Grammar
Documenti : Le rôle de l’accent graphique

(G.M. COMITI, « A pratica è a grammatica », Squadra di u Finusellu – CCU, 1996)

Le rôle de l’accent graphique

Comme nous le disions plus haut, l’orthographe corse n’utilise pas de signe particulier pour marquer l’aperture des voyelles. Elle n’utilise pas davantage de signes pour marquer la place de l’accent tonique dont on sait qu’il peut occuper plusieurs positions: dernière syllabe (formes oxytoniques), avant-dernière syllabe (formes paroxytoniques), antépénultième (formes proparoxytoniques). C’est peut-être une faiblesse au plan de la précision phonologique mais c’est aussi une manière d’éviter une multiplication complexe des signes diacritiques.

Le seul signe diacritique qui apparaisse est un accent (l’aletta, toujours grave dans sa forme) dont la fonction est directement associée au phénomène de la mutation consonantique. Ce choix graphique s’appuie donc exclusivement sur ce phénomène phonologique important.

En conséquence l’accent graphique signalera une voyelle susceptible de précéder une consonne mutante (cambiarina) afin que celle-ci soit correctement prononcée. C’est pourquoi l’accent graphique apparaîtra toujours sur une voyelle finale qui conditionnera la prononciation «forte» d’une consonne mutante qui pourrait suivre (pour simplifier nous emploierons «fort» et «faible» pour caractériser la prononciation des consonnes mutantes. Pour plus de précisions cf. chapitre 2).

Dès lors, tous les mots (verbes, noms, prépositions etc...) polysyllabiques et monosyllabiques qui admettent à leur suite la présence d’une consonne dont la prononciation doit être forte portent un accent graphique sur leur voyelle finale. On peut dire que l’accent graphique a une fonction préventive ou anticipatrice.

L’absence d’accent graphique est toujours associée à une prononciation faible de la consonne mutante qui suit.

Par exemple, si on accentue le -à final de l’infinitif manghjà, ce n’est pas pour signaler que l’accent tonique de ce verbe se trouve sur la dernière syllabe (c’est ici une coïncidence), mais c’est bien en prévision d’une situation qui imposerait une prononciation forte d’une consonne mutante consécutive: manghjà ci un buccone, manghjà pianu, manghjà figatellu etc... où les consonnes seront prononcées respectivement .

Si la fonction de l’accent graphique était d’indiquer la place de l’accent tonique (fonction contrastive), il n’y aurait aucune raison pour que les autres mots soient exclus de cette préoccupation, notamment les proparoxytons (sguilluli) qui, à la lecture, peuvent poser des problèmes de prononciation.

Il nous faut donc être bien conscients que l’utilisation de l’accent graphique doit signaler exclusivement la présence toujours possible d’une consonne mutante qu’il faudra prononcer «forte».

Il nous reste à savoir quels sont les mots qui demandent un accent graphique sur leur voyelle finale.

Un premier groupe peut être constitué par les mots dont l’accent tonique frappe la dernière syllabe (mots oxytons). Dans ce cas il y aura toujours coïncidence entre la place de l’accent graphique et la place de l’accent phonologique. On peut compter parmi ceux-ci les verbes dont les désinences de l’infinitif sont toniques (verbes arhizotoniques): cantà, parlà, pudè, vulè, capì, finì etc... On peut y ajouter tous les noms à forme oxytonique (tronchi) comme cità, vuluntà, camiò, aviò, virtù, ghjuventù etc...

Un autre groupe de mots qui demandent l’accent graphique est à chercher parmi les formes «homonymiques». Ce sont généralement des monosyllabes (curtaghjoli di sumiglia). Ce domaine, dans lequel coéxistent de nombreuses formes accentuées ou atones, fait l’objet de divers choix orthographiques qu’il est bon de connaître. C’est sur ce domaine, parfois jugé épineux, que nous nous pencherons plus particulièrement.

L’homonymie suppose des sons identiques pour des sens différents. On utilisera l’accent graphique pour distinguer les homonymes à finale vocalique qui appellent une prononciation «forte» des consonnes mutantes des homonymes qui entraînent, au contraire, une prononciation «faible» de ces mêmes consonnes. Dans ce cas l’accent aura une fonction «phonologique».

