

have always been there

as before the beginning

and after the end

everything is always sand.

When on my twilight skin he puts

Une cagoule d’onyx,

All my tears.

Come with me to my sin.

What is this skin made of ?

Is it the same which rules the earth ?

Je connais par cœur

Son oxygène, son échiquier

Et sa formule extrême.

 

Should i still be

Something different from a stone ?

What should i think

When i stand on that brink ?

I feel so cold.

He will not quit his hold.

Be quiet and listen to the ground :

Like this is your sound.

 

How pale am i.

My lips so white.

My flesh like bones.

My heart a dying stone.

 

Il me semblait voir en elle

S’incarner toute la splendeur

Minérale dont je suis fait.

Elle sentait les étoiles.

 

Respirer est expirer ?

Aspirer ?

Respirer c’est reposer ?

Plus besoin de parler.

 

Pour parler il faut

Une bouche qui s’ouvre. 

Mais cette créature, elle n’a plus

 

Ni bouche, ni voix.

 

Quando la colonna vertebrale

Non mi fa piú male,

Se fait vena cava,

Alors,

Resa l’ultima bava,

Désirer n’existe plus,

Pas d’émotions,

Orgasmes,

Questions.

 

This glacier is sinking

The warm stream

which run across me,

and make of my space

a prospect white,

a chilling light.

Et sa couleur change,

Change sa chimie

Inerte et organique, cachée entre

To be and not to be.

 

Quand son ordre me tient,

Hide in your heart my dark,

The dark of his heart

Where i was scared

De mon temps en panne,

Mon temps a moi,

Prisonnière des toujours,

Des jamais.

Je l’interrogeais.

Perché ?

Perché je suis maintenant sans air ?

Pourtant je sens encore

L’entrée de l’aorte.

Je ne suis point morte

Et il sait que je ne voudrai

Échapper à cette cage graduée.

Perché ?

La soumise du devenir se perd,

Mes doigts presses contre ses tempes et

Unable to fly

Je la vois mourir

In a while,in

Une foule en rouge et noir,

Flambante.

So brand new,

In a silent string,

He drew me through his view.

Turning me into a pierre

He was driving me insane.

Mon desir n’est pas

un silence si noir,

quand il vient me voir,

quand il s’en va

mon cœur entre ses mains.

 

Pour ça de cœur, dans moi,

Il y en a pas.

 

I should have cried no,

But my heart was stone made

And nothing i said.

Dripping slow

With a flame in my soul.

Je cherche mon sang, disparu dans

Le sien, froid et marmoréen,

Dans une nuit polaire, un hiver

Éternel, dans la sale glace

Où il m’avait plongé.

 

Choose a form :it will appear.

 

Je sortais d’une autre vie, où

Quelque chose en moi soufflait :

Tu es perdue.

Mais sa condition, peut être,

N’est elle inhumaine non plus ?

 

There must be left, oubliée,

Some life somewhere in me.

I’m your own substance made,

My cells remain the same.

I’m not dead. I’m a new existence shade.

 

Suspendue sur l’enfer, elle sens

La lymphe couler de mon couteau

Tellement beau

Qu’on ne peut continuer.

And a part of me

Malade d’une fièvre glacée,

Ou des années d’une enfance

Sacrée qu’il faudrait

Honorer et protéger,

That part of me, en sortira.

En sortira jamais.

Mais d’innocence lui est

Interdit de parler. Elle n’est

Qu’un rocher a ne pas respecter

Qui a, comme gage,

La marque et l’honneur.

Mais si c’est une honte,

Comme elle s’en doutait,

D’être un insecte elle aurait

Préféré, ou moins qu’un atome,

Un rien désagrégé, une vision,

Une déesse crucifiée.

 

In oculos tuos, aures mee, in auras tuas

Os meum in os tuum ut os meum loquatur

Quod mihi sponsum loquitur.

 

Cette masse impénétrable,

Ouvre la bouche pour prononcer

Les seize vers de son histoire.

Je l’entends.

 

Saxa (quis hoc credat, nisi sit pro teste vetustas ?)

Ponere duritiem coepere suumque rigorem,

Mollirique mora, mollitaque ducere formam.

Mox, ubi creverunt naturaque mitior illis

Contigit, ut quaedam, sic non manifesta videri

Forma potest hominis, sed, uti de marmore coeptis,

Non exacta satis rudibusque simillima signis.

