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N’un mi scurdiro mai, è sigüru
U veciu bartulin in u se cantu scüru
Che giangiva u se passaiu
Quelu giurnu, ira ielu u scurtigaiu !
La complainte du Bartolin
Je n’oublierai jamais, au grand jamais
Le vieux porteur de San Bartolu dans son
coin
Qui pleurait son passé
Complainte pour un saint écorché vif
Cette procession était la dernière du
Millénaire
Qui comme toujours avait attiré
Des centaines de fidèles et badauds
Qui attendaient la sortie du grand Saint
Barthélemy
L’église Sain Dominique était pleine
Quatre prêtres à l’autel
Autour tous les confrères et porteurs
Suaient sous la cape
Mais ils mettaient toute leur ferveur
Pour entonner les cantiques et faire
honneur
Enfin la procession démarre
Toute la confrérie sous sa bannière
Se met en mouvement derrière la croix
San Bartolu sans problème
Fut porté en l’église de Sainte Marie
On entendait de temps à autres
Vers le Fondago ou Rue Doria : « Müa !
Müa ! »
Les hommes peinaient sous la châsse
Mais les barres grinçaient de
satisfaction
Le saint était bien porté
Il en était ainsi depuis des siècles
Ne nous formalisons pas
De tous ces cris
De tant de gesticulations
De toute cette agitation
Ainsi l’exige la tradition
Et personne aujourd’hui ni demain
N’y pourra changer même un
applaudissement
Dans un coin de l’église
Un vieil homme pleurait
Toutes ses larmes
Car il ne pourra plus
Suivre la procession et ses confrères
Pour lui qui avait été
Prieur et porte-bannière
L’heure était venue
De la dernière station
Et le vieux Bartolin pleurait comme un
enfant
Regardant passer avec dévotion
La châsse de Saint Barthélémy
Il en avait gardé à jamais l’épaule
meurtrie
Quelle douleur de le voir ainsi
Les yeux plein de larmes
Quelle émotion
Devant tant de foi sincère
Son âme et son corps souffraient
De ne pouvoir servir le saint
Comme il le faisait depuis plus de
soixante ans
On peut comprendre son tourment
Je n’oublierai jamais, au grand jamais
Le vieux porteur de San Bartolu dans son
coin
Qui pleurait son passé
Complainte d’un homme écorché vif.
F.Canonici 24/08/1999
Enfin trois chansons, dont deux
interprétées par Jacques Faucelli,
viennent compléter dans des formes
diverses la fascination qu’engendre le
lieu bonifacien. Rien n’a été exclu,
quitte à considérer aussi les clichés en
vogue dans les années soixante avec la
chanson « Bonifacio » qui avait connu un
vif succès lors de sa création par
Regina et Bruno.
Bonifaziu
Sbucciatu da la sciuma di issu mari
prufondu
Porta di l’orienti subra l’immensità
Tù sè O Bonifaziu un paesu è un mondu
Una scatula d’oru culama d’antichità
è quandu a timpesta si pesa in la to
bocca
U Turrionu vardianu di a ti bianca cità
Veni à ricumandà si da l’altu di a Rocca
à la cruci fideli di Santa Trinità
Ugni petra ind’è tè hè un pezzu di
storia
Tù chì ai tantu accoltu rè è imperatori
è chì ai cunnisciutu è i guai è a gloria
Sicreti amari o dulci chì t’empiini u
cori
In piazza di a Logia s’induvinu u passu
Di quiddi omi antichi pronti à
parlamintà
è si pari di veda andà à capu bassu
« U cariaù d’egua » cù u so stranu parlà
Quantu n’ai azzicatu sogni d’innamurati
Vinuti à cuntimplà a to dulci marina
I to stretti furiosi è puri incantati
Chì vani à carizzà a Sardegna vicina
Tù sè O Bonifaziu pindina livantina
Locu misteriosu fattu di nubiltà
è a to Damicella chì dormi in l’Araguina
Hè stata a to amanti deci mill’anni fà
I to isuli cari stracquati à sullana
Cavallu è Lavezi lucicani par tè
Par tè perula rara d’una ricca cullana
Preziosu rigalu degnu di più d’un rè
Da cinqui campanili sè statu pasalvatu
Chì tù pudissi campà fin’à l’eternità
è offra à u frusteru prisenti è passatu
à chì ti vidi un ghjornu ùn ti pò
sminticà
Éclos dans l’écume des plus profondes
eaux
Porte de l’Orient sur l’immensité
Tu es, Bonifacio, une ville et un monde
Un écrin débordant d’antiquité
Et quand la tempête se lève sur ton
détroit
le Turrione gardien de ta blanche cité
Du haut de la falaise demande protection
A la fidèle croix de la Sainte Trinité
Chacune de tes pierres est une page
d’histoire
Toi qui, maintes fois, accueillis
empereurs et rois
Et qui connus gloires et désespoirs
Secrets amers ou doux qui t’emplirent le
cœur
Sur la place de la Logia on devine le
pas
De ces anciens ouverts et tolérants
Et on a l’impression de voir la
silhouette courbée
Du « porteur d’eau » avec son étrange
parler
En auras-tu bercé des songes d’amoureux
Venus contempler ta douce Marine
Tes ruelles furieuses pourtant
enchanteresses
Qui caressent la proche Sardaigne
Tu es Bonifacio ce bijou face à l’Orient
Lieu mystérieux chargé de noblesse
Et ta Demoiselle dormant à l’Araguina
A été ta maîtresse il y a dix mille ans
Tes magnifiques îles étendues au soleil
Cavalu et Lavezi resplendissent pour toi
Pour toi, Perle rare d’une riche parure
Hommage précieux digne de plus d’un roi
Cinq clochers te protègent
Afin de t’assurer l’éternité
Pour offrir à l’étranger d’hier et
d’aujourd’hui
Cette image de toi qui ne peut s’oublier
!