Éventuellement on utilisera l’accent graphique pour distinguer des homonymes à finale consonantique au plan de leur fonction grammaticale. Dans ce cas l’accent aura une fonction essentiellement «morphologique».

Nous présentons, ci-dessous, ces différentes formes dans l’ordre alphabétique. Bien entendu, nous partirons toujours d’une forme phonique pour arriver à sa forme orthographique.

* Graphies possibles: hà, à, a.

  • : c’est la troisième personne du singulier du verbe avè (avoir) conjuguée au présent de l’indicatif. Le signe h a ici une fonction morphologique. Cette forme est tonique et entraîne une prononciation forte de la consonne qui suit: hà fattu, hà vutatu, hà chjamatu...
  • à: c’est une préposition tonique qui conditionne la prononciation forte de la consonne suivante: ci vole à vutà, l’hà ditta à Ghjuvanni...
  • a: c’est l’article féminin singulier non-tonique; il détermine une prononciation faible de la consonne suivante: a casa, a festa...
  • a: c’est le pronom féminin complément singulier; non-tonique il appelle une prononciation faible de la consonne suivante: sta zitedda, a vicu mali; a cena, a facciu eiu...

* Graphies possibles: vò, vo (régiolecte septentrional)

  • : il s’agit de la première personne du singulier du verbe andà à l’indicatif présent: vò pianu.
    Cette forme est tonique et entraîne une prononciation forte de la consonne qui suit.
  • vo: c’est la forme élidée de voi, pronom personnel de la 2ème personne du pluriel: quant’è vo dite.
    C’est une forme atone qui détermine une prononciation faible de la consonne qui suit.

* Graphies possibles: chè, ch’è, ch’e.

  • - chè: c’est une conjonction (régiolecte septentrional) qui marque la comparaison: hè più bravu chè tè.
  • Son équivalent de la zone sud est . C’est une forme tonique.
  • - ch’è: c’est l’association de la conjonction élidée chì et de l’explétif è: ci vole à dì ch’è tù sì forte.
  • Dans tous les cas on peut la remplacer par la seule forme chì: ci vole à dì chì tù sì forte.
  • - ch’e: il s’agit de la conjonction élidée chì suivie de la forme élidée du pronom personnel eiu: ci voli ch’e parli u primu.

* Graphies possibles: dà, da, d’a.

  • : il s’agit du verbe (donner):
    a/ à l’infinitif: ci voli à dà tuttu.
    b/ à la 3ème personne du singulier de l’indicatif présent: l’aliva dà l’oliu.
      c/ à la 2ème personne de l’impératif: dà qui!
      Les trois formes sont toniques et appellent une prononciation forte de la consonne qui suit.
    • da: c’est une préposition: hè ghjuntu da paese, campa luntanu da mè, hè mortu da a paura etc...
      Cette forme est atone; la consonne qui suit est prononcée faible.
    • d’a: c’est l’association de la préposition élidée da qui précède l’article défini féminin singulier: ghjunghje d’a piaghja. Il est toutefois préférable d’écrire da a.

    * Graphies possibles: dì, di.

    • : il s’agit:
      a/ du verbe (dire) à l’infinitif: ci vole à dì tuttu.
      b/ du verbe à la 2ème personne de l’impératif: ùn dì tuntie.
      c/ du nom masculin synonyme de ghjornu que l’on trouve dans l’expression «bon dì è bon annu»
      Ce sont des formes toniques qui déterminent une prononciation forte de la consonne qui suit.
    • di: c’est une préposition atone qui entraîne la prononciation faible de la consonne qui suit: u paesi di babbu.

    * Graphies possibles: hè, è, e.

    • : c’est la troisième personne du verbe esse/essa (être) conjuguée au présent de l’indicatif. Comme pour le verbe auxiliaire précédent le signe h revêt une fonction morphologique. Cette forme est tonique et entraîne une prononciation forte de la consonne qui suit: hè vinutu, hè finitu...
    • è: il s’agit de la conjonction de coordination; elle est tonique et appelle une prononciation forte de la consonne qui suit: sò frateddu è suredda, acqua è ventu...
    • e: c’est l’article féminin pluriel (régiolecte septentrional); atone, il entraîne une prononciation faible de la consonne qui suit: e donne, e fate...
    • e: c’est le pronom complément féminin (régiolecte septentrional); atone, il appelle une prononciation faible de la consonne qui suit: ste faccende e facciu eiu, e dice è e face...