Quae tamen ex illis aliquo pars humida suco

Et terrena fuit, versa est in corporis usum ;

Quod solidum est flectique nequi, mutatur in ossa ;

Quae modo vena fuit, sub eodem nomine mansit :

Inque brevi spatio, superorum numine, saxa

Missa viri manibus faciem traxere virorum,

Et de femineo reparata est femina iactu.

Inde genus durum sumus experiensque laborum,

Et documenta damus, qua sumus origine nati.

 

I dream to die in your arms soon

Under a cherry moon.

Comment te pénétrer,

Ton immuable silence traverser,

Couper ta nature froide

Qui te cache et t’arrache ?

 

An so long ago, my silent soul

Se solidifiait peu a peu et,

En me durcissant,

Prenait la forme fugitive

De mon inconscient.

 

I dream

Que ma nature s’adoucit,

Que ce marbre peut disparaître

Et qu’on peut reconnaître

The form i had

Qui,

A long long time ago,

Sortait de la figure,

De la terre, qui se mêlait

À ma chair perdue.

 

Il faut redémarrer, mais

tout est encore là-bas.

Redémarrer.

C’est quoi ?

It’s not

Oublier

Not

Effacer.

Et alors laisser couler

Les mains, le temps,

Le ciel entier,

Le monde entier.

S’il vous plait.

Tu vas perdre ta dureté,

Ton apparence rigide.

Je te donnerai une forme nouvelle.

Je te redonnerai tes sucs liquides

Et la chaleur des os,

Un état supérieur,

À notre hauteur.

 

Je connais les secrets

De la réalité ultime ou je t’ai amené,

D’où j’ai fait surgir

L’œuvre mystérieuse que tu étais,

Oublieuse.

 

Elle partira.

Je l’emmènerai.

Elle passera. Elle dormira.

Je la conduirai.

Elle s’émerveillera. Elle verra.

Elle voudra. Elle ira.

Elle restera.

Elle aimera.

 

I do not know any future tense,

Any coming year.

It should have been a dream.

 

Un rêve de désert et ruines.

Je marche sur des pierres de différentes couleurs.

Sable sur moi, sur les pierres, partout.

Un vent léger et tiède.

Des archéologues silencieux travaillent au temple éparpillé.

J’avance, peu m’importe d’eux.

Mes pieds nus marchent

Sur des énormes pierres noires avec des taches blanches.

Basalto, je dis en songe,

Est-ce que le basalte est noir ?

 

Take heed, dear heart.

 

J’ai cru avoir rêvé,

Tomber dans le sombre le plus profond.

J’ai cru voir mon corps en noir dans un sale miroir.

J’ai cru être une pierre de sang,

Un vêtement de cœur, un petit évanouissement.

Et j’ai entendu parler d’un vêtement de mort

Pour cet animal qui ne mérite rien,

Qui devient minéral.

J’ai cru entrer dans une impression

De ténèbres limbées d’un ordre

Qui me paraît avoir quelque parente avec l’idée du froid

Qui circulait sans cesse.

Et, en refroidissant, j’avais une forme silencieuse,

Je devenais précieuse.

 

Alors que mes yeux se sont durcis

Sur mon bras droit,

Alors que j’avais bien soif,

J’ai su qu’un jour, un siècle,

Dans dix milliards d’années

Je deviendrai désert,

Et je serais, peut être, Eparpillée

En forme de poussière mouvante,

Au fond des océans, des mers,

Et, petit à petit, je serai

Réunie à la pierre

qui dans moi à se rompre me bats.

 

I do remember well

L’eau des trous profonds

Comme de tombeaux.

 

Lovers can see where i should be

And where i am.

I do remember well

And now

Je veux oublier.

 

Et de basalte est encore le roi

Qu’elle ne voulait pas.

 

 

* *

*

 

 

My 1 & only L

9 XII 2002

 

Je suis obligée de vous parler

De la souffrance intérieure

Où je suis tombée

                        I find words i never thought before

Après la dernière fois que vous m’avez donné

Le secours de la religion.

And my body’s left off shore

Car, encore une fois,

Vous m’avez laissée en suspense

Si c’est dieux ou le diable

Time passed and time future

Qui je sens si proche.

Si c’est le diable, toutes les prières

I feel the chill from feet to knees

Où j’ai mis mon cœur depuis 37 ans,

Ne serviront à rien.

Is it a crime when his slime comes inside ?

 

C 17 H 21 NO 4

 

Quale stagione è questa stagione ?

 

Je ne vois plus rien

Et aucune voix d’humain je ne pourrais écouter.

