Salvatore PINTORE

« DELTAS »

traduction de quelques poèmes

de

Camineras de abba / Sintieri d’acqua

par Marie-Anne VERSINI

 

 

La poésie         -       Sardu/Talianu

La lune

Compagne du voyage

Est une beauté à deux visages

L’un te sera fidèle

Jusqu’au dernier jour

L’autre t’aimera

À l’abri des tempêtes

La poésie

Est une amie retrouvée

Tant de fois

Beauté fatale

Sans exigence

Pour qui la contemple

Mais pour la comprendre

Qui peut l’approcher

Sans en mourir ?

 

L’angoisse croise la nuit         -       Sardu/Talianu

L’angoisse croise la nuit

Le désir de partir gonfle la voile

Et le gouvernail roule vers la lune

Cherchant l’étoile du départ.

Et dans le sillage rejaillit

La paix du cœur

Et le désir enfin d’approcher l’autre.

 

Mes chants         -       Sardu/Talianu

Les veines

Vivantes

S’agrippent comme le lierre

Dans des corps de lumière

Des chants

Vivants

Dévalent les montagnes

Dans la brume

Et les gorges profondes

Par des failles invisibles

Ils jaillissent en cascades

Pour étancher la soif

 

Je chante         -       Sardu/Talianu

Je chante

Et je bois la vie

Je m’enivre de l’autre

Et une part de moi-même

Déjà se meurt.

 

Deltas         -       Sardu/Talianu

Les deltas

Recueillent

Dans les lacis de leurs bras

L’union de deux mondes

Temple et vaisseau du possible

Vie contre vie

Se forge

La rumeur du silence

Un cri

Prémices de la forme

Parole et signe

Baptisé par la lumière

Il renaît dans l’eau pure

Se façonne dans le ventre de la mer

Et le silence alors

Épouse la parole.

 

Je voudrais être un poète         -       Sardu/Talianu

Être un poète

À la voix claire

Pour dévoiler les secrets de l’âme

Pour dire la grâce

Et le charme

Otage et enfant

De l’étreinte du silence

Qui apprend le bonheur

Et la souffrance.

 

Esquisse         -       Sardu/Talianu

Le ruissellement des souvenirs

Emporte les dernières couleurs de l’automne

Et les yeux ronds des pierres

Dans le fil du temps

L’argent de la lune

Reflète ton visage

Dans le lac enchanté

Entre les aiguilles de pin

Et les feuilles des vieux chênes

Je retrouve l’esquisse de la jeunesse.

 

Mendiant         -       Sardu/Talianu

Tu es

Ce mendiant

Sur le sentier du manque

Lorsque dans un replis du temps

L’année s’enfuit

Mendiant

Sur les pavés des villes

Aux confluents du destin

Tu es….

 

Depuis toujours         -       Sardu/Talianu

Depuis toujours

On attend dans les îles

Quelqu’un ou quelque chose

Quand vient l’heure

On entend le pas de l’ombre

Et la respiration des jours

Sur la ligne de l’horizon

Le ciel s’embrase

Les cendres et la fumée des secondes

Remplissent l’attente

Puits de soif

Rencontres manquées

Dont on tisse la toile

Et qui inventent les mots

D’un dialogue mort-né

Enveloppé des derniers lambeaux de la nuit

Je veille la lumière de l’orient.

 

Tout est offrande         -       Sardu/Talianu

Tout est offrande

Dans la veille ou le sommeil

Tes silences me rejoignent

Comme l’eau va aux moulins

Le soleil sur les feuilles

Le vent dans les voiles

Et l’eau rejoint l’eau

En vérité tes silences

Sont les cordes d’un ring

Un mur de larmes

Miroir de ces poèmes.

 

Premiers baisers         -       Sardu/Talianu

Les cris d’un nouveau-né

Inaugurent la souffrance

Puis les premiers baisers

Façonnent le visage

À chaque rencontre

La parole renaît

Lèvres d’une douce chaleur

Qui réchauffent la neige

Langues qui à chaque fois

Embrasent le temps

Desséché par la flamme

D’un regard.