    * Graphies possibles: fà, fa.

    • : cette forme représente:
      a/ l’infinitif du verbe (faire): ci voli à fà pianu.
      b/ la 2ème personne de l’impératif de ce même verbe: fà ciò ch’è tù voli! Ces deux formes sont toniques.
    • fa: cette forme exprime l’action passée: l’aghju fattu deci ghjorni fa.

    * Graphies possibles: ind’è, ind’e, inde.

    • ind’è: c’est l’association de la préposition élidée indu et de l’explétif è: vengu ind’è tè s’è tù veni ind’è mè.
      Cette forme a toujours le sens de «chez»; elle est tonique et conditionne la prononciation forte de la consonne qui suit.
    • ind’e: c’est la préposition elidée indu suivie de l’article féminin pluriel e (régiolecte septentrional): hà e mani ind’e stacche. Cette forme a toujours le sens de «dans»; elle est atone.
    • inde: c’est la forme, atone, que prend la préposition in lorsqu’elle est suivie d’un déterminant consonantique: l’acellu canta inde l’arburu, mi sò stracquatu inde l’erba, l’aghju lettu inde stu libru.
      Il s’agit en fait de l’adjonction d’une particule euphonique atone qui vient se coller à la préposition in et qui évite la prononciation difficile de certaines suites consonantiques , .

    * Graphies possibles: mè, m’hè, me.

    • : c’est le pronom personnel complément de première personne: tocca à mè di ghjucà? Il est tonique.
    • m’hè: c’est l’association du pronom personnel mi élidé qui précède le verbe essa à la 3ème personne du singulier de l’indicatif présent: m’hè andata ancu bè.
    • me: c’est la forme atone de l’adjectif possessif de première personne. Dans le régiolecte méridional cette forme se distingue oralement des autres par son e fermé : u me libru, a me casa.

    * Graphies possibles: mì, mi.

    • : il s’agit de l’impératif interjectif du verbe mirà (regarder); c’est une forme tonique: mì tamant’omu!
    • mi: c’est le pronom réfléchi de première personne; il est atone: mi vestu è vengu.

    * Graphies possibles: nè, n’hè, ne.

    • : c’est une conjonction négative: ùn aghju nè fame nè sete; elle est tonique et entraîne une prononciation forte de la consonne qui suit.
    • n’hè: c’est l’association du pronom élidé ne suivi du verbe essa au présent de l’indicatif, 3ème personne du singulier: quantu n’hè vinutu parsoni? C’est une forme tonique.
    • ne: cette forme représente:
      a/ un pronom (régiolecte septentrional): quantu ne voli?
      b/ une particule euphonique: andemu ci ne in casa.

    * Graphies possibles: nò, no.

    • : c’est l’adverbe de négation: quandu dicu nò, hè nò! Cette forme est tonique.
    • no: avec un o ouvert c’est le pronom personnel pluriel de première personne utilisé dans le régiolecte septentrional: piombu, quant’è no simu! C’est une forme atone élidée issue de noi.
      Dans la zone sud ce pronom se prononce avec un o fermé .

    * Graphies possibles: pò, po.

    • : c’est la 2ème et la 3ème personne du singulier du verbe pudè (pouvoir) à l’indicatif présent: s’è tù pò falà, fala. S’ellu pò vene, vinarà.
      Les deux formes sont toniques et entraînent une prononciation forte de la consonne qui suit.
    • po: il s’agit de la forme élidée de l’adverbe poi: tù fà cusì, po vidaremu. C’est une forme atone.

    * Graphies possibles: s’hè, s’è, s’e, sè, se.