Marcu CECCARELLI
Pà
Bunifaziu
Da quassù nantu à la Rocca
Guardi u mari chì ni badda
È veni à minà di chjocca
U sciappali chì ti spadda
Riccamatu à biancu ghjessu
Chì in locu ùn ci hè lu stessu
È stu sintimu chì t’aghju
À lu me cori ma’ saziu
Quandu ni facciu un viaghju
Luntanu da Bunifaziu
N’hà vistu à passà la storia
Veli bianchi è alti navi
Chì firmani in la memoria
Di l’antichi li nosci avi
Oghji in portu ùn sò quelli
D’a Marina li battelli
U mondu à vena c’insegna
Un’ antra vita chì veni
È ad ugnunu l’impegna
Cumu u sangui ni li veni
Par mè Bunifaziu stia
Sempri un locu d’armunia
Pour Bonifacio
Du haut de ta « Rocca »
Tu regardes la mer danser
Elle vient se cogner
Contre la falaise arque boutée
Composée de blanche craie
À nulle autre pareille
Et ce sentiment assaille
Mon cœur insatisfait
Toutes les fois qu’un voyage
M’éloigne de Bonifacio
Elle a vu passer l’Histoire
De voiles blanches et de navires
Inscrite dans la mémoire
Des anciens, de nos aïeux
Aujourd’hui dans le port
Les bateaux ont bien changé
Le monde à venir révèle
Une vie nouvelle autre
Chacun doit la ressentir
Comme le sang dans nos veines
Que Bonifacio demeure pour moi
Ce lieu d’éternelle harmonie
Jacques Fusina
Blottie sur un rocher tout blanc
Battue par la mer et le vent
C’est une ville d’un autre âge
À l’entrée de ses ponts-levis
Trottent de petits ânes gris
Qu’on croirait sortis d’une image
Bonifacio
Derrière les persiennes entrouvertes
Deux ombres regardent flâner
ceux qui vont à la découverte
De l’étrange et vieille cité
Bonifacio
Les rues pavées à la romaine
Frissonnent sous les pas légers
d’une procession qui promène
La statue de Bartolomée
Et sous la loggia de l’église
les enfants jouent les enfants crient
tandis que les vieux se redisent
Le souvenir des jours enfuis
Bonifacio
Tout là-haut vers la citadelle
Où du côté de Castillé
Dans tes calmes étroites ruelles
Le passé cache ses secrets
L’escalier du roi d’Aragon
semble monter vers l’horizon
Creusé au flanc de la falaise
La grotte a pour ses visiteurs
Mis ses beaux tapis de couleurs
Afin que chez elle on s’y plaise
Bonifacio
Le soir les couples en silence
sous les chênes et les oliviers
s’en vont offrir leurs confidences
par saint julien l’hospitalier
Bonifacio
Devant leurs paisibles demeures
Les pêcheurs assis sur le quai
En bavardant attendent l’heure
Où ils rentreront leurs filets
Et comme une âme qui s évade
Une guitare sur le vieux port
Une troublante sérénade
Berce la nuit quand tout s’endort
Bonifacio
Bientôt les lumières une à une
S’éteignent en glissant sur les flots
Et dans un léger clair de lune
Tu peux rêver Bonifacio
Bonifacio
JM Thomas/B. Baccara

A. di
Meglio
I.
En bonifacien dans le
texte
A.
La verve de Memè Milano
restituée
« Originaire de Bonifacio, son parcours
est significatif de la volonté et de la
ténacité de ce fils
d’entrepreneur maçon .
Il passe son certificat d'études et son
brevet élémentaire en 1918, l'année où
son père revient de guerre, après quatre
ans passés dans les Vosges. Engagé comme
auxiliaire des Ponts-et Chaussées, il
suit les cours par correspondance de l'Ecole
Spéciale de Paris, passe l'examen
d'adjoint technique et le concours
d'ingénieur. En 1926, il décroche son
parchemin d'ingénieur TPE.
L'année suivante, il est expédié en AOF
(Afrique Occidentale Française) où il
fera plusieurs séjours à Conakry,
Abidjan, Niamey et Dakar,
La deuxième guerre mondiale le surprend
à Biscarosse où la Gestapo l'arrête et
l'interne dans une prison près de
Bordeaux. Après guerre, il est en charge
de Port Saint-Louis du Rhône...
En 1958, il prend sa retraite et, six
ans plus tard, devient le premier
magistrat de Bonifacio, sa ville, qu'il
gérera jusqu'en 1971. »
Après son mandat de maire, Dominique
Milano se consacrera à laisser une
mémoire du XXe siècle. Jean-Claude
Albertini fera la somme de ses
témoignages avec Jérôme Camilly en 2000
(Bonifacio. La vie quotidienne au XXe
siècle) d’où sont extraits les
éléments biographiques ci-dessus. Ses
travaux en toponymie ont par ailleurs
permis la pose de plaques en bonifacien
dans toute la ville.