 

Attendre         -       Sardu/Talianu

L’attente nous conduit par la main

Les yeux bandés

De porte en porte .

Nous frappons à la demeure du jour

Est-ce la dernière fois ?

Personne

Pas un fou n’ose répondre

Toi seul

Dans un sourire….

 

 

 

Entre les pierres de San Marco      -    Sardu/Talianu

Apprentis archéologues

Entre les pierres de San Marco

Les nuées de grillons

Et la poussière des siècles

Nous découvrions des grains de rosaires

Des vers inconnus

Des cristaux d’améthyste

Nourris au sein de la terre

Des conques marines

Englouties dans l’herbe.

Le vent des montagnes

Caressait l’aurore

Qui baignait les épis

Le ventre rond des hirondelles

Impatientes sur les marguerites

Nos seize ans

Laissaient leur empreinte

Tissaient les premières passions

Voiles de mémoire

Dentelles de joie.

 

Désir         -       Sardu/Talianu

Mon désir

Invoque ton nom

L’air que je respire

Ma soif de vivre

Sont autant de combats

Pour te garder mienne.

Je te cherche

Te regarde à m’en brûler les yeux

Te tatoue dans ma mémoire

Violence d’une blessure

Que tu apaises

Du bout de ta voix.

 

A la poursuite de l’aurore         -       Sardu/Talianu

A la poursuite de l’aurore

Comme la reine des abeilles

Tu es entrée dans le ciel de mon regard

Pour te poser sur les corolles du temps.

Tes ailes défient les sommets

Tu dardes les chairs de clous de larmes

Tu lies la parole et le silence

Au souffle de l’à venir

À la couleur des cheveux

Lianes qui enchaînent Eros

Suspendue

Tu oscilles égrenant les secondes

Préparant l’inconnu à l’étreinte.

Je voudrais voler à la lumière

Le soupir de la nuit

Arrêter le temps.

La Grâce de chaque jour

A permis la rencontre

Manne nouvelle sur le désert

Pollen doré sur la fleur de la mémoire

Rosée de joie

Sur l’étendue du temps.

 

Je crois en toi         -       Sardu/Talianu

Je crois que tes yeux

Compagnons de tes silences

Ne peuvent me tromper.

Je crois à ce oui de la première rencontre

Qui la nuit entière a illuminé les rues.

Je crois à tes baisers

Niés sur le pas de ton cœur.

Je crois au pouvoir de l’amour

En notre temps

À ce que j’ignore

Mais que je sens……

 

Flèches d’or         -       Sardu/Talianu

Comme un papillon

Cherche le pollen des fleurs

Mes silences volent

Dans les bruissement de l’éveil

À la recherche de ton nom.

Mes yeux captent

Ton regard

Et le défi s’engage

Tu hésites

Ton regard me transperce

Et je ne comprends plus.

Tes paupières compatissantes

S’étirent lentement

Et me sauvent

D’un désir jamais vaincu

Angoisse des nuées.

Les sentiers inconnus

Deviennent des flèches d’or

Qui atteignent le Ciel.

 

Depuis combien de temps ?      -    Sardu/Talianu

Dans un siècle de souffrance

L’arc du temps

Accroche un souvenir

Sur le fil de la mémoire.

Depuis combien de temps

Suis-je fasciné par les yeux des autres

La pupille m’emprisonne :

C’est un gouffre noir

Un centre extraordinaire

Un abysse sans fond.

Depuis combien de temps

Le regard ouvre-t-il ces brèches

Dans les enclos et les replis

Dans la parenthèse du corps.

Quand il se ferme

C’est pour imaginer

Une trêve

Ou dire adieu.

 

Lanternes magiques         -       Sardu/Talianu

Je cultive le jour

Les secrets à confier à la nuit

Dans l’obscurité

Seuls tes yeux m’épouvantent.

Lanternes magiques

Ces deux petites choses rondes

Rappellent d’une voix maternelles

Toutes mes distances.