    • s’hè: il s’agit de l’association du pronom réfléchi si élidé et du verbe esse/essa conjugué à la 3ème personne du singulier du présent de l’indicatif: s’hè fattu mali.
    • s’è: il s’agit de l’association de la conjonction élidée et de l’explétif è. L’explétif è étant tonique, il détermine la prononciation forte de la consonne qui suit: s’è tù dici cussì!
    • s’e: sous cette forme la conjonction élidée précède le pronom personnel eiu élidé. Le pronom étant atone, la consonne qui suit se prononce faible: s’e vengu.
    • : il s’agit de la forme forte du pronom réfléchi: faci tuttu da par sè.
    • se: cette forme non-accentuée se distingue, à l’écrit, de la précédente. Elle représente la 2ème personne du verbe essa conjugué au présent et qu’on entend généralement dans la zone sud. Toutefois, cette forme présente un e fermé qui, à l’oral, évite toute confusion.
      La forme méridionale élidée se est atone car elle est issue de la forme sei; elle entraîne donc une prononciation faible de la consonne qui suit: se ghjuntu .

    * Graphies possibles: sì, si.

    • : cette forme, tonique, représente:
      a/ la 2ème personne du singulier du verbe esse au présent (régiolecte septentrional): sì ghjuntu.
      b/ la conjonction: sì tù voli.
      c/ l’adverbe d’affirmation: ti dicu di sì.
    • si: cette forme, atone, représente:
      a/ le pronom réfléchi de 3ème personne: si lava.
      b/ un impersonnel: si face ciò ch’ellu si pò.
      c/ un explétif: beie si una butteglia di vinu.

    * Graphies possibles: sò, s’o, so.

    • : cette forme, tonique, représente:
      a/ la première personne du singulier du verbe esse au présent (régiolecte septentrional): sò venutu.
      b/ la troisième personne du pluriel du même verbe au présent (tous régiolectes): sò vinuti.
      c/ la première personne de l’indicatif présent du verbe sapè (régiolecte septentrional): sò fà tuttu!
      Il nous faut signaler que, malgré l’unification graphique, la zone sud présente une forme atone pour la première personne du verbe essa; la prononciation de la consonne qui suit est donc faible car elle fonctionne comme la forme élidée de socu. On fera la différence entre «je suis venu» et «ils sont venus».
    • s’o: c’est l’association de la conjonction et du pronom personnel sujet de 1ère personne eo élidé, en usage dans le régiolecte septentrional: ci vengu s’o possu.
    • so: dans la zone sud, cette forme atone se distingue oralement des autres par son o fermé . Elle représente partout la troisième personne, singulier et pluriel, de l’adjectif possessif: u so frateddu, i so fratedda

    * Graphies possibles: stà, sta.

    • stà: cette forme peut représenter:
      a/ l’infinitif du verbe stà (rester): ci vole à stà quì.
      b/ la 3ème personne du singulier de ce même verbe à l’indicatif présent: ellu stà vicinu à mè.
      c/ la 2ème personne de l’impératif: stà chetu!
      Ces formes sont toniques et entraînent une prononciation forte de la consonne qui suit.
    • sta: c’est l’adjectif démonstratif féminin singulier: a vedi sta bella zitella? C’est une forme atone.

    * Graphies possibles: tè, t’hè.

    • : cette forme peut représenter:
      a/ la 2ème personne de l’impératif du verbe tena/e: tè, piglia sti soldi!
      b/ la forme forte du pronom réfléchi: l’aghju fatta par tè, è par tè solu.

    * Graphies possibles: ùn, un.

    • ùn: avec l’accent graphique il désigne un adverbe de négation: ùn vogliu micca.
    • un: sans l’accent graphique il désigne l’article indéfini masculin: un ghjornu, un fattu.

    * Graphies possibles: vò, vo (régiolectes centr./mérid.)

    • : avec o ouvert c’est la première personne du singulier du verbe andà à l’indicatif présent: vò pianu. C’est une forme tonique.
    • vo: avec o fermé c’est la forme élidée de voi qu’on utilise dans la zone zud: vo seti sempri pronti à minà.

    Les adverbes quantu, tamantu, comu/cumu ainsi que la conjonction quandu prennent souvent appui sur la particule explétive «è» (qui n’a aucun rôle grammatical). Cette particule, que nous avons déjà rencontrée plus haut, est toujours isolée et tonique; elle entraîne la prononciation forte de la consonne qui suit:

    Quant’è tù dici, o filicò!
    Quissu hè tamant’è un boiu.
    Bravu com’è tè ùn ci n’hè più.
    Ci andemu quand’è vo vuleti.

    Il nous faut signaler que certaines variétés du régiolecte septentrional emploient la forme come à voyelle finale atone; la consonne qui suit est donc prononcée «faible».