En 1976, il propose sous forme
ronéotypée « Paregi fori bunifazzini »
(neuf fables au total) qu’il présente
« d’après certaines fables de La
Fontaine et Favule scelte de Noël
Rocchiccioli ». Memè Milano montre alors
que la verve bonifacienne n’a rien à
envier à celle du fameux dentiste
cargesien qui reste comme l’un des
meilleurs auteurs de prose et de poésie
satirique et humoristique de langue
corse. D. Milano s’inscrit donc dans les
prémices d’un renouveau qui touchera le
corse langue régionale. Il donnera
pratiquement ses premiers écrits au
bonifacien, confiné jusqu’alors dans une
oralité très affaiblie et
malheureusement peu recueillie.
La déclamation théâtrale de quatre de
ses fables par Madeleine Pugliesi et
Jeanne Faucelli a ravi le public qui
retrouva là les accents d’un bonifacien
à la fois authentique et sans fard.
A zigara e a furmigura
Fora di Memè Milano
Düranti tütta l’estatina, üna zigara ün
pocu fiera
Nun fava chè cantà da metina à sera
Quandu è vinüu l’invernu e c’aveva finiu
di cantà,
Si n’è accorta chè nun aveva ciü nenti
da mangià.
Ma saveva chè a furmigura a se brava
visgina,
Amassave pruvisti e n’aveva a casa cina.
Alura d’ün passu lestu è andaia à truvà
Quela ch’ela cridiva chè fussi a se cumà.
- « O cumà vuressi fami üna
pulenta ma nun ho ciü farina
Imprestimi ün pocu… di quela castagnina !
Credimi pü chè avura i pruvisti ri farò,
E avanti a fin di l’anu u dupiu ti
rindirò »
- - « ch’e t’avevu da dati
quarcosa, ghi pisavu sta nioti…
nun ti g’hà ciü farina ? mangiti i
bischioti.
Quandu mi travagiavu alentù ti cantavi
Oramai, un t’hà c’andà à fati duvi
bali. »
- « sè nun ti g’hà farina
rigalimi ün canistrilu
e sè nunti iò damiru intrigu damini ün
pizzarilu. »
- « ti mi rumpi i stivali ! ciò
ch’e g’ho nun è da sparti ;
mì tratravagiu pè mì, nun travagiu pè l’atri.
Futimi u can da chì, finianti,
orgogliusa
Senun ti fazzu à sciorti à corpi di
spazzusa… »
E a zigara si n’è andaia senza dumandà u
restu ;
Ira vignüa curendu, è scapaia ancu ciü
prestu.
Moralità :
Quelu chè nuntravagia nun ni guadagna
Sè ti iò fà a pulenta và à chiogi a
castagna
B.
L’hommage rendu à
Cyprien Di Meglio par Jean-Marie Comiti
« Peut-on évoquer, à Bonifacio, le nom
de Cyprien Di Meglio sans penser
immédiatement au poète ? Et quand je dis
« à Bonifacio », la petite Gênes selon
les historiens, je devrais élargir le
champ de la renommée de Cyprien jusqu’à
la Sérénissime, la grande Gênes, puisque
les éditions ELSAG lui ont récemment
rendu hommage en publiant quelques uns
de ses textes dans un bel ouvrage qui
s’appelle :
« Corsica. Città, borghi e fortezze
sulle rotte dei Genovesi. La storia, le
parole, le immagini » (2002).
Les mêmes éditions ont également tourné
au cours de l’année dernière un
documentaire sur la place de
l’expression ligure en Méditerranée ;
documentaire dans lequel Bonifacio et
son poète Cyprien Di Meglio occupent une
place toute particulière.
N’oublions pas Calasetta et l’île de
Carloforte, au sud-ouest de la
Sardaigne, où les vers de Cyprien sont
aujourd’hui connus.
Eh bien oui, Bonifacio a son poète,
comme la terre a son astre lunaire.
Mais il ne faut pas s’y tromper : il ne
s’agit pas d’un poète qui cultive le
nombrilisme identitaire et qu’on
pourrait taxer un peu trop rapidement de
« provincialiste ». Sa poésie ne
s’inscrit aucunement sur une orbite en
spirale où les cercles concentriques
enfermeraient l’auteur dans un
enracinement certes profond mais
stérile.
La poésie de Cyprien transcende le lieu
et son histoire, la culture locale et
les hommes qui l’engendrent ; elle fait
résonner des vers qui s’ouvrent grand
aux échos universels. Car le poète
Cyprien Di Meglio est avant tout un
Homme, dans toute la splendeur du
terme ; un homme qui depuis sa petite
ville perchée sur son blanc rocher,
absorbe et ressent au tréfonds de son
être les émotions les plus diverses qui
circulent par le monde. Il les ramasse
dans son filtre poétique et nous les
restitue dans des extases partagées ou
dans des cris de révolte qui rejettent
résolument l’indifférence.