Je ne peux que lui aimer et contempler

En ce désir ou je voudrais m’évanouir,

Éther de sa terre de chair où tout doit s’abîmer,

forbidden white that takes me in fire

Et la beauté,

Et moi, je dois plonger

Mes yeux et ma cervelle, mes organes de bordel,

Somewhere

dans cette douleur blue night

As if i might avoir his blood in my veins

Au fond tout le sang du monde.

Je te vois et je ne sais plus

Et toutes les choses du monde, je les vois lointaines

Et je ne vois pas comment j’étais

Et je ne sais pas comment je suis

 

 

How pale am i.

My lips so white.

My flesh like bones.

My heart a beating stone.

Mais pas le cerveau intérieur.

 

Un médicament pour mon âme,

L’air qu’elle adore lui brûle les paumons

Que je puisse être calme d’un calme réel

D’illusions, confusions qu’elle n’arrive pas à voir.

Car je peux être encore belle

Et de ce cauchemar, elle est tellement ivre et se voit si belle

Mais il faut un grand silence,

Une grande distance,

D’oublier que jamais plus elle aura une cervelle.

Que sa voix, je ne l’entende pas.

 

 

Pas de vie pratique, de dates, de politique.

Futur, passé : fermés a clef.

 

 

Mais comment faire, si je ne sens pas l’air ?

Je ne vois pas son bout.

Coupe-moi la langue.

Coupe-moi la tête.

 

Je suis obligée au silence sacré

Qui etait le paradis que j’ai quitté.

I’ve written  a letter

The address is Heaven above

Sayin’ i love you

 

Dis-moi que je ne suis pas changée,

Qu’il faut se protéger,

Et que tout ce qui était

C’est un vide qui deviendra un songe,

Cette nuit criminelle où je m’allonge,

Ou le poison coule sur le pain et le vin.

Est-ce que tout ça est divin ?

 

Surveillance médicale.

 

Pourtant tout était parfait et calme :

Oui, oui, je disais muette, encore une fois.

 

Moi, si petite et blême, à qui murmurer et confier

Ce qui flotte dans mon bassin, qui me porte dans l’air, en haut.

Mais pourrait bien être de l’eau.

Dans mon ventre, il est arrivé, l’homme blessé,

Et son sang dans moi a coulé,

Un blanc d’éternité.

 

And in this white i feel to be, to exist,

Moi, je ne suis pas je.

And so i do persist,

In the deepest of these leaves

 

C17 H21 NO4

 

Where i believe heaven  is me.

 

And you will be as god himself.

Prenez-moi.

 

Et alors le nez devient un œil,

Et l’œil devient le nez,

 

Gauche, droite : tout le moi est là-bas,

 

La bouche,  la gorge, le pied, la rate,

Je me sens mourir.

 

La langue, le sang.

Tout le moi est là-bas.

 

No right, No left :

Des petites morphines cérébrales.

 

 

Où je deviens, avec tout mon plaisir, oubli.

Magnifique envie de devenir oubli,

Un escalier de verre,

Une poudre ainsi blanche comme un ange,

Une cage qui erre sur la terre,

Dans l’anarchie des songes.

Et après avoir longuement esité

Devant la forme d’une orchidée noire au fond d’un compte-gouttes,

 

Moi je ne suis pas je.

 

And you will be where time for death is every night.

And you will know what a star is,

In the bottom of heaven, of air, of your own brain.

Don’t ask me.

It’s your delight tonight,

Where you can spend one hour hearing a shell.

You will have no choice but that silent voice.

 

Lasciando la terra, mi rivolsi alla speculazione

dei cristalli e dei diamanti della volta celeste.

Guardo la luna come mai cosí da vicino

E vedendo le stelle tanto fitte,

 

Jusqu’au cœur,

Hors de moi, hors la loi.

Penso a come misurare le loro distanze.

Cosí passo il mio tempo, lentamente,

 

You, who knows the ropes of the brain,

Stop the pain in my heart jusqu’au cœur.

 

Nell’osservazione di ogni singola stella,

Chiara, cosí sgombra da ogni caligine

E cosí vicino

 

Jusqu’au cerveau.

 

Where is this place called brain, called heaven,

Where day is night, and night is day,

And nights and days, and nights becoming days,

When

Il tient mon cœur,

And j’irai avec lui partout, n’importe oú, sans hésiter,

Quand il entre par mon nez, dans ma mémoire

Faite de bien, de mal, d’occipitale.

 

Mais c’etait a long long time ago.

What is told, and what’s not.

And you will know what good is, and what is evil,

And good and evil.

Don’t call me evil.

That is my nature and my sharp desire : dissipation.