Cyprien est un être bon et généreux,
simple et modeste et sa poésie exprime
les valeurs et les qualités de cet
homme, de cet artiste devrais-je dire -
car il n’a pas qu’une corde à son arc :
il manie le pinceau et le fusain à
merveille, il pousse la chansonnette
avec les Gargarozzi, et je vous garantis
qu’il est redoutable, et c’est un
euphémisme, lorsqu’il pointe aux boules
- bref, sa poésie dépeint la Vie en
créant des ambiances colorées,
lumineuses, joyeuses, festives,
jubilatoires, souvent pleines d’humour ;
mais aussi graves, sérieuses ou
révoltées.
Vous aurez l’occasion ce soir de
découvrir les différentes facettes de
notre poète.
Cyprien ne supporte pas l’injustice, les
richesses mal distribuées et l’arrogance
de certains grands qui nous gouvernent ;
ceux qui parfois ont le pouvoir de
déclencher des guerres par caprice. Et
il y a ceux qui s’enrichissent
impunément sur le dos des morts et des
blessés. Il est sensible à la misère
dans le monde et dénonce avec fermeté
tout ce qui compromet le respect de la
personne humaine.
Tout cela se trouve dans la poésie de
Cyprien et on comprend bien que pour lui
l’écriture n’est pas seulement le lieu
de la nostalgie et de l’esthétisme
bucolique mais aussi un moyen d’envoyer
des messages forts, gorgés d’humanisme.
Je suis heureux de rejoindre mon ami
Cyprien dans ce combat qui doit à la
fois défendre le faible à tous les
niveaux, notamment sur le plan culturel
et linguistique, et mettre en garde
contre toute forme de domination
indécente et de discrimination
assassine.
En écoutant tous les vents qui soufflent
dans les Bouches de Bonifacio comme
autant d’expressions culturelles
diverses et légitimes, notre poète
engage les Hommes à reconnaître
mutuellement leurs différences et à
apprendre à vivre ensemble. Un vaste
programme qui révèle un optimisme à
toute épreuve.
Dans le texte que vous allez entendre à
présent le poète lance un cri déchirant
de colère, meurtri qu’il est dans la
chair familiale. Comment rester
indifférent aux mutilations infligées
par les guerres, surtout lorsqu’elles
touchent des enfants ? C’est un appel à
la vigilance afin que chacun d’entre
nous dénonce et entre en résistance
contre les plus viles et noires
défaillances de l’homme. »
Déclamation de L’asciascin/ L’assassin
Se mi dinu ün giurnu di giüdicà ün OMU
cundaniressi à morti senza avè
cumpasciun
quelu che stüdia a guera pè inpi i
stachi d’oru
e che sumena u sangui sürva à a
populazziun.
Senza pietà vi züru cundaniressi l’OMU
che di üna bumba hà faiu ün ziogu di
curù
dopu r’hà suminaiu inant’à a ciaza d’oru
undi canta a giarina e zioga a züvintü.
Undi canta a giarina insimi incù u mà
grossu
l’ogetu culuriu schiata e stufa a canzun
sürva à l’orena russa nun si senti ciü
dopu
che u lagnu di u maretu e quelu di u
garzun.
Tant’ani dopu a guera ho riscuntraiu l’omu
pin di midagi in pitu, pin di
decorazziun
elu hà guadantu a guera, elu hà guadantu
l’oru
l’atru hà persu a se vista e guadantu ün
bastun.
S’il me fallait un jour juger cet homme
A mort et sans pitié je le condamnerais
Ce stratège de guerre qui pour s’emplir
les poches
A répandu le sang de nos populations
Sans pitié, je le jure, je condamnerais
l’homme
Qui a fait d’une bombe un jouet coloré
Et qui l’a laissé là sur la grève dorée
Où chantent les galets et où les enfants
jouent
Où chantent les galets, les galets puis
les vagues
La jolie chose alors explose et fait
silence
Et le sable rougi laisse échapper la
plainte
de la vague blessée et de l’enfant
meurtri
J’ai rencontré cet homme longtemps après
la guerre
Le poitrail recouvert d’insignes et de
médailles
Il a gagné la guerre et l’or de la
misère
De celui qui depuis dans le noir a
grandi
Cyprien Di Meglio
C.
Le parcours d’un texte :
I venti messageri
C’est le groupe U Serinatu de
Jacques Luciani et de Jean-Claude Flori
qui a choisi de mettre en musique la
version corse d’un poème en bonifacien
de C. Di Meglio, adapté de manière assez
libre par Alain Di Meglio. Une bien
belle chanson interprétée le soir même
par le groupe qui avait fait le
déplacement pour la circonstance et pour
inscrire la présentation de l’album
éponyme à Bonifacio.
I venti
messageri
Dì mi zà, dì mi zà, stela di tüti i
venti
Dì mi tì chè ti và pè tüti i cuntinenti
U Libeci s’anunzia, mì vegnu d’Algeria
Hò vistu i bestii armai di cutili e
spanzà
Doni, veci, garzuni u sangui chè scuriva
À mizu à l’inucenti r’hò intesu crià
U Livanti mi disgi là versu a Palestina
U populu spasimaiu è sempri in ginugiun
Anu amazzaiu a pasgi a guera è sempri
viva
Metinu u fiogu e dopu preghinu u se
Signù
U Gregali si lagna là in Iuguslavia
Hò vistu a nevi russa deria a
priscisciun
Di u populu chè sufri gh’è fami è
angunia
A morti drentu i campi, sufrenzi ind’i
prisgiun
A tera è ün pasciali di lupi e di
nucenti
a refica duman cosa ni purtirà
Dì mi zà, dì mi zà da i te cuntinenti
I venti messageri pè mì fà ri parlà
Dis-moi Bonifacio
Je veux l’entendre de tes Bouches
Dis-moi mes quatre vents
« Moi Libecciu meurtri je souffle
d’Algérie
Je garde de ses lames
L’échos de ses blessures et le cri des
enfants
Moi Livanti j’arrive plein de peine et
de haine
Le vent de Palestine
Balaye l’Orient des intégrismes fous
Moi Grigali du Nord-Est de l’ex
Yougoslavie
J’arrive des Balkans
Ma rafale en lambeaux dit la terreur des
jours
Je viens de l’intérieur en bouffée de
conscience
Muntesi, avec toi je viens me demander:
« De quoi seront-ils faits les souffles
de demain ? »
Ciprià Di Meglio
La double version du poème avait déjà
fait l’objet d’une publication dans la
revue littéraire du Centre Culturel
Universitaire, le Bonanova n°5
(p.42). Durant la soirée, A. Di Meglio
avait proposé une version française (à
faire déclamer par MH Ferrari) très
librement adaptée des versions corse et
française, la double version ne faisant
plus qu’un ! La convivialité de la
soirée et la magie de la sensibilité
poétique incita MH Ferrari à proposer
une version française plus proche du
texte bonifacien et plus respectueuse de
la métrique. Elle le fit dans le moment
de la préparation en consultant nombre
de personnes dans le public afin de
peaufiner son accès au texte. C’est
cette version qui fut lue et non celle
proposée mais tout de même projetée.
Venti messageri traduite
par MH Ferrari et déclamée
Moi Libecciu, je souffle d’Algérie
De ses lames tout meurtri
Je garde les échos de ses blessures
Et de ses enfants les cris
Balayant la Palestine
Pleine de peine pleine de haine
Fanatique et sanglante, criant Dieu
Et qui supplie, je suis Livanti
Moi Gregali c’est en Yougoslavie
Que j’ai vu sous leur linceul de neige
La mort, la famine et la souffrance
Se suivre en triste cortège
Certes bourreaux et victimes vivent ici
bas
Mais tes rafales, le vent, dis moi
N’agitent-elles pas
La conscience que j’ai en moi
L’intérêt du texte ? Si l’ensemble de
l’œuvre de C. Di Meglio revêt un
caractère bucolique, nostalgique,
écologique ou humoristique, ce texte
prend le parti d’utiliser les vents pour
faire de Bonifacio le coquillage (pour
reprendre la métaphore de Thiers) où
s’entendent les échos les plus horribles
de la méditerranée. C’est donc l’image
d’une méditerranée déchirée, assassinée
à travers les deux textes déclamés (L’asciascin
et Venti messageri) que le
bonifacien de C. Di Meglio, toute petite
langue, exprimera. Balkans, Algérie,
Palestine, le rendez-vous des vents
décloisonne la ville et l’inscrit dans
son monde.
U veciu piscaiù
Ün giurnu u ventarilu farava da punenti
Carizzava i caveli di ün veciu piscaiù
E à l’omu à a tista gianca ghi pareva di
senti
U ventu che ghi diva dopu tantu stagiun:
« È ura o marinà d’aristà a te pesca
Nun t’ha forza, ra sentu, nun ti pio ciü
bugà
Aizza a te vera e pió biota a te esca
Và à ripusà ti in tera cun serenità ».
U veciu piscaiù, stancu, aizza a se vera
Agrunciaiu à u timun s’è lasciaiu andà
S’è faiu üna ragiun e da a metina à a
sera
Parla di tüti i provi ch’avura un pió
ciü fà.
Ün giurnu in San Rocu, sulu senza dì
nenti
U veciu piscaiù pensa e aguarda u mà
Dui iogi lagrimusi, tütu ghi veni à
menti
Rivedi inantu à l’unda a se vita apassà.
Alura u ventarilu che fara da punenti
Carezza i caveli di u veciu marinà
À l’omu à a tista gianca g’hà ditu: « Stà
mi à senti
D’ogna cosa u se tempu nisciün nun pió
scapà ».
Le vieux pêcheur
Un jour une brise soufflait de l’ouest
Caressant la tête d’un vieux pêcheur
Et le vieil homme aux cheveux blancs
écoutait
Le vent lui murmurer après tant d’années
:
« Il est temps, ami marin, d’arrêter la
pêche
Tes forces t’abandonnent, tu ne peux
plus ramer
Hisse ta voile et jette tes appâts
Va te reposer sereinement sur la terre
ferme »
Le vieux pêcheur, fatigué, hisse sa
voile
Agrippé au timon il s’est laissé porter
Il s’est fait une raison et toute la
journée
Il parle de ses exploits passés qu’il ne
peut plus réaliser
Un jour sur la place St Roch, seul et en
silence
Le vieux pêcheur médite et regarde la
mer
Les larmes aux yeux, son passé refait
surface
Il voit sa vie courir sur l’onde
Alors le vent qui vient de l’ouest
Caresse la tête du vieux marin
Et dit à l’homme aux cheveux blancs :
« Toute chose est éphémère et c’est le
lot commun »
Cyprien Di Meglio

C. di
Meglio
L’humour et la qualité de vie
bonifacienne trouveront tout de même
toute leur place dans la partie finale
de la soirée entièrement chantée et
dédiée à la convivialité : l’humour et
la satire écologique du Sciü Carlivà,
la médisance féminine par Tütu ti dà
da dì ou le côté épicurien de la vie
bonifacienne avec Paisi di libertà.
Autant de créations de ces trente
dernières années sur des musiques le
plus souvent enjouées, mélodies simples
et populaires puisant parfois dans le
style napolitain qui a marqué le
quartier de la Marine.
Testamentu di u sciü Carlivà di
Bunifaziu
Populu di Bunifazziu è ura di u pardun
Ru sò, nun g’ho chè tortu e mancu üna ragiun
Deria a me mascura s’ascundi a cativezza
Assai difeti pocu e nenti bravezza
Sun mì c’ho missu u fiogu d’a tunara à
Balistra
U piali nun è ciü chè carbun comè vista
Ru rigretu e ghi lasciu à u mà di teranu
U tizzun maladetu chè hà faiu questu
danu
Vegni chì cunfissà ti, davanti à nuvi in
pia
Avanti chè a te anima in fümu chioli in
zia
Tì, Sciü Carlivà di Bunifazziu
(sulu)
Tì, tì malonestu e ancu farzu
(tüti)
Ladru e busgiardu chi ti sé
(doni)
Inantu o mà d’argentu sun min c’ho
suminaiu
Masutu e plasticu a costa ho aruinaiu
Di a rimenza c’aresta vi lascirò a lista
Ghi ni faré rigalu à u fiogu di Balistra
Sun staiu briagun e quandu iru in
sborgna
U vin mi sturduliva e pistavu a me dona
Ogi mi ni pentu e pé riciapà pardun
Lasciu a me damisgiana à a pumpa di
Lungun
Pe scrocà a curuna chè a me tista porta
Ho stüdiau l’imposgitu pé un pagà a nota
Ni rissentu a me curpa pé cacià i me
guai
A me curuna d’oru ra lasciu à i
disgraziai
Sun ün grossu ciaciarun criticavu ancu à
Cristu
Favu spicà famigi ricunusciu chì è
tristu
Pe fà mi pardunà lasciu a me lengua
brüta
A’ a me brava visgina chè a siova è
spessu müta
Avanti di brüsgià inantu à a fugarina
Ho da lascià i me genti d’in drentu e
d’a marina
Ün mazzu di riosi curù di libertà
D’amù, di salüti e di fraternità
Ciprià Di Meglio (14 di marzu 1995)
Tütu ti dà da dì
Aiò me donna aiò, tütu ti dà da dì
D’ognün fà cosa iò lascia fà lascia dì
Aiò me donna aiò, tütu ti dà da dì
D’ognün camp’à u se modu e à tì ti dà da
dì
Vegni à vedi Scimun, pari üna musciurina
Pè smagrisci te nizza nun sà ciü cosa fà
Nun si vedi c’o nasu è üna vira spina
Mì ciangiu u disgraziaiu chè ün giurnu
hà da parpà
O Signun chì vergogna a moda è üna ruina
Ancu a fedeta cürta aguarda quela là
Nun gh’è chè quatru dii di cosa s’induvina
È üna pesacatrici si iò fà rimarcà
T’hà saciüu Scimun è ün viru vitüperiu
A veduva d’in facia si turna à marià
S’hà truvaiu ün bel omu e si r’hà porta
fieru
Madama sula in littu a nioti ùn piò ciü
stà
Scimun aguarda à questu ün pari di
famigia
Di stuzzigà i donni ùn si ni piò passà
Questu vizziusu fà üna lascia üna pigia
Cosa ghi troviranu à questu carlivà
Scimun chì Scimun là ! e pica e pica e
dali
E storta e brüta e goba O chì mentalità
E grossa e picinina e pica e pica e dali
N’un g’hà chè üna pasciun criticà
criticà
Aiò me donna aiò, tütu ti dà da dì
A libertà è d’oru lascia fà lascia dì
Aiò me donna aiò, tütu ti dà da dì
Và davant’o te spigiu pè aguardà ti tì
Ciprià Di Meglio
Paisi di libertà
Se andè in cuntinenti stè à senti a
verità
sun sturdulii i genti nun si pió respirà;
se ün giurnu amighi purè asciüvirà
stè in Bunifazziu per travagià e cantà.
O figi quantu è bela, quantu è bela a
libertà
chì si rispira l’aria, l’aria fresca di
u mà;
O figi quantu è bela, quantu è bela a
libertà
paisi undi sun natu ciü ben nun si pió
stà.
In ciazza di San Rocu ün veciu piscaiù
s’incarca u capilu e guarda cun pasciun
üna barca à vera versu u portu và
u timun in pupa canta canta u marinà.
O figi quantu è bela, quantu è bela a
libertà
a tista in facia à u ventu mi lasciu
carizzà
O figi quantu è bela, quantu è bela a
libertà
a bela mustazzaia mi sentu rinfriscà.
Fussi per mà, per tera tütu travagiaiu
quand’elu è di riposu nun manca l’ocasgiun
à cacia in campagna o pü à piscà
s’elu ùn ió fà nenti à a marina à
ciaciarà.
O figi quantu è bela, quantu è bela a
libertà
u dopu mizugiurnu andemu à spassegià
O figi quantu è bela, quantu è bela a
libertà
in Balistra, à a Tunara, à u frescu à a
Trinità.
È festa e pè a brenga u mà tütu ni dà
alarga pü a zenta ghi sarà da mangià
zin, bicé o pesci per fà l’azimin
mirun, mirizani, quatru qualità di vin.
O figi quantu è bela, quantu è bela a libertà
suta à üna licia à u frescu ün sionu s’avemu da fà
O figi quantu è bela, quantu è bela a libertà
undi u nosciu paisi gh’è tütu per ben stà.
M’hà ditu ün giurnu ün veciu e g’aveva
ragiun
« difindivu a me tera a corpi di bastun
ogi u furistia ricu e mangiun
s’acapara a costa, u Cavalu e u Spirun ».
O figi quantu è bela, quantu è bela a libertà
di curi inant’à i ciazi e tütu u lungu di u mà
O figi quantu è bela, quantu è bela a libertà
che nun mitissinu mai « Difesu di passà! »
Ciprianu Di Meglio (1973)
Le È mortu l’asetu, célébrant
l’âne, animal sacré à Bonifacio, a servi
d’hymne et de final. Le texte date du
XIXe siècle et la mélodie a connu
vraisemblablement une évolution plus
festive au XXe.
È mortu
l’asetu
È mortu l’asetu di u barba Pitrin
è mortu firiu di u stecu inant’u spin.
È mortu l’asetu, hà tiraiu u gambin
hà tiraiu ün petu, poviru Murisgin.
E zumba lalalalalaleru, e zumba
lalalalalala!
E zumba lalalalalaleru, e zumba
lalalalalala!
1. Sun ün poviru disgrazziaiu
nun sò ciü comu farò
Murisgin si n’è andaiu
mai ciü nun purò
rimpiazzà quela bestia
di tantu qualità
che a mari di a natüra
g’aveva püssüu dà.
2. Mi purtava in campagna
tütu u mundu ru sà
sacheti e bariloti
e feri da zapà;
a sera cargu intrava
invernu comu està
di ciachiri e di legni
mi ri purtava in cà.
3. Mi serviva di rilioru
e di « réveillle-matin »
tüti i metini à listess’ura
mi cantava u se « refrain »;
cantava à mizugiurnu
a sera pè intrà
r’amavu vi ru züru
comu füssi ün viru frà.
4. Quand’andavu in Sant’Amanza
ru cargavu di mirun
rivignivu in Bunifazziu
ri vindivu ün patacun;
aveva u se matragiu
comu quelu d’u campanun
quandu videva l’asinina
ru purtava à sbandagiun.
5. G’aveva di difeti
g’aveva di vertü
si mangiava a bascira
e stripava u basgiacü;
r’ho suteraiu o pia d’u figu
interaiu l’atru metin
tüti i giurni ghi digu
« requiem eterna » Murisgin.
Au bout du compte, nous avons balayé un
siècle par le regard des mots. Quelques
mots chantés, déclamés. Projetés. Faite
de lignes ténues, l’image nécessairement
partielle ainsi bâtie a contribué à
l’élaboration d’une identité sans
faux-fuyant, sans complexe en puisant
dans sa complexe vérité. Le moment fit
naître une convivialité mixte où le
bonifacien vint partager le regard, où
le passant s’arrêta.
A greva di i pialinchi
Léon Camugli (1911)
A poveralia nun ió issi serva
Di tüta a banda di i ricun
Si mitiremu tüti in greva
Se nun ni danu zinquanta patacun.
1. Irinu ün belu pocu di pialinchi
che purevinu furmà ün batagiun
ghi n’ira quatru zentu vinti zinqui
davanti à a funtana di Lungun
cù asi, pulitrüci e asinini
carghi di feri da travagià
di bariloti e di catini
si mitivinu tüti à cantà.
2. Postu che avura tütu acresci
perfina u pan e u savun
che nun si pió ciü mangià pesci
e che u vin vali desgi patacun
nun cunvegni à mangià sempri anciuvi
vuremu carni e macarun
e bevi ün gotu di vin o dui
inveci d’egua di Lungun.
3. U ricu nun s’introscia mai
ma quandu ciovi e quandu fanu i trun
nui atri poviri disgrazziai
s’agruncemu drent’à u baracun;
vuremu ün belu fasciu di legni
per meti drent’à u camin
avura che l’invernu vegni
bisiona à scadà si ün tantin.
4. Nun si pió avé ün pocu d’ioru
ni vendinu quelu di cutun
e inveci di scarpi di siora
ni danu scarpi di cartun;
i sindicati sun stai furmai
per fà valé i nosci ragiun
se nun acrescinu i giurnai
nun paghiremu ciü cuntribüzziun.
La grève des paysans
Les pauvres gens ne veulent pas être les esclaves
De la caste des privilégiés
Nous nous mettrons tous en grève
S’ils ne nous accordent pas cinquante sous
C’était un bon groupe de paysans
Pouvant constituer un bataillon
Ils étaient quatre-cent-vingt-cinq
Devant la fontaine de Lungun
Avec ânes, ânons et ânesses
Chargés de leurs outils de travail
De tonnelets et récipients
Ils entonnaient tous en choeur
Puisqu’aujourd’hui tout augmente
Jusqu’au pain et au savon
Que le poisson nous est inaccessible
Et que le vin coûte dix sous
On ne peut se contenter des éternels
anchois
Nous voulons de la viande et des
macaroni
Et boire un verre de vin ou deux
A la place de l’eau de Lungun
Le riche est bien au sec
Mais quand il tonne et qu’il pleut
Nous autres les pauvres gens
Nous nous abritons dans le « baracun »;
Nous voulons un beau fagot de bois
A brûler dans la cheminée
A présent que l’hiver arrive
Nous avons besoin d’un peu de chaleur
Il est impossible d’avoir un peu d’huile
Si ce n’est de l’huile de lin
Et pour toute chaussure en cuir
On se résigne au carton
Les syndicats se sont formés
Pour faire valoir nos arguments
Si nos journées ne sont pas augmentées
Nous ne paierons plus de contributions
I beli festi di a Trinità
Quandu à Trinità si chiola
Aseti avura ùn ghi n’è ciü
Ma vittüri nantu a piazza
Si ni vedi tantu e ciü
A gisgia è pina di genti
Vignüi pè prigà
Alura bisiona à senti
Comu savemu cantà
Zioghi d’amanduri e chini
Ogi sparuii sun
Ma i mirizani pini
Ghi n’è sempri à culaziun
à questi festi si ghi tegni
E r’aspitemu cù pasciun
Da luntan u mundu vegni
Incun tanta divuziun
Trinità Trinità santa
Chè com’è u Bastiun
A Crusgi d’u munti guarda
I nosci beli tradiziun
Les belles fêtes de la Trinité
Quand on va à la fête de la Trinité
Aujourd’hui on ne voit plus d’ânes
Mais sur la place les voitures
Ne manquent pas
L’église est comble de pélerins
Venus pour prier
Et il est indéniable
Que nous savons bien chanter
Les jeux comme les amandes et le loto
Ont aujourd’hui disparu
Mais les aubergines farcies
Sont toujours sur nos tables
Nous tenons beaucoup à ces fêtes
Que nous attendons avec passion
Les gens viennent de loin
Remplis de dévotion
Trinité, Sainte Trinité
Comme le Bastion
Que la croix du mont veille
Sur nos belles traditions
Max Comparetti (1973)
A SARPAIA
Drentu a nioti sitimbrina
Suta à üna lüna fina
U portu mi pari ün stagnu
Ogi è giurnu di cucagna
Cian cianin ün schifu và
Sciorti ün schifu à piscà.
Maestusa è a noscia Roca
Fiera di ri se palazzi
Nantu à u ciazzà di San Rocu
Ün veciu guarda a bunazza
Ciaciarigia in tera in tera
U Diu Grossu cù a Galera.
Da San Franzè à i Trè Punti
U tempu avirà scavaiu
Questu lungu lungu frunti
Cù ventu e mà scadenai
Là, deria, da Cara Sciumara
Vedu zà u sun che sbara.
O che liogu è Sant’Antoniu
Cù u schiogiu pertüsaiu
Ancu l’Orca e u se tafonu
È ün magu che r’hà faiu
In questu liogu, a natüra
G’hà missu tüta a primüra.
Cara di Labra anaquaia
D’egua duzzi, fresca e sana
Da ciapili imbarsamaia
U Grandi Spirun si spana
Ciaza bela e fina orena
Ancu buna pè i reni.
Atrazinu i Ratini
Vanu apressu à u Cavalu
I Lavezi sun visgini
Cù l’osgili fanu ün balu
E si stà suta à l’incantu
A belezza è d’ogna cantu.
Suta à a Ciana di l’Inglesi
G’avemu trè tinimenti
Sarpa sarpa i te rei
Capun ghi n’è ciü di trenta
I fundi sun ricamai
Lüsgi a sarpa cù l’ogiaia.
L’Isuri cù a bunazza
e ti sbuchi in paradisu
Üna timpesta e t’amazza
È cuscì u me paisi
U piali s’infiara d’oru
Si cridimu indè üna fora.
Ogi a pesca è staia buna
Smagiremu di riturnu.
A sarpaia
(remontée des filets)
Dans la nuit de septembre
Sous un filet de lune
Le port est comme un étang
La journée s’annonce superbe
Tout doucement une barque glisse
Une barque sort.
La falaise est majestueuse
Fière de ses bâtiments
Sur la placette Saint Roch
Un vieux contemple la mer calme
Tout près de la côte
Le Diu Grossu et la Galère se parlent.
Depuis Saint François jusqu’aux 3
Pointes
Le temps a dû creuser
Ce front immense
Avec le vent et la mer déchaînés
Là-bas, derrière, de Cara Sciumara
Je vois déjà le soleil qui apparaît.
Saint Antoine, Quel endroit!
Avec son rocher percé
Avec l’Orca et sa vasque
C’est un magicien qui les a créés
En ce lieu la nature
A mis tout son génie.
Les Ratini approchent
Ils courent après Cavallo
Le Lavezu n’est pas loin
Et danse avec les oiseaux
Et on tombe sous le charme
La beauté est partout.
Sous le récif des Anglais
Nous avons trois chapelets
Tire, tire tes filets
Il y a plus de trente chapons
Les fonds sont comme brodés
La saupe et l’oblade luisent.
Les îles par beau temps
T’ouvrent les portes du paradis
Mais la tempête est mortelle
Ainsi est mon pays
Le plateau s’embrase d’or
C’est un monde fabuleux.
Aujourd’hui la pêche a été bonne
Nous démaillerons au retour
Alain Di Meglio